Arts visuels/Congrès

Retour sur le congrès 2016 : les archivistes face à l’art de l’archive

Dans le cadre du projet Reporteurs étudiants 2016, nos reporteurs ont eu, entre autres, à rédiger des comptes rendus de conférences. Ce compte rendu a été rédigé par Marie-Elaine Mathieu.


Diane Baillargeon, Nicolas Bednarz, Céline Widmer et Mattia Scarpulla. Table ronde : les archivistes face à l’art de l’archive, Communication présentée au 45e congrès de l’Association des archivistes du Québec, Centre des congrès de Québec, 16 juin 2016

Lors du 45e congrès de l’Association des archivistes du Québec, une dizaine d’artistes ont été invités à présenter des performances et des œuvres autour de la thématique du congrès. Trois d’entre eux ont exprimé leur point de vue sur les archives lors d’une table ronde intitulée Les artistes et les archives qui s’est tenue au début de la deuxième journée du congrès. En complément à cette discussion, nous avons eu la chance d’assister à la table ronde Les archivistes face à l’art de l’archive, laquelle proposait d’explorer la relation entre l’art et les archives, mais du point de vue des archivistes. Quatre archivistes sont venus présenter des projets pour lesquels ils ont décidé de faire appel à des artistes afin de mettre en valeur les archives.

Projet d’artiste en résidence à l’Université de Montréal

Premièrement, madame Diane Baillargeon, directrice de la Division de la gestion de documents et des archives (DGDA) à l’Université de Montréal (UdeM) a présenté le projet d’artiste en résidence. En collaboration avec l’artiste et archiviste Denis Lessard, c’est en 2010 que naît l’idée d’avoir un projet d’artiste en résidence. L’idée de départ était de présenter différents documents iconographiques et textuels sur des écrans fixés sur les murs du hall d’honneur du pavillon Roger-Gaudry. Au-delà de ces présentations, les œuvres auraient été rendues disponibles sur les ordinateurs des salles de consultation et un livre aurait pu être produit afin de financer le projet.

Ce projet visait plusieurs objectifs. Du point de vue de l’artiste Denis Lessard, le projet devait permettre l’utilisation de matériel archivistique au sein d’une démarche artistique. Ensuite, il fallait améliorer la visibilité du service des archives de l’UdeM. Finalement, il fallait montrer le caractère anonyme des archives, montrer les archives sous un angle évocateur, fragmentaire et aléatoire. Du point de vue du service des archives, les objectifs étaient de participer à un projet novateur, d’offrir une expérience à un finissant de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information et de mettre en valeur les archives afin d’augmenter le sentiment d’appartenance de ceux qui fréquentent l’UdeM.

Au départ, des discussions ont eu lieu afin d’arrimer la réalité administrative avec la vision artistique et une lettre d’entente a été signée avec l’artiste afin de bien définir le projet et les concepts. Au cours du projet, trois présentations PowerPoint ont été réalisées. La première propose des documents sur Hans Selye et elle a été installée sur des écrans dans une salle de consultation. La deuxième présentation porte sur l’Institut de psychologie et la troisième s’intitule Apparitions. Le département de psychologie poursuit la diffusion de la présentation qui a été réalisée pour eux. Dans le cadre du projet Apparitions, une affiche a été remise aux conférenciers et aux présidents de séance lors du colloque sur le 50e anniversaire de la DGDA.

L’important, pour le service, était que le projet se réalise. Du côté des points positifs, soulignons que le projet s’est prolongé au-delà de la durée initiale prévue d’une année. Aussi, les présentations peuvent maintenant être utilisées comme économiseurs d’écran. Cependant, à part l’Institut de psychologie, les autres départements approchés n’ont pas adhéré au projet. Finalement, cette première expérience d’artiste en résidence aura ouvert la voie à un autre projet de création, 38 variations sur autant d’image, de Simon Côté-Lapointe.

Collaboration entre la Ville de Montréal et le Musée McCord : Archives au pluriel : Le Montréal de 1914-1918

Céline Widmer, conservatrice de la collection des archives textuelles au Musée McCord, et Nicolas Bednarz, archiviste en gestion des documents et des archives à la Ville de Montréal, ont présenté le projet sur lequel ils ont collaboré : Archives au pluriel : Le Montréal de 1914-1918. Ce projet s’articule autour du thème de la Première Guerre mondiale. Il a été imaginé par deux archivistes auxquels se sont joints des collaborateurs de différentes disciplines. L’équipe a été complétée par des artistes qui sont venus façonner et présenter le contenu des documents d’archives. Le résultat est une création artistique collective dans laquelle se mélange le théâtre, la musique et l’audiovisuel. Il s’agit d’une œuvre de fiction et elle a été présentée pour la première fois lors d’un spectacle au Musée McCord en mai 2015.

