Congrès

Retour sur le congrès 2017 : L’évolution du paysage urbain montréalais à travers la gravure de John Henry Walker

Dans le cadre du projet Reporteurs étudiants 2017, nos reporteurs ont eu, entre autres, à rédiger des comptes rendus de conférences. Ce compte rendu a été rédigé par Nicolas Chantigny.

Avec ses rosaces d’églises et ses colonnes corinthiennes accueillant avec prestance les visiteurs venus du monde entier, le patrimoine bâti montréalais gagne à être découvert. Au cours de la séance du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, des conférencières se sont penchées sur des projets de diffusion reposant sur l’exploitation de différents types d’archives au sujet de l’héritage architectural que nous ont légué nos ancêtres. En démontrant de manière détaillée les démarches de leurs manœuvres, les présentatrices ont dévoilé leurs principaux objectifs; l’accessibilité du public aux archives et l’intention de le renseigner sur la nature de ces documents figuraient au sommet de la liste de leurs priorités. Cette conférence en trois volets fut également l’occasion d’échanger avec l’assistance sur les enjeux rencontrés lors de la création de telles plateformes.

La présentation de Mme Joanne Burgess et de Mme Marion Beaulieu de l’Université du Québec à Montréal, intitulée « les gravures de John Henry Walker du Musée McCord : une source historique à exploiter, une collection à documenter, un nouvel objet de recherche à explorer. Les péripéties d’une rencontre entre l’historienne et l’archiviste. » s’orienta autour de la carrière de John Henry Walker. Avant de continuer, il est primordial se dresser une biographie synthétisée de cet artiste pour bien comprendre son rôle dans la représentation du patrimoine montréalais. Né en Irlande en 1831, d’un père irlandais et d’une mère montréalaise, Walker était un illustrateur et un graveur sur bois actif à Montréal de 1850 jusqu’aux environs de 1885. Placé comme apprenti auprès du graveur Cyrus A. Swett vers 1847, il poursuivit sa formation auprès de ce dernier à Boston avant de revenir à Montréal dans le courant de l’année 1848. Il y amorcera sa carrière comme illustrateur de magazines politiques. Son œuvre prolifique est composée de quelques aquarelles et dessins et d’une multitude de gravures, traitant de divers sujets, allant des caricatures, aux scènes de genre et aux publicités.

Concrètement, c’est la grande variété de représentations de décors urbains développées par Walker qui a intéressé les conférencières. Mme Burgess en a profité pour mentionner qu’un portail du Musée McCord donne accès à l’ensemble des 5915 numérisations d’estampes, dessins et aquarelles dont Walker a conservé la trace dans ses archives personnelles. « Une brève exploration des résultats de la requête permet d’abord de se réjouir du volume et de la couverture de la numérisation, la rendant facilement accessible aux chercheurs et aux curieux » constate-t-elle. On y découvre la grande diversité de l’œuvre de Walker. Cependant, les œuvres de Walker y sont présentées sans la moindre logique. En effet, aucune cohérence quant à l’aspect chronologique, thématique, géographique ou même numérique n’est accordée aux œuvres de Walker dans ce portail du Musée McCord. De plus, on constate qu’il y a peu d’informations décrivant les documents, que les dates nous situent souvent dans une large fourchette de décennies et que les emplacements sont maigrement identifiés.

C’est sur cette trame explicative qu’est adressé le projet de recherche des deux conférencières à la salle. Initialement, leur mandat a été de partager leur passion pour l’œuvre du graveur sur bois John Henry Walker tout en survolant leur parcours de recherche qui s’est déployé avec acharnement sur un laps de temps successif de plus de dix ans. Cette présentation en trois temps basés sur les trois étapes chronologiques de leur projet a également servi à présenter une démarche de documentation et d’analyse qui pourrait être reprise et réadaptée à d’autres sauces relatives à des fonds d’archives.

1- Une source historique à exploiter (2003-2006)

2- Une collection à documenter (2012)

3- Un nouvel objet de recherche à explorer

Tout d’abord, la première phase avait pour mandat de répertorier le patrimoine bâti du Vieux-Montréal. Pour arriver à cette fin, il y eut en amont un travail de recherche considérable qui devait chercher à reconstituer l’histoire du patrimoine et surtout à comprendre comment ses caractéristiques architecturales avaient pu se transformer au fil du temps. Pour mener cette recherche, plusieurs sources devaient être révisées. Dans le cadre de leur recherche, une attention particulière fut accordée aux documents iconographiques et ensuite, ces derniers furent croisés avec des sources textuelles (telles que des archives notariales qui peuvent renseigner sur la construction d’un bâtiment, des annuaires Lovell de la ville de Montréal et autres documents relatifs à des évaluations municipales effectuées en sol montréalais). Au terme de l’étude, la confrontation des sources a permis d’enrichir l’information disponible à propos des gravures qui ont été reliées. En associant la gravure à un bâtiment existant, il fut possible d’identifier de manière précise l’emplacement du lieu représenté et d’enraciner la gravure dans l’espace du Vieux-Montréal. De même, le croisement des sources a permis de préciser la date ou la fourchette de dates correspondant au contenu de l’image. Ainsi, les gravures de John Henry Walker ont permis de documenter l’évolution du paysage urbain montréalais d’une époque peu friande en informations. Au terme de cette recherche en collaboration avec la Ville de Montréal et le Ministère de la Culture, environ 80 de ces gravures ont été traitées et jumelées à des immeubles patrimoniaux du Vieux-Montréal. Elles se sont avérées une source précieuse et riche en enseignement pour mener à bien ce travail.

