Profession/Vie d'archiviste

Vie d’archiviste : David Bureau

Technicien en archivistique / L’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal


Quel est votre parcours professionnel?

Je suis l’exemple d’un parcours atypique. J’ai été planteur d’arbres, laveur de vaisselle, gardien de parc, animateur de groupe, guide et interprète … J’ai obtenu un baccalauréat en histoire de l’art à l’Université Laval. Un peu par hasard et grâce à de bonnes personnes, j’ai ensuite vécu en Russie pour enseigner le français et créer des ateliers de discussions sur le Québec. À mon retour, j’ai complété une maîtrise à l’UQAM en histoire de l’art. C’est pendant la maîtrise que j’ai eu mes premiers contacts avec des archivistes car j’étudiais d’anciens carnets de notes et de dessins. De fil en aiguille, j’ai découvert qu’il y avait une profession qui s’occupait des archives : de leur acquisition, leur description, de l’accès et de leur préservation. Je me suis inscrit au certificat de soir à l’EBSI tout en gardant mon travail le jour au Centre d’histoire de Montréal. Le certificat en poche, j’ai obtenu mon premier emploi en région et j’y suis demeuré quatre années. On peut donc dire que j’ai commencé dans le métier comme archiviste – ou plus précisément « technicien en archivistique » – assez tardivement.

Pourquoi avoir choisi cette profession? Quelle était votre motivation, qu’est-ce qui vous attirait dans le métier?

Je ne me suis jamais posé la question… Jusqu’à l’âge de 27 ans, je concevais vaguement ce que pouvait être une archive ! Mais j’ai croisé des archivistes – un en particulier – au cours de mes années d’études et dans les musées et ils m’ont donné la piqûre. J’ai eu envie de côtoyer les documents anciens, quels qu’ils soient. J’ai toujours été fasciné par les histoires de trésors et les secrets à protéger. Être responsable de la mémoire d’une institution, entrer dans ses détails et ses zones d’ombres, partager ses grands moments comme ses épreuves, ça me permet d’avoir l’impression d’être le gardien d’un trésor. Mais je ne suis pas jaloux de le partager … dans la mesure où mes «maîtres» m’en donnent l’autorisation !

J’ai eu deux employeurs depuis mon certificat, toujours dans le monde religieux. Je me suis beaucoup familiarisé avec ces archives. La diversité des documents est impressionnante. Les communautés possèdent des documents administratifs, financiers, des documents concernant le mobilier et l’immobilier, des dossiers d’employés, des documents commémoratifs en plus des archives propres au charisme dont elles se réclament. Ce qui fait que le type de document qui me passe entre les mains est peu routinier. Les nouvelles découvertes sont fréquentes.

Quelle est votre routine habituelle?

J’ouvre mes portes à 8h30 et allume l’ordinateur. D’abord parce que la grande majorité des requêtes d’information se font par courriel au cours de la journée. Ensuite, parce que je dois utiliser les logiciels de gestion documentaire. Je fais toujours une tournée dans mon entrepôt principal, que je surnomme affectueusement mon frigo, pour m’assurer de la température, de l’humidité et de la sécurité. Puis c’est la ronde des courriels et des téléphones. Je reçois environ 2 à 5 chercheurs par semaine. Je prépare les documents à consulter, vérifie l’accessibilité de l’information qu’ils demandent. Dans le moment, je dresse également l’inventaire de nos fonds. C’est un travail de longue haleine, car nous travaillons avec un nouveau logiciel et tout est à faire.

Avez-vous des anecdotes ou des situations cocasses qui vous sont arrivées au travail?

J’ai déjà pleuré en lisant une lettre. C’était une mère qui écrivait à son fils prêtre qui était en Floride, dans les années 1870. Dès les premières lignes, elle lui disait qu’il s’agissait de son ultime message puisqu’elle était sur son lit de mort. Elle était condamnée et lui déclarait tout son amour maternel, toute sa fierté de le savoir prêtre. Elle se recommandait à lui et demandait de ne pas oublier la tombe de ses parents, à Chambly. Il y avait tant d’amour dans ses mots qui traversaient le temps et l’espace, une telle intimité. J’ai ressenti un contact très intense.

Avez-vous connu des changements marquants au sein de votre profession au cours des dernières années? Lesquels?

