Profession

Réflexion sur la contribution de l’archiviste en soutien au travail de l’historien

Immigrants slaves, famille Yanaluk

William James Topley / © Bibliothèque et Archives Canada / PA-010254.

Je vous invite à prendre connaissance d’un essai fort intéressant qui fut récemment porté à mon attention intitulé « Notes sur le témoignage photographique et la mémoire » et dont voici le résumé :

À partir de l’analyse d’une photographie d’une famille immigrante en 1911, ce bref essai réflexif explore les ramifications entre le témoignage photographique et les divers types de mémoire. Ce faisant, il met en relief quelques défis qui se présentent à l’historien, notamment en ce qui concerne la pratique et l’éthique de son métier.

Je félicite l’auteur, le professeur Martin Pâquet de l’Université Laval, d’avoir réussi à démontrer de façon aussi éloquente (en 22 notes) comment le regard de l’historien permet de multiplier les informations pouvant être tirées d’un document d’archives, comment les divers témoignages qu’il peut fournir peuvent enrichir la mémoire de diverses façons.

Je me permettrai toutefois de commenter deux notes qui touchent plus directement l’intervention de l’archiviste.

D’abord, la note 2 précise « La description de l’archiviste donne ici des indications laconiques sur sa provenance, son auteur et son objet. La ville de Québec est reconnue comme lieu de publication. L’auteur est William James Topley. Il a photographié en 1911 cette famille anonyme que l’on identifie comme des immigrants allemands. »

Ensuite, la note 12 traite du « …contexte de production comme celui du contrôle étatique des immigrants au port de Québec en 1911, contexte de gestion sérielle à l’instar de la confection de dossiers administratifs pour les services canadiens de l’Immigration, contexte d’archivage où les images photographiques sont conservées et mises en valeur, contextes de consommation et de reproduction à l’exemple des multiples usages publics et privés dans le cadre d’expositions ou de récits divers, etc.« 

Tout en étant très conscient que tel n’était pas le sujet principal visé par l’essai, je me permets de souligner que ces deux notes illustrent très mal le rôle fondamental joué par l’archiviste dans la préservation de la mémoire, laissant croire que sa contribution se limite à fournir « des indications laconiques » sur chaque document d’archives.

D’abord, rappelons que la photographie dont il est question dans cet essai, produite en 1911, n’est pas arrivée dans les mains de l’historien comme par magie. En effet, il convient de souligner que, de la création « de dossiers administratifs pour les services canadiens de l’immigration » jusqu’au versement aux Archives, l’intervention de l’archiviste aura permis de conserver la trace de la provenance des documents, leur contexte de création, d’utilisation et de conservation. De plus, c’est le travail minutieux de l’archiviste (évaluation, tri, classement, description, indexation, restauration, préservation, etc.) qui aura permis de rendre accessible et de préserver ces documents.

C’est notamment grâce au travail effacé de l’archiviste que l’historien est en mesure d’exercer son rôle extrêmement important d’interprétation et d’analyse du témoignage fourni par les archives.

À l’heure de l’Internet, où il est possible (et souhaitable) d’accéder à des millions de photographies et de documents historiques en quelques clics, il ne faut surtout pas oublier le travail colossal réalisé par l’archiviste qui permet de traiter, de préserver et de rendre accessibles les documents d’aujourd’hui, d’hier et de demain (les archives).

Au risque de me répéter, j’insiste sur le fait que le rôle de l’archiviste est fondamental et deviendra de plus en plus crucial pour les historiens et l’ensemble des utilisateurs d’archives, surtout à l’ère numérique que nous connaissons aujourd’hui.

André Gareau
Président
Association des archivistes du Québec

Référence complète : Martin Pâquet, « Notes sur le témoignage photographique et la mémoire », Conserveries mémorielles [En ligne], #4 | 2007, mis en ligne le 01 septembre 2007, consulté le 02 janvier 2014. URL : http://cm.revues.org/195

2 réflexions sur “Réflexion sur la contribution de l’archiviste en soutien au travail de l’historien

  1. Monsieur Pâquet, je vous remercie d’avoir pris le temps de réagir à mon texte en formulant cette précision dont j’était déjà tout à fait convaincu. La collaboration et la relation entre les historiens et les archivistes est naturelle et, par la nature même de nos travaux et responsabilités, nous connaissons assez bien nos rôles respectifs. Cependant, la contribution de l’archiviste est généralement moins bien connue par le public en général et c’est dans ce contexte que j’ai voulu élaborer sur l’importance de son intervention. Merci.

  2. Je suis tout à fait d’accord avec vous, M. Gareau. Dans cet article, mon intention n’était pas de minorer le travail essentiel de l’archiviste dans la conservation et la mise en valeur du document, loin de là. Il était de voir comment l’historien peut tirer des informations à partir d’un témoignage et, par la suite, de reconstituer l’humanité passée. Pour travailler étroitement avec des archivistes dans le cadre de mon métier, je sais fort bien l’importance de leur apport dans la connaissance du passé. « Nul homme n’est une île », disait John Donne.

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