Ensuite, la seconde phase de la relation avec la collection John Henry Walker s’est amorcée grâce à l’obtention d’une subvention de partenariat d’une équipe de l’UQAM avec le Musée McCord. Ce programme de collaboration subventionné identifia parmi ses objectifs celui de documenter une partie de l’œuvre de Walker. La stratégie de recherche fut établie à l’automne 2012 et Marion Beaulieu fut embauchée comme adjointe de recherche au début de l’année 2013. En résumant les grandes étapes du déroulement de cette phase de travail, Mme Burgess s’est exprimée sur la première : « nous avons d’abord cherché à systématiser et à valider le traitement du contenu initial de 83 gravures issu de la première phase ». Ainsi, l’élaboration d’une méthodologie rigoureuse de documentation et le développement d’un outil numérique pour préparer le transfert des informations recueillies vers le McCord ont conduit l’équipe à acquérir une connaissance pratique, mais néanmoins circonscrite de la base de données du musée McCord et à retravailler le corpus tout en raffinant certaines analyses afin de pouvoir compléter les champs de manière appropriée. De plus, l’élargissement du corpus par l’ajout d’autres gravures représentant des paysages et des immeubles dont l’ancrage montréalais a pu être confirmé fut entrepris. De la sorte, le corpus total a plus que doublé (il compte actuellement 291 gravures). Ce procédé a impliqué l’addition de nouveaux paramètres visant à décrire adéquatement les gravures en prenant compte du type de bâtiment qu’elles illustrent et en agrandissant le territoire d’analyse auparavant restreints au Vieux-Montréal. Des bâtiments disparus, pour lesquels les enjeux de localisation se posent autrement, ont été intégrés au corpus. Enfin, les nouvelles gravures introduites à la recherche et mises en lien avec les anciennes furent scrutées à la loupe. Des indices visuels qui pouvaient aider à identifier les emplacements inconnus, tels que la présence d’un tramway, ou des indications concernant les adresses civiques ou les coins de rue identifiables guidèrent la recherche.

Ensuite, des constats se dressèrent quant au contenu de l’outil de recherche élaboré et son exploitation possible en lien avec la reconstitution du patrimoine bâti montréalais issu du 17e siècle. « Le Montréal victorien représenté s’étend du quartier Sainte-Anne au quartier Sainte-Marie, du canal de Lachine à la ferme Logan. Cependant, en raison des objectifs du projet, la vieille ville se retrouve surreprésentée au sein du corpus » a souligné Mme Beaulieu. En ce qui a trait au type de bâtiments y figurant, Walker a illustré un large éventail d’édifices publics : des écoles, des lieux de cultes, des couvents ainsi que des immeubles à vocation commerciale (des épiceries, des banques, des manufactures, etc.). La facture montréalaise des paysages urbains s’exprime notamment à travers le dévoilement d’éléments de paysages naturels et culturels. « Des repères visuels forts qui encadrent les bâtiments et qui les situent dans l’environnement. Parmi ces marques, notons le Mont-Royal, le pont Victoria, le fleuve Saint-Laurent et les squares », nous rappela la conférencière. Dans l’immense majorité des gravures, des personnages sont représentés. Un véritable souci de vraisemblance véhiculé par Walker se traduit par la mise en scène d’individus à travers des activités contextuelles à l’époque et à l’endroit illustrés sur ses œuvres. « Les personnages sont donc le reflet de pratiques sociales tangibles ».

Pour conclure, il est impressionnant de constater à quel point l’ampleur de la démarche méthodologique entreprise par Mme Joanne Burgess et Mme Marion Beaulieu est faramineuse. Néanmoins, l’apport exceptionnel envers l’étude de l’histoire de la métropole, plus précisément au sujet de son patrimoine bâti, est quant à lui remarquable. Ce « nouvel objet de recherche à explorer » rehausse la valeur, la richesse et la complexité de la collection de John Henry Walker puisqu’il met en lumière ses composantes uniques.

***

Pour en savoir plus :

Encyclopédie canadienne, John Henry Walker, http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/john-henry-walker/

Laboratoire d’histoire et patrimoine de Montréal,  Incursion dans l’histoire hôtelière montréalaise au XIXe siècle : analyse d’une gravure de J. H. Walker, https://lhpm.uqam.ca/en-coulisse/incursion-dans-lhistoire-hoteliere-montrealaise-au-xixe-siecle-analyse-dune-gravure-de-j-h-Walker/

Musée McCord, Le dessinateur et graveur John Henry Walker (1831-1899), http://collections.musee-mccord.qc.ca/scripts/explore.php?Lang=2&tablename=theme&tableid=11&elementid=78__true

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