Archives au quotidien/Arts visuels/Mémoire

Archives au quotidien: Exploration de notre mémoire visuelle collective

Christan Boltanski, 6 septembres, 2005. Installation vidéo sur trois écrans. Courtoisie: Marian Goodman Gallery.

Par Johanna Penet, étudiante à l’Université de Montréal


À partir des années 2000, l’Institut National de l’Audiovisuel français perpétue sa mission de valorisation et de réutilisation de ses images d’archives télévisuelles grâce à un nouveau partenaire, l’Art Contemporain. De nouvelles collaborations se créent et permettent à ces images d’archives d’être utilisées comme matériau artistique. L’artiste français Christian Boltanski puise alors dans ces archives et nous propose en 2005 une installation intitulée « 6 septembres ».

Boltanski est un artiste français qui s’intéresse aux grandes thématiques telles que le temps, la mémoire et la disparition. Il recherche avec obsession, tout en sachant que cela est impossible, à reconstituer le passé, à « garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous » (Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1969). Après l’autobiographie il passe aux histoires collectives, son œuvre oscille entre histoire personnelle et histoire collective, entre petite et grande histoire, entre la petite mémoire et la mémoire collective. Quand l’INA ouvre les portes de ses archives, Boltanski ne rate donc pas cette occasion d’utiliser les archives de ce média de masse qu’est la télévision, et ainsi parcourir les images de notre mémoire collective.

« 6 septembres » est une installation sur trois murs d’une petite pièce noire. Sur ces trois murs, trois écrans de 4m x 3m projetant chacun le même film de 5 minutes à quelques secondes d’intervalle. Ce film contient 60 ans d’images d’actualité cinématographique et de journaux télévisés, tout datés du jour de naissance de Boltanski, le 6 septembre 1944, montées et accélérées deux mille fois. Le son des archives est lui aussi en accéléré et rend l’expérience du spectateur assez cacophonique et déroutante. Celui-ci peut néanmoins décider de stopper le défilement d’images de chacun des 3 écrans à l’aide de 3 « buzzer » rouges, l’image se figeant le temps que l’on reste appuyer. Boltanski explique qu’il a ainsi voulu reproduire le processus de notre mémoire, c’est à dire que dans le flot d’images de notre mémoire, une seule se détache alors et devient plus nette pour laisser place au souvenir.

Le fait de reprendre des images d’archives d’une même journée pendant 40 ans nous invite à prendre conscience de notre histoire collective. Le film des archives de notre quotidien en accéléré ne nous permet que de reconnaître les images qui ont marquées notre histoire et qui déclenchent parfois des souvenirs personnels faisant remonter une émotion. Il met ainsi en perspective notre petite mémoire face à la grande en nous confrontant par exemple aux émotions et aux souvenirs personnels qu’ont pu faire ressurgir un événement international comme le 11 septembre 2001. La date du 6 septembre concerne le passé de l’artiste, les images d’archives nous parlent de notre mémoire historique collective, et celle-ci procure un fort pouvoir émotionnel à chacun.


Références:

Ce texte est une version révisée et augmentée d’un travail pratique réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation donné au trimestre d’hiver 2015 par Yvon Lemay.

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