Profession/Vie d'archiviste

Vie d’archiviste : David Tremblay

©David Tremblay

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Archiviste / Ville de Québec


Quel est votre parcours professionnel?

 

Parcours académique

J’ai fait un baccalauréat en histoire à l’Université Laval, puis un certificat en archivistique à l’Université Laval. J’ai ensuite poursuivi avec une maîtrise en archivistique à la même institution, qui fut ponctuée de stages en Suisse, qui m’ont donné la piqûre du travail en archivistique à l’étranger.

Cheminement professionnel

Après un travail d’étudiant au Ministère de la Culture et des Communications au sortir du certificat en archivistique à l’été 1999, j’ai fait un stage de trois mois aux Archives du Canton du Jura, à Porrentruy en Suisse, à l’automne de 1999, pour le traitement des archives d’Auguste Viatte, originaire des lieux, qui fut l’un des premiers professeurs étrangers à enseigner à l’Université Laval. Un projet avait été monté, avec comme partenaires l’Association internationale des études québécoises (AIEQ), l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), le programme d’archivistique de l’Université Laval, le service de la coopération et l’Office de la culture du Canton du Jura, pour permettre à deux étudiants québécois de maîtrise à l’Université Laval d’aller effectuer le traitement de ce fonds d’archives. C’était une belle façon d’entreprendre ma carrière.

De retour au Québec, j’ai poursuivi ma maîtrise en archivistique, tout en travaillant quelques mois à la Communauté urbaine de Québec, organisme depuis intégré à la Ville de Québec. J’ai par la suite effectué mon stage de maîtrise en archivistique aux Archives historiques du Musée Olympique à Lausanne en Suisse en 2001 pour compléter le traitement du fonds d’un ex-président du Comité International Olympique, Lord Killanin, au service des archives historiques. J’ai ensuite eu la possibilité de rester là-bas pour un mandat au service des Archives opérationnelles du Comité International Olympique à la fin de mon stage. Par archives opérationnelles, on parle d’archives courantes, ou assez « fraîches », en opposition aux historiques. Grosso modo, on y gère les archives des 15 à 20 dernières années.

Ensuite, mes contrats seront sans cesse renouvelés et je finis par obtenir un poste régulier au sein du service, qui sera ensuite rebaptisé gestion documentaire puis gestion de l’information, changements qui témoignent bien de son évolution. J’y suis finalement resté jusqu’à la fin de 2012. À l’époque, un important projet de gestion électronique des documents se mettait en place et le boulot ne manquait pas. Quelques mois après mon retour au Québec, j’ai été engagé comme archiviste à la Ville de Québec en septembre 2013, poste que j’occupe depuis cette date.

Avez-vous exercé d’autres métiers avant de devenir archiviste?

Pas d’autre métier, sinon mes boulots d’étudiant.

Pourquoi avoir choisi cette profession? Quelle était votre motivation, qu’est-ce qui vous attirait dans le métier?

J’ai choisi ce métier en premier lieu par son lien avec l’histoire. À la fin de mon baccalauréat en histoire, je cherchais une discipline à la fois pratique et où je pourrais mettre en pratique le bagage de connaissances acquis lors de mes études en histoire. J’ai vite réalisé que ce métier m’amènerait beaucoup plus loin : travailler au croisement de plusieurs disciplines, vivre de belles expériences à l’étranger, travailler abondamment dans le domaine de l’information numérique. Voilà qui m’a encouragé à poursuivre dans ce domaine. J’ai beaucoup travaillé en gestion électronique des documents lors de mon expérience au CIO, avec le déploiement au sein de l’organisation de la plateforme Livelink d’Open Text. Maintenant, à la Ville de Québec, j’ai l’opportunité de travailler à la fois dans le domaine de l’information numérique avec le projet de  gestion intelligente des documents et aussi dans celui des Archives historiques.

©David Tremblay

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Quelle est votre routine habituelle?

La routine, c’est difficile à dire, tellement mes journées sont différentes les unes des autres, à l’image de mon travail qui est très varié et où l’imprévu occupe une part importante. Peu importe où j’ai travaillé, rares ont été les journées où j’ai fait exactement ce que je m’attendais de faire. Les imprévus et urgences de toutes sortes ont maintes fois pimentés mes journées depuis le début de ma carrière. Je vais d’abord regarder mes courriels en arrivant le matin, voir quelles sont mes tâches prioritaires et décider quand les effectuer, en fonction des réunions prévues durant la journée. Je vais également voir si mes collègues ont des choses à me faire part, des questions à résoudre pour l’avancement de leur travail. Les réponses aux demandes de numérisation et de diffusion provenant du public font partie de mes priorités. Ensuite, je vais m’attaquer à l’un des nombreux projets que nous avons en chantier aux Archives de la Ville de Québec.

Racontez-nous une journée atypique

C’est encore difficile à dire. Peut-être une journée, rare, où les demandes, réunions,  sollicitations se font très peu nombreuses !

Avez-vous des anecdotes ou des situations cocasses qui vous sont arrivées au travail?

J’ai quelques anecdotes amusantes : trouver un billet de 50 Francs français dans un dossier d’archives ou encore plus loufoque, une paire de chaussettes au milieu de documents d’archives ! Il y en a qui sont moins joyeuses : la destruction d’une partie des archives du Comité International Olympique lors d’un incendie en septembre 2009 chez un prestataire de locaux d’entreposage d’archives. Aucun document n’avait pu être réchappé. Enfin, une inondation au siège du CIO, qui a lourdement endommagé notre voûte principale de documents d’archives  et forcé à évacuer complètement les lieux, à l’automne 2012.

