Arts visuels/Diffusion et mise en valeur/Exposition/Photographie

Maryse Arseneault – Nature morte en huit tableaux

Exposition au Lobby du Théâtre Capitol (Moncton, NB)

du 2 novembre 2010 au 3 janvier 2011

L’artiste Maryse Arseneault présente une superbe exposition intitulée «Nature morte en huit tableaux» dans laquelle elle explore les liens entre la «nature morte» et la vie avec une quinzaine de toiles grand format (50×48 pouces). Cette exposition est née autour de la vieille photo d’une cousine décédée.

Copyright © Maryse Arseneault

La recherche artistique de Maryse Arseneault s’effectue principalement en peinture et en estampe. Dans sa démarche actuelle, elle s’approprie des photos trouvées et les retravaille tout en questionnant le rôle de la fiction et de la narration dans notre perception de l’image. Il s’agit souvent de photographies de sa famille, mais parfois aussi de photographies de simples étrangers, ces portraits lui semblent habités par une mémoire collective à laquelle elle veut redonner vie.

Pour ce faire, elle utilise des photographies d’archives (du Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton) et des photographies prises dans les albums de familles (la sienne mais aussi de certaines familles inconnues trouvées dans les poubelles ou chez l’antiquaire). Elle souhaite ainsi «recréer un album photo fictif où se déroule une histoire qui s’invente toute seule». Elle mélange ainsi les gens de sa famille avec des inconnus, reconstituant des albums photos fictifs, «j’aime faire semblant que c’est la même famille comme un clan de corbeaux qui se réunit».

Copyright © Maryse Arseneault

Maryse Arseneault utilise beaucoup le dessin pour apprendre à connaître ses personnages ainsi qu’un scanner. Après cette étape préparatoire où elle travaille et agence les images, elle produit alors de grands formats en peinture et de petits formats en estampe. Les techniques d’estampes varient : lithographie sans eau (nouvelle technologie utilisée par les producteurs de journaux), sérigraphie, intaglio, monotypes, et même certains éléments imprimés par l’imprimante laser ou des objets trouvés déjà imprimés.

Les personnages semblent souvent émerger d’un papier peint à fleurs. L’artiste voit ce papier peint comme une sorte de « voile de la mémoire » qui rassemble les destinées. C’est une manière de représenter physiquement une sorte de mémoire collective imperceptible mais omniprésente.

Copyright © Maryse Arseneault

La méthode utilisée est donc difficile à déceler sur l’image finie, et l’artiste aime que le lecteur s’interroge sur le mode employé.

Son prochain projet inclura beaucoup de matériaux recyclés. Notamment l’impression en sérigraphie d’une énorme quantité de papier peint sur de vieux journaux. La mémoire du papier journal est ainsi à la fois préservée et transformée. On appréciera l’ironie d’utiliser des journaux, matériau honni des archivistes pour sa faible conservation.

On peut dire que Maryse Arseneault donne un nouveau sens au mot archive, en créant une archive fictive. Archive et fiction semblent être contradictoires par définition, dans la mesure ou l’on s’attend à ce que l’archive soit quelque chose de vrai alors que la fiction est fausse par définition. Et réalité et imaginaire se mêlent encore plus quand cette archive fictive vise à mettre en évidence une mémoire collective dont on cherche à prouver l’existence et qui pourrait donc être vraie.

D’ailleurs, cette recherche de fragments universels dans les histoires particulières a également motivé les recherches de l’historien de l’art Aby Warburg (1866-1929) qui travailla à la constitution d’un atlas intitulé Mnémosyne (la déesse de la mémoire dans la mythologie grecque). Cet atlas consistait en des combinaisons de reproductions de photographies en noir et blanc afin d’établir une méthode d’analyse et de connaissance historique des états psychiques et corporels incarnés dans les oeuvres de la culture figurative (selon l’expression de Georges Didi-Huberman).

Copyright © Maryse Arseneault

Maryse Arseneault est diplômée de l’Université de Moncton (BAv 2006).

Avec cette exposition, Maryse Arseneault apporte un nouveau regard sur l’exploration de ce lien complexe qui unit art et archives, également omniprésent dans des oeuvres de Vera Frenkel, Angela Grauerholz,  Claude Hamelin, Jenny Holzer, Cheryl Pagurek ou encore Anne Ramsden.

Où voir l’exposition :
Capitol Theatre
811 Main Street
Moncton, NB
E1C 1G1

Lecture complémentaire :
Garance Chabert et Aurélien Mole : Monteur, archiviste, astronome : portrait de l’artiste en iconographe, dans Les Espaces de l’image, sous la direction de Gaëlle Morel. Le Mois de la Photo à Montréal 2009. Pages 178-189

Sur Mnémosyne, lire aussi :

Sur le rapport entre art et archives, lire aussi :

Une réflexion sur “Maryse Arseneault – Nature morte en huit tableaux

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