Congrès

Retour sur le congrès 2017 : Faire le point sur la gestion des archives religieuses au Québec

Dans le cadre du projet Reporteurs étudiants 2017, nos reporteurs ont eu, entre autres, à rédiger des comptes rendus de conférences. Ce compte rendu a été rédigé par Nicolas Chantigny.

Le rôle des archives religieuses comme sources d’informations concernant l’histoire du Québec est indéniable puisqu’elles permettent de reconstituer des moments phares de la présence canadienne-française en territoire nord-américain. Portées par une valeur de témoignage évidente, les archives religieuses parcourent des passages marquants de notre existence. On pourrait donner en exemple celles reliées à la fondation de la Nouvelle-France, ou encore d’autres relatant les évènements tragiques tirés des pensionnats autochtones pour confirmer cette place essentielle qu’elles occupent dans la reconstruction de notre patrimoine. Leur préservation est donc cruciale à la sauvegarde de notre mémoire collective. Hélas, la gestion des archives religieuses est dans un état précaire. En effet, lors de la conférence Archives et legs des communautés religieuses : défis et solutions, nous avons constaté que les enjeux relatifs à ces documents sont nombreux et que nous sommes actuellement dans une époque charnière quant à leur avenir…

Crédit: Isabelle Dion

Pour initier la présentation, Mme Theresa Rowat, archiviste au service de l’Ordre des Jésuites, a d’abord survolé l’historiographie de son organisme et de la migration de ses documents afin de situer les auditeurs. Fondée en 1534 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus comprend aujourd’hui 17 000 membres. Dès ses premiers balbutiements, les missions étrangères furent toujours au centre des priorités de cette institution. Les Jésuites comprenaient l’importance de la documentation : elle était nécessaire à l’optimisation du partage de l’information pour cette communauté dont les membres étaient éparpillés aux quatre coins du monde. Pour pouvoir évangéliser les peuples étrangers, les missionnaires devaient commencer par maitriser leurs langues. « Dès leur arrivée en 1611, les Jésuites français se sont appliqués à traduire des textes religieux dans des langues amérindiennes et à rédiger des dictionnaires et des lexiques qu’ils pourraient léguer à ceux qui allaient les suivre » précisa Mme Rowat. Il est parfois difficile de situer les documents qu’ils possèdent actuellement dans la lignée des copies successives dont ils ont fait l’objet. Les Jésuites se concentrant sur l’enseignement et sur la recherche académique fondèrent le collège des Jésuites à Québec en 1635. À travers leur histoire, les Jésuites accomplirent un véritable travail d’archivistes, de conservateurs et d’historiens. « Ils devaient s’acquitter de tâches aussi variées que l’enrichissement des collections, la préservation des fonds, la préparation des catalogues et des index ainsi que l’exécution d’études graphologiques » ajouta la conférencière. De plus, l’ordre des Jésuites collectionne depuis toujours des livres rares, bien que le nombre de chercheurs intéressés à consulter les ouvrages de leur bibliothèque ait beaucoup diminué dernièrement. Avec des évènements menaçant l’existence même de la Compagnie de Jésus, comme sa suppression à l’échelle mondiale par décret papal en 1773 ou la laïcisation de la province suite à la Révolution tranquille, son patrimoine documentaire fut délaissé à maintes reprises dans des entrepôts de fortune où ces archives se sont parfois abimées ou décimées avant d’être partiellement acquises par l’Université Laval. Aujourd’hui, le Musée de la civilisation détient la majorité des documents anciens du collège des Jésuites et du Régime français. Une autre portion de ces derniers repose dans une voûte aux archives des Jésuites au Canada, où œuvre Mme Rowat et où ces documents sont entreposés avec précaution dans un environnement conditionné. Avec des effectifs réduits et des ressources limitées, réaliser le mandat de l’organisation n’est pas une mince affaire. Pour ce faire, deux grandes stratégies ont été adoptées : l’exigence de droits de recouvrements de coûts pour les services auxiliaires et l’engagement aux enjeux sociaux actuels ainsi que dans le nombre grandissant de partenariats et de collaborations (notamment avec la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, des universités et des musées).

À l’instar de Mme Rowat, Mme Marie-Josée Morin, du Comité de soutien multidisciplinaire de la TCARM et des services d’archives de la Congrégation de Notre-Dame, a dressé un portrait actuel des archives religieuses en sol québécois et plus spécifiquement des démarches amorcées afin de trouver des solutions assurant l’avenir à long terme des communautés religieuses. L’attachement des communautés religieuses pour leur patrimoine documentaire et la minutie avec laquelle elles ont exercé sa préservation ainsi que leurs désirs qu’il puisse continuer de faire rayonner les activités et les valeurs de l’Église ont été soulignés par Mme Morin. En prévision d’une situation inévitable, c’est-à-dire celle d’un versement éventuel des archives religieuses vers des organisations externes, la conférencière a amorcé la réflexion quant à l’avenir des archives ecclésiastiques. Les conséquences du déclin des instituts de vie consacrée depuis une cinquante d’années sont palpables. D’abord, la Révolution tranquille a largement transformé le Québec en entamant un processus de laïcisation généralisé. Ensuite, le vieillissement des membres et la baisse des vocations des jeunes générations envers la chrétienté constituent des changements démographiques importants. En corrélation avec ces facteurs et la diminution des ressources financières, les communautés religieuses se voient alors obligées de se relocaliser dans des espaces souvent plus étroits et où un archivage de qualité des documents s’avère improbable. Afin d’assurer que le patrimoine soit conservé en respectant les intentions de ses instituts – un élément considéré comme étant prioritaire pour Mme Morin – il est essentiel « que les communautés soient proactives pour préparer la prise en charge, en temps et lieu, par d’autres instances qui assureront la responsabilité de la conservation et de la mise en valeur de cet héritage, à long terme ».

