Profession

Hippie ou Yuppie? La crise identitaire de la profession d’archiviste

par Andrew Chernevych, Archiviste au Galt Museum & Archives

*Traduit de l’anglais par Jonathan David

La communauté archivistique est aujourd’hui divisée quant à ses repères structurels, quant à son identité fondamentale. La récente conférence de l’Association of Canadian Archivists (ACA) illustre parfaitement cette tendance. Durant son allocution, Luciana Duranti a invité les archivistes à créer ou consolider davantage d’alliances avec les professionnels en informatique et en records management.  Le lendemain, le directeur de Bibliothèque et Archives Canada, M. Guy Berthiaume, les a plutôt encouragés à aligner leurs stratégies avec les secteurs des « GLAM » (galleries-librairies-archives-musées). Ces deux discours ne sont pas en soi contradictoires, mais ils s’adressent clairement à deux publics différents : dans le premier cas, les yuppies*, dans le second les Hippies*. Je m’explique.

(c) Andrew Chernevych

Les yuppies sont des archivistes de structure et de fonction; ils sont des adeptes (et même prophètes) du tout-au-numérique, de la diplomatique et de la technologie blockchain. Ils se réclament de la précision scientifique et recherchent les liens avec le milieu juridique. De leur côté, les hippies sont plus près des sciences humaines et des connaissances entourant l’histoire, la culture, l’anthropologie et la linguistique. Le contenu des documents prime sur le reste. Les amis du patrimoine et de la généalogie sont des alliés. Adeptes des vieux papiers, le monde numérique est pour eux surtout relié au processus de numérisation.  Leur mission première est celle de préserver les traces du passé pour les générations futures.

Les yuppies proviennent de cohortes plutôt homogènes qui étudient et s’intéressent aux lois et règlements du « système » dans le but de l’intégrer le plus rapidement. Les hippies représentent, à l’inverse, un groupe multiforme de rebelles éduqués et cultivés qui souhaitent surtout s’impliquer et faire une différence dans leur communauté respective.

Les yuppies sont attirés par l’environnement offert dans les grandes corporations et institutions, alors que les hippies préfèrent travailler dans des petites ou moyennes entreprises de proximité. Les premiers se trouvent rapidement une niche d’expertise, alors que les seconds restent de bons généralistes, solitaires et débrouillards.

Heureusement, ces deux tribus d’archiviste, malgré leurs différences, partagent toujours aujourd’hui le même héritage conceptuel, le même langage, bref une identité commune. Mais plus pour longtemps. La place de plus en plus importante que prend le numérique dans les organisations tend à creuser davantage cet écart.

Pendant que les archivistes “branchés” se mettent à jour en développant une expertise axée sur la transformation des connaissances dans le domaine du développement technologique, les hippies ne sont tout simplement pas intéressés à participer à cette course à la nouveauté. En ce sens, la fracture semble inévitable. Et les conséquences de cette séparation pourraient, à terme, clore le destin tragique de la profession archivistique.

***

À propos de l’auteur : Andrew Chernevych est archiviste au Galt Museum & Archives, à Lethbridge, Alberta, où il est responsable de la gestion et préservation des archives historiques reliées à l’histoire du Sud-Ouest de l’Alberta. Il est également professeur à l’Université Lethbridge, où il enseigne le cours “Understanding Archives”.  M. Chernevych est également membre du Conseil d’administration du Centre of Oral History and Tradition (COHT). Ses intérêts de recherche incluent l’engagement communautaire et les médias sociaux.

*Vous retrouverez ici le texte original, en anglais.

Yuppie: jeune urbain actif, « ambitious young professional», jeune cadre dynamique (Larousse).

Hippie: Adepte d’une morale fondée sur la non-violence et l’hostilité à la société industrielle, et d’un mode de vie prônant la liberté dans tous les domaines, ainsi que la vie en communauté. (Larousse).

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