Archives au quotidien/Audiovisuel

Archives au quotidien: Archiver la musique

Par Sophie Djebrouni, étudiante à l’EBSI


Les musiques traditionnelles, de tradition orale, non écrites, intéressent depuis longtemps les ethnomusicologues. Lors de ses voyages, un de mes amis, qui était bien loin de cette discipline, avait l’habitude d’apporter toujours avec lui un magnétophone. Il voyageait beaucoup en Afrique et en Asie et quand il traversait un village, il demandait à rencontrer une personne qui pourrait lui jouer de la musique sur des instruments traditionnels. Il allait plutôt demander aux plus vieux du village, sans doute en pensant qu’ils auraient de la musique plus traditionnelle et authentique. Il a ainsi rapporté beaucoup de documents sonores de ses voyages. Il m’en a fait écouter quelques-uns qui étaient sur des cassettes audio. Malheureusement, je ne sais pas s’il a pu numériser ces enregistrements pour les conserver.

À l’époque, j’étais loin du domaine de l’archivistique, mais sa démarche m’avait beaucoup plu et intéressée, principalement pour deux raisons. La première est que j’ai toujours aimé la musique. Le seul instrument que j’ai étudié est ma voix en prenant des cours de chant et en chantant dans une chorale. Mais d’une façon générale, c’est tout l’univers des sons que je trouve fortement évocateur car ceux-ci peuvent éveiller bien des sensations. En effet, qui ne s’est pas senti projeté instantanément au bord de la mer en entendant simplement l’enregistrement du bruit des vagues et de cris d’oiseaux marins ? Les sons, et en particulier la musique et la voix humaine, ont le pouvoir de faire renaître les souvenirs tels la « Madeleine de Marcel Proust ».

Il m’est déjà arrivé d’écouter une musique inconnue qui m’a poursuivie longtemps et que je me désolais de n’avoir pas pu identifier pour la retrouver et pouvoir la réécouter à nouveau.

La musique étant un art volatil et éphémère si elle n’est pas mémorisée ou écrite, il est important de pouvoir la conserver. L’archivistique a un grand rôle à jouer pour trouver des moyens de conserver la musique et de pouvoir l’écouter quel que soit son support.

Pour les documents sonores, comme pour les documents audio-visuels ou électroniques, les technologies évoluent si rapidement que les appareils nécessaires pour les déchiffrer peuvent être rapidement dépassés. Je garde toujours plusieurs cassettes audio du temps de mon adolescence et je ne sais pas si je pourrai les réentendre un jour, car je n’ai plus de magnétophone.

Nous sommes nombreux à garder des disques vinyles et des cassettes audio dans un carton ou au fond d’un placard en se disant que peut-être, un jour, ces documents pourront être numérisés ! Ils font partie de nos archives personnelles et comme pour les enregistrements de mon ami voyageur, leur numérisation prendrait du temps et c’est le genre de démarche que l’on remet sans cesse à plus tard.

La deuxième raison de mon intérêt pour cette démarche est la question de la conservation des traditions orales. Les musiques traditionnelles non écrites font partie du patrimoine de l’humanité et pouvoir les conserver et les étudier me semble très important. Chez certains peuples, bien des chants et des musiques qui ont fait partie de la vie de plusieurs générations ont disparus faute d’avoir été mémorisés, écrits ou enregistrés par les générations plus jeunes. C’est une grande perte et la préservation de la mémoire contenue dans ces documents sonores représente un grand défi pour les archivistes. Des institutions s’y emploient, comme le Centre de recherche en ethnomusicologie (CREM). Sur leur site on peut entendre de nombreux documents sonores numérisés de musiques traditionnelles du monde entier et des cent dernières années : http://archives.crem-cnrs.fr/.

Un autre site intéressant à consulter est celui du portail européen « Europeana Sounds », dont le projet est l’enrichissement et l’accessibilité du patrimoine sonore et musical de l’Europe : http://www.europeanasounds.eu/fr/category/actualites-fr.


Ce texte est une version révisée et augmentée d’un travail pratique réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation donné au trimestre d’hiver 2015 par Yvon Lemay.

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