Profession

Dis-moi : cette jeune relève!

Au Congrès des milieux documentaires 2014, un atelier intitulé Dis-moi ce que tu archives, je te dirai qui tu es? a été présenté par Annie Lecompte-Chauvin et Anne Klein. Au cours de cet atelier, quatre conférenciers ont présenté leur vision de leur métier et des archives. Voici le premier billet tiré de cet atelier. – La rédaction.


Dis-moi: cette jeune relève!

Lorsqu’elle m’a expliqué mon rôle de conférencière pour l’atelier Dis-moi ce que tu archives, je te dirai qui tu es?, Annie m’a dit « c’est pour venir parler en tant que représentante de la jeune relève pleine d’ambitions ». Je me suis donc posé deux questions : « Mais, c’est quoi mes ambitions? » et « C’est quoi les ambitions de cette jeune relève? ».

La première ambition : Avoir un emploi!

Ambition personnelle certes, mais aussi partagée par une majorité de la relève! Plusieurs personnes de ma génération ont le même dilemme. On aime bien faire des études, donc on a envie d’étudier quelque chose qui nous intéresse. Malheureusement, on ne pense pas toujours au travail qui nous attend après et on se retrouve avec des possibilités d’emploi moins évidentes. Eh bien, le milieu archivistique règle le problème! Toutes les études mènent aux archives. Le milieu accueille des gens de tous les horizons dans ses programmes d’études – des baccalauréats en sciences, en littérature, en enseignement, etc., l’archivistique peut et veut vous faire une place! Cette ouverture est un atout pour le milieu archivistique et les archivistes mêmes, puisque de cette façon, tout le monde apporte ses forces et intérêts personnels et le milieu s’enrichit de visions différentes.

La deuxième ambition : Ne pas trouver son emploi plate!431843839_329a682ab1_z

Personne n’a envie de travailler pendant 10, 20, 30 ans dans un emploi ennuyant et non stimulant. Encore une fois, le milieu archivistique arrive à la rescousse. Un emploi en archivistique, ce n’est pas un monolithe, un bloc constitué d’un seul élément, bref, un emploi en archivistique ne peut pas être tout frais sorti d’un moule. Il existe des centaines de types de milieu où un archiviste peut se retrouver. Dans le milieu public ou privé, dans une entreprise pharmaceutique ou chez Moment Factory, dans un ministère ou au Cirque du Soleil! Il existe même des archivistes consultants qui vont à la recherche de milieux stimulants.

Cette vision de notre métier comme un métier éclectique a sûrement été construite par ma participation dans le milieu, comme le mentionnait Annie lors de l’atelier. Je me suis impliquée à différents niveaux dans le milieu archivistique que ce soit par l’intermédiaire de l’AAQ, de l’ARÉDIQ ou même de mon association étudiante lors de mes études, et c’est ce qui m’a donné l’occasion de côtoyer une diversité effarante de professionnels.

Mais, moi-même qui n’est qu’au début de ma carrière, j’ai déjà accumulé des expériences dans une multitude de milieux différents : aux archives nationales, en pharmaceutique, dans un journal, avec mon association étudiante et au municipal – pour la ville de Montréal et une municipalité des Laurentides. Et, je suis présentement en stage pour trois mois aux Archives cantonales jurassiennes en Suisse. Donc, trouver qu’un emploi en archivistique est un emploi ennuyant, c’est prouver qu’on ne connaît pas l’archivistique ou prouver qu’on est soi-même ennuyant!

La troisième ambition : Travailler pour plus qu’un salaire!

On désire tous bien gagner notre vie, mais pour la plupart, on désire également avoir le sentiment que notre quotidien sert à quelque chose de plus grand que nous. Comme notre emploi prend beaucoup de place dans notre quotidien, cela devient un élément assez important dans ce désir de se dépasser.

4182739782_506d64174f_zTranscendance : « caractère d’une cause qui agit sur quelque chose qui est différent d’elle, qui lui est supérieure », « indique l’idée de dépassement », « le caractère de ce qui est transcendant, c’est-à-dire qui est au-delà du perceptible et des possibilités de l’entendement ».

J’ose et je m’avance en disant qu’être archiviste est le meilleur moyen pour vivre la transcendance au quotidien! Travailler à la constitution de la mémoire d’un individu, d’un organisme, d’un mouvement, d’une société; transmettre cette mémoire, partager les connaissances qu’elle porte. Tout ça permet de se sentir partie prenante d’un ensemble plus grand que soi, qu’on soit archiviste en archives historiques ou en gestion documentaire.

Le thème de l’atelier, dont est tiré cet article, tournait autour des émotions et des archives, le dada des deux organisatrices. En moins de 600 mots, je vous ai déjà parlé de beaucoup d’émotions qui ont suivi mon parcours dans le milieu des archives. L’ambition, l’insécurité, la passion, la curiosité, le désir de se dépasser ou de dépasser sa propre individualité. Mais, évidemment, il y a d’autres types d’émotions qui peuvent être soulevées au quotidien durant notre travail. Je vous offre pour terminer un des moments où j’ai cru que j’allais vomir face à des archives, et non, ce n’était pas parce que j’avais découvert un nid de coquerelles.

J’ai eu la chance d’avoir un petit contrat aux Archives de la Ville de Montréal après mon stage au printemps. Je décrivais à la pièce des documents du fonds A-Léo Leymarie, un amalgame de cartes, documents iconographiques et autres. Entre deux cartes des anciens comtés du Québec, je tombe sur un document intitulé La clé du mystère, une revue avec plein de phrases « ésotériques » sur la page couverture. Je me dis : trop drôle, une revue d’astrologie des années 30! J’ouvre la revue et me mets à la feuilleter. Page après page, on parle de comment les juifs sont la plaie de l’humanité, la raison du déclin de la civilisation et je lis noir sur blanc qu’ils sont le diable en personne. Un peu sous le choc, je me tourne vers le grand sage de notre époque – Google! – et je découvre un personnage de l’histoire québécoise qui m’était complètement inconnu : Adrien Arcand. L’auteur de cette revue pamphlétaire est un fervent fédéraliste, anglophile et antisémite à tendance nazie. Le genre de gars que tu préfères ne pas avoir comme voisin ou collègue!

Voilà une instance où les archives peuvent nous faire vivre de fortes émotions, quand elles nous mettent face à la haine du passé, quand elles nous font découvrir un personnage qui nous était complètement inconnu et qu’on aurait préféré qu’il n’existe pas. Mais, c’est aussi ça des archives. Tout n’est pas rose dans la vie, dans notre société, dans notre passé, et ce, même au Québec. On doit garder des traces de ces événements. Les archives sont là pour nous le faire découvrir ou nous le rappeler. Et la relève est là pour s’assurer que ces archives soient conservées!

Une réflexion sur “Dis-moi : cette jeune relève!

  1. Pingback: La relève s’exprime encore et toujours! | Catherine Dugas | Archiviste

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