La question de base à laquelle l’équipe voulait répondre était la suivante : Aujourd’hui, comment les archivistes doivent-ils penser leur profession et la mise en valeur des archives afin de répondre aux besoins de notre époque qui évolue rapidement ? La collaboration s’est avérée nécessaire afin de répondre à cette question, de même que l’implication personnelle de tous les participants au projet. Ainsi, les archives seraient interprétées de multiples façons et le projet gagnerait en richesse, en variété et en originalité pour rejoindre un public plus varié. D’autre part, cette façon de faire permettrait un repositionnement de la pratique professionnelle de l’archiviste. L’esprit collaboratif mis de l’avant par l’équipe devait favoriser une réinterprétation des archives, rejoindre le public le plus vase possible et répondre aux besoins actuels de notre époque.

La mise en valeur des archives textuelles représentait une certaine problématique. La forme du document textuel semble moins attirante que celle du document iconographique et elle peut faciliter ou nuire à l’assimilation du contenu à cause de l’effort de lecture qui est nécessaire. L’équipe ne voulait pas mettre en valeur seulement des documents textuels qui étaient visuellement attrayants. La richesse du contenu était plus importante. Puisqu’il fallait trouver une façon de rendre les documents intéressants en passant par l’art, le choix des artistes impliqués dans le projet s’est fait de façon à répondre à ce besoin. On leur a demandé de déconstruire les archives pour les réinterpréter selon leurs compétences.IMG_20160615_100552

Deux archivistes, une auteure dramatique, deux musiciens, un artiste visuel, trois comédiens et un metteur en scène ont fait partie de l’équipe de réalisation. L’étape de la recherche, de la sélection et de l’organisation des documents d’archives s’est étendue sur une période d’un an. Les archives choisies ont été tirées de plus de trente fonds d’archives pour être ensuite organisées de façon thématique. Au moment de l’écriture, une centaine de documents ont été transmis à l’auteur. Des extraits de toutes sortes se sont greffés au texte, produisant un collage qui parfois se rapproche du slam. La trame musicale a été conçue en fonction des archives retenues par l’auteur et de l’émotion véhiculée par les documents afin de favoriser l’établissement de liens émotionnels chez le spectateur. Des vidéos et d’autres documents iconographiques ont été fournis au vidéaste qui a dû réinterpréter ces items pour proposer son propre univers créatif. Le choix d’un metteur en scène a permis d’orchestrer la mise en relation du texte avec la musique et le contenu audiovisuel et d’expliquer l’œuvre et ses subtilités aux comédiens. Tout au long du projet, les archivistes ont agi à titre de référence.

Le projet a reçu une bonne visibilité auprès du public. Il a été diffusé sur les plateformes du Musée McCord et de la Ville de Montréal. La pluridisciplinarité du projet a par ailleurs permis de rejoindre plusieurs médias. Les séances de 2015 se sont déroulées devant des salles combles et un public varié. On peut dire que l’entreprise de démocratisation des archives a été réussie, entre autres grâce à l’émotivité qui se dégageait du produit final. Cependant, l’investissement et le temps nécessaire à la réalisation du projet, de même que les impératifs financiers et technologiques sont cités comme étant deux difficultés rencontrées par l’équipe. Pour le futur, le projet survivra sous d’autres formes. Une activité pour les élèves est déjà prévue. Des subventions ont été reçues et le travail a été repris avec les intervenants, afin de convertir la pièce d’une heure en une vidéo d’une vingtaine de minutes. Un guide pédagogique et une discussion avec un guide-animateur du Musée McCord accompagneront le visionnement du vidéo. La pièce initiale sera également présentée à deux occasions cet automne au Musée McCord.

Les arts s’invitent au 45e congrès de l’AAQ

Finalement, Mattia Scarpulla a pris la parole afin de nous présenter deux projets auxquels il a participé, soient le montage d’un spectacle littéraire et la réalisation de l’aspect artistique qui s’est rattachée au 45e congrès de l’AAQ.

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Le montage d’un spectacle littéraire s’est fait en collaboration avec des archivistes dans le cadre du Mois de la poésie à Québec. Les gestes de nos mémoires est un spectacle composé de cinq interprètes qui utilisent la matière archivistique pour en faire une chorégraphie. Les archivistes, sur scène, prennent conscience de leurs gestes professionnels grâce à des exercices corporels. Cette performance s’accompagne de textes poétiques écrits sur le sujet.

Le deuxième projet est celui de la collaboration avec le comité organisateur du 45e congrès de l’AAQ afin de trouver une façon d’intégrer les artistes à la thématique du congrès. Une dizaine d’artistes ont été invités à proposer des performances et des œuvres qui présentent autant de façon de parler des archives et des archivistes. Ces œuvres et performances ont été présentées tout au long du congrès, que ce soit dans le hall ou lors des pauses, du cocktail et du banquet. Elles parlent de la place des archives dans la société de consommation des documents et nous avons pu remarquer que l’accent a été mis sur la fragilité des archives et le rapport avec l’oubli et le passé.

 

Quelques artistes présents au 45e congrès de l’AAQ :

Belisssle : http://belisssle.tumblr.com/

L’envolée de valises : http://www.theatrelasouvenance.com/

Simon Côté-Lapointe : http://simoncotelapointe.com/?page_id=22

Andrea Roccioletti : https://roccioletti.wordpress.com/2016/06/03/la-trama-della-realta/

Annaëlle Winand : http://winand.ebsi.umontreal.ca/publications/

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