J’arrive dans le monde de l’archivistique alors que les grands bouleversements informatiques sont bien amorcés. Je crois que j’assisterai à des changements marquants en ce qui aura trait à l’accessibilité et au partage des documents, mais cela viendra peut-être plus lentement dans les archives privées comme celles de l’Oratoire.

Que faites-vous pour maintenir à jour vos connaissances et votre expertise?

J’essaie de m’impliquer le plus possible dans mon milieu : pour l’AAQ de Montréal ou pour la Table de concertation des archives religieuses de Montréal. J’ai ainsi l’opportunité de rencontrer d’autres archivistes et de comparer mes approches, de réfléchir à mes méthodes et de remettre en cause mes idées. J’ai également la chance à l’Oratoire de pouvoir compter sur des supérieurs qui croient en la formation et qui m’offre la possibilité de suivre des séminaires. J’adore fouiller sur le web pour trouver des formations en format MOOC ou encore des conférences sur la plateforme « ITunes U ». Je prends également des petits contrats ou encore je m’offre comme bénévole pour m’essayer à d’autres réalités documentaires

Qu’est-ce que vous voudriez partager avec quelqu’un qui désirerait entreprendre des études en archivistique?

C’est un beau travail, avec ses hauts et ses bas. C’est un métier qui exige une grande ouverture d’esprit, une grande curiosité et un bon sens du tact. Il faut aussi être prêt à revoir ses méthodes et sa pratique. Les archives de demain seront très probablement différentes de celles d’aujourd’hui – déjà on le voit. On peut se sentir rapidement dépassé par les changements technologiques.

Comment décrivez-vous votre métier à des non-archivistes ?

Mon image favorite consiste à dire que je suis la mémoire de l’Oratoire même si c’est un brin prétentieux. J’aime aussi faire prendre conscience à mes interlocuteurs de la quantité d’information qui les entoure pour leur faire réaliser qu’eux mêmes doivent souvent gérer leur propre masse documentaire. J’explique qu’il en va de même pour l’Oratoire – ou pour tout organisme – et qu’à chaque année une quantité importante d’information doit être traitée.

Il m’apparaît souvent qu’expliquer les grandes lignes des trois âges (actif, semi-actif et inactif) est aussi une bonne façon de décrire ma réalité. Les gens qui ne sont pas dans notre profession assimilent bien ce concept qui me sert de point de départ pour aller plus en détail si l’intérêt de mon interlocuteur y est.

Selon vous, quel est l’apport des archivistes à la société ?

Pour moi, les archivistes sont des médiateurs et des passeurs de mémoire. Ils ont la responsabilité de veiller à la préservation intelligente, c’est-à-dire la plus complète possible, des traces des actions d’individus, de groupes ou d’événements qui ont eu dans le passé un impact assez fort qu’il marque encore notre présent. J’admets que notre contribution n’est pas toujours flamboyante et ne reçoit pas souvent l’attention qu’elle mérite, mais j’ai la conviction que nos actions sont tout de même remarquées par le public. Je côtoie beaucoup de gens ayant un grand intérêt pour l’histoire de leur quartier, de leur ville, de leur région. Ils sont curieux de lire, de voir, d’entendre ce que les femmes et les hommes qui les ont précédés ont vécus, qu’elles ont été leurs vies. Je crois que nous apportons des réponses à ces questions par notre travail minutieux de conservation, de description, de diffusion.


Le projet Vie d’archiviste vise à présenter une série de portraits d’archivistes provenant de différents milieux et d’illustrer leur parcours et leur travail quotidien. L’AAQ désire ainsi présenter la diversité dans les profils possibles d’archivistes. Les documents et connaissances que nous gérons et préservons sont souvent mis de l’avant, c’est à notre tour maintenant! Vous souhaitez participer? Écrivez-nous à communicationaaq@gmail.com.

Le comité des communications désire remercier les archivistes qui se sont généreusement prêtés au jeu et notre photographe Cyndie Chouinard pour ses magnifiques photos.

 

10 réflexions sur “Vie d’archiviste : David Bureau

  1. Bonjour!

    J’aimerais savoir si la formation en archives médicales sera éventuellement dispensée à Québec, puisque pour l’instant, il est indiqué que le programme est uniquement disponible dans le Bas-St-Laurent, en Mauricie et à Montréal.

    J’aimerais savoir si le taux de placement est meilleur pour les techniciens en archives médicales que pour les techniciens en archivistique (général).

    Enfin, je me demandais si certains milieux hospitaliers dispensent la formation médicale à des techniciens en archivistiques (général) ou si la formation en archive médicale est indispensable pour travailler dans le milieu de la santé?

