Profession

Sortir l’archiviste de l’ombre [Partie 2]

ombre1La semaine dernière, j’ai introduit dans mon premier billet l’idée que l’archiviste devrait sortir de l’ombre. Cette semaine, je vous explique l’origine de ma réflexion. Celle-ci s’articule autour de 3 axes :

  • l’archiviste sur les bancs d’école
  • l’archiviste sur le marché du travail
  • l’archiviste dans le monde des affaires

L’archiviste sur les bancs d’école

Avez-vous déjà réfléchi au fait que les programmes en archivistique ne sont généralement pas stratégiquement arrimés à la bonne faculté universitaire ? Je m’explique. À l’heure actuelle, la principale concurrence pour les archivistes sont les gens des TI (bien qu’ils soient également nos principaux alliés). Ceux-ci sont majoritairement diplômés des écoles ou des facultés de gestion* ou d’ingénierie alors que les archivistes le sont habituellement des facultés de sciences humaines** ou écoles des sciences de l’information. Hors, les principaux décideurs, les futurs employeurs ou clients des archivistes sont des diplômés en gestion. Cette particularité donne un avantage concurrentiel aux professionnels des TI. En effet, ceux-ci ont, dès le début de leurs études, la possibilité de  :

  1. se familiariser avec la structure et les composantes organisationnelles des entreprises ;
  2. se créer un réseau de contacts favorable au développement de leur profession.

Conséquemment, nous sommes, dans une certaine mesure, défavorablement isolés sur les bancs d’école. Le sommes-nous également sur le marché du travail ?

L’archiviste sur le marché du travail

D’après Emploi Québec, la demande de main-d’œuvre pour le métier d’archiviste est faible à Montréal pour une moyenne modérée dans l’ensemble du Québec (Emploi Québec). Du côté des analystes de systèmes de gestion des documents, des gestionnaires de documents ou des spécialistes de la gestion de documents (appellations d’Emploi Québec), la demande de main-d’œuvre est modérée à Montréal pour une moyenne élevée dans l’ensemble du Québec (Emploi Québec). Ironiquement, ces trois dernières appellations sont rattachées au domaine de la gestion :

« Le baccalauréat en administration des affaires est généralement exigé. (…) Les professionnels des services aux entreprises de gestion exercent une partie ou l’ensemble des fonctions suivantes : (…) effectuer des évaluations et proposer des améliorations aux méthodes, aux systèmes et aux procédures dans des domaines comme les opérations, les ressources humaines, la gestion des dossiers et les communications. »

Mentionnons qu’en ce moment, les professions les plus en demandes à Montréal sont celles liées aux technologies de l’information et des communications (Emploi Québec). L’ère du numérique a métamorphosé la gestion documentaire, nécessitant l’apport des spécialistes en TI. Ceci dit, les solutions proposées par ces spécialistes nécessitent l’expertise des archivistes afin de garantir le succès de leur implantation et de leur utilisation efficace par les usagers. Il serait donc à prévoir que la demande pour les archivistes soit à la hausse. Est-ce le cas? L’archiviste occupe-t-il sa juste place sur le marché? Est-il bien positionné ? S’adapte-il au marché et au monde des affaires ?

L’archiviste dans le monde des affaires

Comme je suis passionnée et que je crois aux bénéfices de la gestion documentaire, je demeure étonnée qu’il n’y ait pas plus d’entrepreneurs ou d’entrepreneures du domaine de l’archivistique sur le marché. On peut toutefois constater que les gens d’affaires et des TI comprennent le potentiel et la valeur ajoutée de la gestion documentaire dans les entreprises.

Dans un article intitulé Changer ou disparaître du journal LesAffaires, on explique que les entreprises doivent inévitablement, tôt ou tard, se transformer. Cette transformation doit se faire en réaction « à l’évolution du marché, à des technologies révolutionnaires ou à de nouvelles entreprises innovantes qui viendront bouleverser le marché ». On poursuit en expliquant que certaines entreprises optent pour une stratégie de transformation qui engendre une « activité révolutionnaire distincte pour développer les innovations qui deviendront la source de croissance future ». Parmi les exemples d’entreprises, on cite Xerox :

« C’est ce qu’a fait Xerox en 2001 en lançant Xerox Global Services (XGS), qui offre des services de gestion documentaire et d’autres processus aux entreprises, aux gouvernements et à d’autres grandes organisations. »

Ainsi, à la lecture de cet article, on constate deux choses :

  1. La gestion documentaire a de la valeur.
  2. Les gens d’affaires saisissent l’opportunité d’exploiter cette valeur sur le marché.