Avez-vous connu des changements marquants au sein de votre profession au cours des dernières années? Lesquels?

Il y a eu beaucoup de changements depuis une quinzaine d’années. Au CIO, j’ai eu l’occasion de participer au déploiement de la gestion électronique des documents, à l’aide de la plateforme Livelink d’OpenText. J’ai pu voir l’évolution de notre profession à travers les années via ce projet. L’arrivée de la plateforme Livelink au CIO a considérablement changé la façon de travailler des archivistes, ne se contentant plus de s’occuper du papier mais occupant désormais le terrain du numérique, jusque-là réservé aux informaticiens.

De plus, l’accompagnement du personnel de l’organisation dans l’utilisation et l’adaptation à ce nouvel outil de collaboration ainsi qu’aux changements méthodologiques et culturels qu’il impliquait dans la façon de travailler m’ont amené à constater que nous avions un rôle important à jouer en matière de développement organisationnel et de gestion du changement. Enfin, lors de mes dernières années au CIO, j’ai été beaucoup impliqué dans le nouveau domaine de la gestion des connaissances. J’ai notamment effectué un important travail de transfert de connaissances avec les employés qui quittaient l’organisation, en étroite collaboration avec les Ressources humaines.

Enfin, dans mon travail actuel, à tort ou à raison, il arrive à l’occasion que des employés de l’organisation les gens nous considèrent comme les responsables de certains logiciels ou solutions technologiques et aient tendance à nous contacter plutôt que les technologies de l’information pour résoudre certains problèmes rencontrés avec ces outils. Si nous pouvons habituellement leur répondre pour les questions de nature fonctionnelles, mais n’avons pas nécessairement l’expertise requise  sur le plan technique, il n’en demeure pas loin que nous sommes désormais à mille lieux de l’image traditionnelle de l’archiviste…

Que faites-vous pour maintenir à jour vos connaissances et votre expertise?

Il faut faire de la veille sur les sujets touchant à ma profession, suivre des formations, être au courant de ce qui se fait dans le domaine de l’archivistique dans le monde. Lire les journaux et suivre l’actualité, pour être au fait de l’évolution des enjeux touchant à notre profession. Si l’archivistique québécoise a longtemps été un modèle pour plusieurs autres, nous devons également s’inspirer des avancées qui se font ailleurs, notamment dans le monde anglo-saxon et en Europe.

©David Tremblay

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Qu’est-ce que vous voudriez partager avec quelqu’un qui désirerait entreprendre des études en archivistique?

Il y a plusieurs aptitudes/qualités nécessaires pour devenir archiviste : faire preuve d’une grande ouverture d’esprit, avoir une approche multidisciplinaire, une très bonne culture générale, être fait pour le travail en équipe et la gestion de projet, être prêt à accomplir des tâches d’une grande diversité, savoir gérer les imprévus et les situations de stress, avoir de très bonnes connaissances dans le domaine des technologies de l’information de même que des notions du domaine juridique.

Comment décrivez-vous votre métier à des non-archivistes ?

Ce n’est vraiment pas évident, car nous sommes devenus des « touches à tout ». Les gens nous imaginent à classer des papiers toute la journée, alors qu’on fait tellement plus que ça. Grosso modo, je parle de choses qui sont les plus concrètes pour eux, comme la richesse des collections d’archives de la Ville de Québec, notamment photographies, de même que de la conservation à long terme et de la destruction des documents, ainsi que de l’accès à l’information. Il y a des thèmes dont je devrais leur parler davantage : la gestion des connaissances et les médias sociaux.

Selon vous, quel est l’apport des archivistes à la société ?

Nous jouons un rôle important, mais je dirais que nous pourrions apporter beaucoup plus dans la société actuelle. Nous devons être plus présents sur la place publique, faire entendre notre voix. J’ai parfois l’impression que nous sommes un secret bien trop gardé et que nous devrions intervenir davantage dans divers domaines, par exemple la protection des renseignements personnels sur les réseaux sociaux, de même que la circulation de l’information en général via ces nouveaux médias. De plus, il y a actuellement un projet de la refonte de la loi sur l’accès à l’information, un enjeu majeur pour notre travail, au sujet duquel nous pouvons apporter une expertise certaine.

Bien des gens imaginent encore que nous sommes là surtout pour classer des papiers et font appel à nous uniquement pour retrouver les documents et informations dont ils ont tout à coup besoin pour résoudre une question préoccupante. Un autre domaine dans lequel nous avons un rôle important à jouer, à l’heure où plusieurs personnes-clés dans les organisations passent le flambeau à des plus jeunes est la gestion des connaissances. En tant que gardiens de la mémoire, nous pouvons y apporter une grande expertise.


Le projet Vie d’archiviste vise à présenter une série de portraits d’archivistes provenant de différents milieux et d’illustrer leur parcours et leur travail quotidien. L’AAQ désire ainsi présenter la diversité dans les profils possibles d’archivistes. Les documents et connaissances que nous gérons et préservons sont souvent mis de l’avant, c’est à notre tour maintenant! Vous souhaitez participer? Écrivez-nous à communicationaaq@gmail.com.

 

 

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