    Merci beaucoup de votre aide! 🙂

    • Bonjour Lyne, à ma connaissance, il y a des différents importantes, mais non dramatiques, entre l’archivistique médical et général. Je te conseille de contacter les responsables d’un des programmes en archives médicales. Ils sauront mieux te renseigner sur le taux de placements et pourront répondre à tes questions. Bonne recherche!

  2. Bonjour je m’appelle Joanie et j’aurais une question pour toi. Je vie en abitibi-temiscamingue a rouyn-noranda. J’ai fait un DEC en education a l’enfance, ensuite un certificat en supervision et un autre certificat en gestion des ressources humaines mais a ottawa donc pas reconnu au quebec. J’ai ensuite fait des recherches sur d’autres metiers et archivite m’interesse beaucoup. Je voudrais savoir si je fais le certificat en archiviste est ce que j’ai des chances de travailler dans le domaine ou ils vont me bloquer en disant qu’il fait un DEC ou un BAC ? Car c’est ca qui m’est arriver avec mon certificat en ressources humaine et j’aimerais travailler plus vite dans un domaine qui m’interesse en archiviste donc est ce une bonne idee de faire ce certificat? Merci de me repondre
    Joanie

    • Bonjour Joanie,

      Je me permets de répondre à ta question. Il n’y a pas de DEC ou de BAC pour devenir archiviste. Habituellement, le certificat suffit lorsqu’on possède un BAC dans un domaine X (il existe aussi une maîtrise en bibliothéconomie, mais ce n’est pas obligatoire pour travailler en tant qu’archiviste). Si tu n’as pas de BAC, mais que tu suis le certificat en archivistique, tu pourras appliquer sur des postes de technicienne en archivistique (et non archiviste). C’est à toi de voir si cela te convient.

      Je te réfère au site Web de l’Association des archivistes du Québec pour connaître les tâches d’un technicien en archivistique (http://www.archivistes.qc.ca/fonctions-et-taches-du-technicien-en-archivistique) versus les tâches d’un archiviste (http://www.archivistes.qc.ca/fonctions-et-taches-de-l-archiviste).

      J’espère que cela pourra t’aider. Bonne continuité!

      • Merci de m’avoir repondu. J’aimerais savoir ou je pourrais travailler si je fais le certificat en archiviste et que je postule pour etre technicienne en archiviste comme vous dites et c’est quoi environ les salaires. Est ce difficile d’entree dans le domaine juste avec le certificat? Merci de me repondre
        Joanie

      • Le salaire dépend fortement du milieu où tu postulera. Par exemple, il arrive souvent que les société d’histoires, en tant qu’organismes sans but lucratif, ont moins de revenus versus le service d’archives d’une ville par exemple. En conséquence, le salaire peut varier. Les milieux pour travailler en tant que technicien en archivistique sont multiples et ressemblent beaucoup aux milieux où travaillent les archivistes en fait. Je ne vois pas pourquoi tu aurais de la difficulté à te trouver un poste de technicienne seulement avec le certificat. C’est ce qui est habituellement demandé pour ce type de poste. Par contre, il peut arriver que des archivistes postulent également sur les postes de technicien. C’est comme pour n’importe quel emploi. Je te renvoie à une enquête que l’AAQ avait fait concernant la situation des archivistes sur le marché du travail. Il est également fait mention des techniciens. L’enquête date de 2005, mais il n’y a rien de plus récent pour le moment: http://www.archivistes.qc.ca/la-situations-des-archivistes

      • Merci beaucoup pour toutes ces informations et j’ai d’autres questions lol je regarde le cours et il y a un certificat en gestion de documents(documentation, informations) et un certificat en archiviste et un autre en gestion de documents et archives c’est quoi les differences pour ne pas que je me trompe? Et donc si je fais un certificat je peux etre technicienne en archives mais je veux quand meme savoir les differences de ces trois certificat pour etre certaine de ne pas me tromper. Merci de me repondre Joanie

        Date: Tue, 15 Sep 2015 12:31:40 +0000 To: perronjoanie@hotmail.com

      • Si je ne m’abuse, les certificats que vous mentionnez sont semblables, mais donnés dans des universités différentes. Il vous faudrait regarder la liste et la description de cours de chacun pour voir les différences, mais dans l’ensemble, ils vous donnent tous accès au métier de technicien en archivistique.

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