Donc, si les gens d’affaires comprennent l’importance de renouveler leurs modèles d’affaires et de se repositionner, il devrait en être de même pour le monde de l’archivistique. Je vous invite donc à y réfléchir. N’hésitez pas à commenter mon billet, que votre opinion soit en accord ou en désaccord avec la mienne. N’oubliez pas que mon billet ouvre la porte à ceux et celles qui ont des idées révolutionnaires et une vision évolutive de la pratique… libre à vous de saisir l’opportunité de vous exprimer !

Mon prochain billet : une nouvelle orientation des programmes universitaires en lien avec l’archivistique.

*D’après l’observation des programmes offerts à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM et au HEC.
**D’après l’observation des programmes offerts à l’UQAM et à l’Université de Laval.

4 réflexions sur “Sortir l’archiviste de l’ombre [Partie 2]

  1. Pingback: Sortir l’archiviste de l’ombre [Partie 3] | Convergence

  2. Les archivistes n’ont pas tous (et même peu) l’esprit d’entrepreneuriat. C’est pourquoi on ne les retrouve pas dans les sphères de la gestion, la plupart du temps. Quoiqu’il en soit, il est vrai que ceux-ci doivent s’adapter au marché, tous comme les programmes de formation doivent le refléter, et orienter leur formation vers des aspects différents de l’archivistique traditionnel : plus d’informatique, plus de gestion des affaires. Jeanne Darche l’a bien illustré dans son billet « Le métier d’archiviste fait plus que changer ».
    Je continue de croire qu’un nouveau baccalauréat comprenant des disciplines de gestion des affaires et d’informatique comblerait les présentes lacunes. Et que les archivistes n’auraient plus à être constamment en formation.

    Je connais quelques archivistes qui ont d’ailleurs parfait leur formation (ou sont en train de le faire) pour répondre à ces nouvelles demandes. Cependant, l’orientation pour les choix à faire peut être ardue, par manque de connaissance des besoins du marché. Il faut avoir… de l’intuition !

    • Assez d’accord sur les pistes esquissée.
      Une remarque cependant. La bonne situation dans les départements académiques n’est pas forcément la garantie d’une connexion efficace entre le monde archivistique (ou plus largement documentaire), le monde des affaires et le monde informatique. La haute école de gestion de Genève (http://www.hesge.ch/heg/heg/historique), qui depuis 1998 regroupe ces trois filières, peine à trouver des synergies dans les domaines de la recherche ou de l’enseignement. Il est vrai néanmoins que la filière documentaire bénéficie de la présence d’un professorat de haut vol dans le domaine informatique et que la cafétéria permet un réseautage volontaire de la part des étudiants. Mais est-ce suffisant ?

      • Merci pour votre commentaire. Pour répondre à votre question, cela n’est certainement pas suffisant. Il s’agirait plutôt d’un contexte plus favorable que idéal.

        Pour faire une analogie, le contexte de ce matin était peu favorable aux déplacements à cause de la tempête. Bien des gens ont dû arriver en retard au travail. Une belle journée d’été aurait été plus facile pour s’y rendre. Encore aurait-il fallu avoir le bon sens de choisir le meilleur chemin…

        Comme l’a si bien dit Nathalie Bissonnette dans le précédant commentaire, il faut une bonne dose d’intuition. J’ajouterais également d’intelligence, de créativité, de motivation, de passion… pour se faire falloir individuellement sur le marché du travail, dans la monde des affaires… et même sur les bancs d’école.

        Dans tous les cas, s’il est possible de réunir de meilleures circonstances pour l’avancement de la profession, pourquoi ne pas le faire? Quand je lis un article comme celui-ci : Des données qui ont de la valeur: http://www.lesaffaires.com/strategie-d-entreprise/management/des-donnees-qui-ont-de-la-valeur/562499, où on effleure à peine la question de la gestion documentaire et pas du tout la valeur et le rôle de l’archiviste dans les entreprises, cela me rappel l’importante de « sortir l’archiviste de l’ombre ».

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