La Table de concertation des archives religieuses de Montréal (TCARM), fondée en 2014, regroupe des archivistes, des muséologues et des représentants des instituts religieux intéressés à apporter leur contribution et leur expertise. Son objectif est de mettre sur pieds un centre de diffusion et de préservation regroupant des documents d’archives et d’autres objets patrimoniaux témoignant de l’histoire et de l’apport du fait religieux. Il s’agit également d’un carrefour d’entraide pour les communautés et les individus qui les composent et où ces derniers peuvent joindre leurs efforts et leurs ressources en cotisant afin de devenir membres institutionnels de la TCARM. Actuellement, elle compte 19 communautés religieuses membres qui se sont penchées sur la recherche de solutions pour la pérennité des archives et sur l’intégration des défis liés à conservation et la diffusion des archives. En somme, la centralisation d’éléments patrimoniaux sous un même toit permet à ces artéfacts de dialoguer entre eux, enrichissant leur valeur de complémentarité et créant ainsi « un pôle historique, culturel, social et spirituel » profitable pour l’ensemble de la population.

En continuité, Mme Élaine Sirois des archives Deschâtelets-NDC, a présenté une conférence orientée sur des enjeux similaires. L’avenir des archives des missionnaires Oblats de l’est du Canada francophone est au cœur des préoccupations de Mme Sirois et les démarches tournées autour de leur gestion future furent abordées successivement. En rappelant que les ressources humaines et financières s’amenuisent au sein des communautés religieuses québécoises, Mme Sirois a tenu à préciser qu’aux archives Deschâtelets-NDC, ils sont plutôt dans « un horizon de cinq à dix ans », ce qui leur laisse un peu de temps pour s’organiser à faire face à un transfert. Dans ce contexte, l’éventualité d’une migration prochaine vient teinter toutes les sphères de l’administration immédiate de ces documents. Concrètement, Mme Sirois a précisé qu’elle n’opterait pas pour l’achat de matériel archivistique lourd (en citant un investissement dans des nouvelles étagères). Néanmoins, d’autres projets d’avenir sont tout de même admissibles dans cette situation. « Comment se préparer à un transfert de ce genre? » a lancé la conférencière à la foule en guise de question centrale aux enjeux relatifs à sa conférence. En premier point, tous les projets doivent être priorisés en vue d’un futur transfert. Pour ce faire, la conférencière a proposé d’effectuer un traitement optimal des fonds d’archives en les qualifiant de « bien décrits, pertinents et attrayants » afin de faciliter leur versement et une collaboration positive avec l’organisation qui en fera leur acquisition et qui sera en mesure d’en faire rapidement leur diffusion. En deuxième point, Mme Sirois a suggéré d’aller chercher le meilleur des bénévoles qui sont impliqués dans le centre d’archives et qui sont, dans bien des cas, des membres de la communauté religieuse. En employant adéquatement leurs compétences et en allant susciter leurs propres intérêts, il est primordial de garder une « dynamique familiale » afin de valoriser leur potentiel. Avec leurs connaissances variées sur la communauté et les évènements historiques associés, les bénévoles peuvent procurer une aide précieuse et unique afin de déterminer des éléments du passé. Enfin, il est essentiel de confronter cette situation précaire et de s’en servir pour analyser les composantes présentes au sein du service d’archives. Qu’en est-il des outils archivistiques présents, des technologies utilisées et de la condition d’entreposage des archives? Mme Sirois en a profité pour rappeler qu’il s’agit d’un moment charnière avant la date butoir de l’éventuel transfert.

Bien qu’une instabilité rôde autour de l’avenir des archives religieuses québécoises, des initiatives ambitieuses sont plutôt rassurantes. Que ce soit par des projets de préservation et de mise en valeur des archives tels que présentés par Mme Rowat et Mme Sirois ou par une coalition de différents acteurs soucieux de sauvegarder le patrimoine religieux québécois comme ce fut exposé par Mme Morin, il existe des pistes de solutions bien tangibles à adopter afin de protéger ces vestiges du passé. Par ces mesures, il y a fort à parier que l’histoire catholique restera gravée dans les annales de la civilisation canadienne et que l’eucharistie ainsi que les autres actes de l’Église seront célébrés ad vitam aeternam…

***

Pour en savoir plus :

Archives des Jésuites du Canada, http://archivesjesuites.ca/fr/

Jésuites, http://www.jesuites.org/search/node/jean-joseph

Missionnaires Oblats, Les Archives Deschâtelets – NDC, http://www.omi-qc-on.com/archives-deschtelets-ndc-c11pu

Regroupement des archivistes religieux, Table de concertation des archives religieuses de Montréal (TCARM), https://regroupementarchivistesreligieux.wordpress.com/2015/05/21/table-de-concertation-des-archives-religieuses-de-montreal-tcarm/

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