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Archives au quotidien: Sanaa Hamid et la réinterprétation postcoloniale de l’archive

Par Isabelle L’Heureux, étudiante à l’Université de Montréal


Dans le cadre de mon implication à titre d’éditrice au sein de Yiara Magazine, une revue étudiante d’art féministe basée à Concordia, j’ai eu la chance d’être exposée à une foule de projets, d’idées et d’artistes partageant un même élan vers l’ouverture des barrières entre les genres. C’est dans ce contexte que je pus découvrir le travail de Sanaa Hamid, par le biais d’une entrevue conduite par Amelia Wong-Mersereau, une étudiante de l’Université Concordia, qui fut publiée dans la troisième édition de notre revue (la dite entrevue est en page 40).

La jeune artiste asiatique-britannique travaille principalement dans une perspective féministe et postcoloniale, comme le montre assez explicitement son œuvre Colonialism Sucks (2014). Ce court montage vidéo fut élaboré dans le cadre d’un cours où les étudiants étaient amenés à exploiter les archives photographiques du Royal Engineers Museum de Gillingham en Angleterre. La démarche de Sanaa Hamid, toutefois, ne séduisit ni les professeurs de l’université, ni le personnel du musée. Étant elle-même une jeune femme musulmane, ses recherches dans les archives coloniales la plongèrent dans un profond malaise. La perspective capturée sur l’ensemble des photographies est celle du privilégié qui, sans considération pour autrui, exerce sa loi en terre étrangère. Hamid décrit entre autres le regard de ces femmes qui durent poser aux côtés du colonisateur, un regard troublé par l’expérience de la guerre et de l’occupation.

Face à l’action déshumanisante de la photographie en contexte colonial, l’artiste cultiva le désir de déshumaniser à leur tour les représentants de l’Empire.  Elle chercha donc à subvertir avec humour, arme qui s’accorde le mieux à son travail, le regard du colonisateur en soulignant l’incongruité et le caractère hautement problématique et non « politiquement correct » de l’ensemble d’archives.

« Them [the white males] photographing these women, it was dehumanizing. It was cold. My response to that is, you dehumanize them, I’m going to dehumanize you by taking the piss out of you. »

L’exemple de Colonialism Sucks en est un de réappropriation et donc, de renouvellement d’un sens vétuste, qui n’aurait jamais dû être. L’œuvre agit par la même manière à titre de preuve du caractère vivant de la matière archivistique. Face à ce constat – la malléabilité possible de l’archive – une ouverture d’esprit considérable devrait être attendue de la part de tout centre d’archives et tout archiviste. Il devrait être de notre devoir de saisir le caractère parfois douteux de certains documents d’archive et de comprendre l’importance de les recontextualiser, d’en actualiser l’interprétation afin de briser la continuité tranquille des idéologies qui sont le terreau fertile des oppressions.

Il est possible de visionner l’œuvre vidéo à l’adresse suivante : http://sanaahamid.com/Colonialism-Sucks.


Références:

Ce texte est une version révisée et augmentée d’un travail pratique réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation donné au trimestre d’hiver 2015 par Yvon Lemay.

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