Arts visuels

La trilogie des archives de Louise Warren : archiver le moment

Le dernier numéro de la revue de poésie Contre-Jour (Numéro 28, Automne 2012), intitulé «Louise Warren. De l’attachement» est consacré à l’œuvre de la poétesse et essayiste Louise Warren. Parmi plusieurs articles très intéressants, l’œil de l’archiviste sera attiré plus particulièrement par «La conquête du calme» d’Étienne Beaulieu (p.57-64), «L’écriture de l’accompagnement» de Karen McPherson (p.75-81) et «Mon musée imaginaire de Louise Warren» de David Dorais (p.83-94) qui abordent plus en détail la trilogie des archives. Mais qu’est-ce que cette trilogie ?

Bleu de Delft : Archives de solitude (2001), Objets du Monde : Archives du Vivant (2005) et La forme et le deuil : Archives du lac (2008) constituent les trois tomes de cette trilogie. Ces œuvres rassemblent des réflexions de Louise Warren sur l’art, la poésie et l’écriture mais aussi des essais sur des artistes que l’auteure a rencontrés, ou encore des notes autobiographiques.

Le premier volet Bleu de Delft : Archives de solitude se présente sous la forme d’un lexique. Sous des entrées comme «Étreinte», «Musée» ou «Voix» sont intégrés des extraits de textes (lettres, chansons, citations, etc.), des descriptions de tableaux ou des réflexions sur des écrivains et artistes aussi divers que Marguerite Duras, Saint-Denys Garneau, Jacques Poulin, Alberto Giacometti, Angela Grauerholz ou encore Claude Dubois.

Les deux tomes suivants se présentent sous la forme d’essais. Objets du Monde : Archives du Vivant, comprend dix essais articulés chacun autour d’une idée fondatrice. Louise Warren y parle de ses lectures, voyages et rencontres tout en procédant à une auto-analyse. Le troisième tome, La forme et le deuil : Archives du lac comprend quatorze essais dont le dernier dresse une synthèse de toute la trilogie. En effet, Louise Warren y explique : «Bleu de Delft constitue une sorte de livre des mots, Objets du monde, le livre des objets et cet essai que je termine [La forme et le deuil], le livre des formes». Les écrivains et artistes Yves Bonnefoy, Jorge Luis Borges, Stéphanie Ferrat, Mitchel Akiyama, Farhad Ostovani et Anu Tuominen entre autres participent à ce qu’on pourrait appeler une archive encyclopédique et poétique des formes.

Mots, objets, formes, la trilogie des archives reflète le fait que chaque expérience de l’art visuel engage le regard et l’émotion, le souvenir et l’imaginaire, autant que la raison et le langage. En décrivant les œuvres ou les ateliers de nombreux artistes, Louise Warren archive des moments de son expérience individuelle qui acquiert une valeur de témoignage universel.

Étienne Beaulieu rapporte d’ailleurs à la page 62 en évoquant la notion de communauté créée par les archives, ces paroles de Louise Warren : «Le mot archives m’amène à une idée de conservation. Il transporte une mémoire individuelle, mais aussi une mémoire partagée puisque les archives sont des legs. L’imaginaire comme la mémoire doit circuler. Conserver la solitude, le vivant, un lac, mes biens les plus précieux. En les archivant, je permets à d’autres la consultation.» (extrait de La forme et le deuil. Archives du lac). Par son écriture, Louise Warren archive le moment et les sensations ressenties dans les espaces du musée ou de l’atelier. Si son archive est extrêmement subjective, elle constitue néanmoins une trace de l’émotion d’un moment donné.

Ajoutons que la revue est superbement illustrée avec des reproductions des œuvres minérales et végétales de Stéphanie Ferrat, avec laquelle Louise Warren a collaboré, lesquelles traduisent parfaitement la notion de collection. Ces compositions font souvent penser à un herbier ou à des cellules vues sous la lamelle d’un microscope. Il faut souligner que le format de la revue, la qualité du papier et de l’impression mettent réellement ces œuvres en valeur.

Le dernier texte «A minima» de Pierre Ouellet, termine sous forme poétique ce bel hommage rendu à Louise Warren par la revue Contre-Jour : «Le monde arrive à certains par fragments. À d’autres comme un tout. Louise Warren ponctionne les substances les plus subtiles dans le réel le plus élémentaire et y donne à voir l’universel, le monde comme fougère, le monde comme caillou.» («A minima», Contre-Jour Numéro 28, p.113).

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