Archives au quotidien

Archives au quotidien: La jeunesse de mon père

© Mylène Bélanger, 2011

© Mylène Bélanger, 2011

J’ai eu la chance d’avoir un père qui, dès mon plus jeune âge, m’a sensibilisée aux choses qui m’entouraient. Je me souviens notamment de visites dans des villages d’antan où mon père me faisait prendre le temps de penser à tous les gens qui avaient passés par le même sentier que moi; qui avaient regardé le même paysage et qui avaient évolués dans cet environnement. Encore maintenant, je me surprends à être portée à toucher différentes choses – comme des rampes d’escalier – dans des endroits marqués par le temps et à imaginer les millions de mains qui ont fait le même trajet que la mienne.

Disons que cela peut facilement expliquer mon attraction envers l’archivistique. Avoir l’impression d’entrer dans l’intimité des gens à travers leurs archives, c’est un peu ce que je faisais déjà à 7-8 ans. Mais nous n’avons pas nécessairement besoin de nous déplacer jusqu’à des villages d’antan pour cela, ni même des services d’archives. Les archives font partie intégrante de notre quotidien et il ne faut que quelques instants pour en mesurer l’ampleur.

À l’adolescence, j’aimais fouiller dans le débarras qui se situait dans le sous-sol de la maison parentale. Un tas d’objets étaient amassés là et prenaient la poussière. C’était mystérieux et même un peu inquiétant pour une jeune fille de mon âge. C’est en passant un peu plus de temps dans cet endroit que j’ai pu mettre la main sur différents objets appartenant à mon père. La plupart du temps, lorsque je lui faisais part de mes découvertes, ces objets semblaient le gêner puisqu’ils lui rappelaient sa jeunesse qui, pour lui, était un peu « débauchée ». Pour moi, c’était plutôt la découverte de nouveaux aspects de la personnalité de mon père qui me permettait en même temps de mieux me comprendre moi-même.

Grâce à ces archives, j’ai pu en apprendre beaucoup sur mon père. Avant de devoir reprendre la quincaillerie familiale et de soutenir sa famille parce que son père est décédé très jeune, mon père qui avait alors 18 ans, était une sorte de « poète maudit ». Il s’adonnait à l’écriture de poésie avec pour modèle Baudelaire, philosophait sur les propos de Pascal, disputait amèrement les propos de la Bible et peignait des paysages apocalyptiques; tout cela au son de vieux enregistrements sur bobine d’Édith Piaf et autres chansonniers français. Lire ses poèmes revendicateurs et écouter la même musique qu’il écoutait alors à mon âge était une expérience tout à fait grisante. À 14 ans, je ne m’étais jamais arrêtée au fait que mon père avait été lui aussi un adolescent avec tous les questionnements existentiels que cela apporte!

Sans ces découvertes qui, pour moi, resteront toujours de véritables trésors, ces objets se seraient probablement retrouvés à la poubelle puisqu’il n’en prenait plus très soin. Ayant été conservés dans un sous-sol humide, les livres perdent maintenant leurs pages, le papier s’effrite et les rubans sonores s’écoutent de moins en moins bien.

Ces archives m’aident à mieux comprendre d’où je viens, mais aussi qui je suis, pourquoi mes intérêts sont très marqués envers la littérature et les arts en général. C’est l’histoire de mon père, mais également la mienne.


Ce texte est une version révisée et augmentée d’un travail pratique réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation donné au trimestre d’hiver 2011 par Yvon Lemay.

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