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Archives, mémoire et réconciliation

par Kelly Correa, étudiante à l’EBSI.

La mémoire est une construction qui facilite l’évolution des sociétés et l’un de ses éléments principaux sont les archives. Le dictionnaire Larousse de la langue française définit les archives comme : « L’ensemble des documents concernant l’histoire d’une collectivité, d’une famille ou d’un individu », cette définition met en évidence l’importance des archives dans les processus de restauration de la mémoire. Ces processus sont plus évidents lors d’un conflit armé qui exige la mise en place d’un précédent pour l’évolution de la société.

Les conflits civils laissent généralement des traces chez les victimes et chez tous les habitants d’un pays. « Lors des conflits civils, les représentations sociales sont soumises à des changements abrupts : les voisins ont pu devenir des “ennemis“, l’espace et le territoire ont changé, de nouvelles élites sont apparues sur la scène politique et sociale. Dans ce contexte, la représentation du conflit d’une part, et celle du passé ou de l’histoire d’autre part, sont des enjeux pour la mise en place de la paix (Gaborit, 2006) ».

La Colombie a connu un des conflits internes les plus longs de l’histoire du continent américain. Pendant presque 60 ans le groupe armé FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia) a été un des personnages principaux du conflit et le symbole de la guerre en Colombie. Ce conflit a grandement touché la population civile et s’est produit principalement dans les espaces ruraux, où les gens ont été soumis à des déplacements forcés, des massacres, des enlèvements, parmi tant d’autres violations des droits de la personne.

Un bon nombre des présidents ont essayé sans succès d’entamer des négociations de paix avec les FARC. Cependant, c’est en 2012 que le gouvernement de Juan Manuel Santos a commencé un processus de négociation, basé sur le dialogue et la réconciliation. Ce processus a duré plus de quatre ans pour arriver à un accord et une des plus grandes difficultés a été reliée aux processus de mémoire limités, principalement au sein de la population urbaine. Celle-ci avait vécu le conflit à distance et privilégiait l’action militaire au lieu du dialogue. C’est ainsi qu’un des défis principaux du gouvernement était de sensibiliser la population urbaine au sujet du conflit et de l’importance de l’arrêter, ainsi que de la valeur de la vie au-delà du ressentiment.

Dans un tel scénario, les archives ont joué un des rôles le plus importants grâce à leur valeur de témoignage. Ils ont accompli la mission de raconter les histoires et de revivre les faits pour sensibiliser les gens autour de l’importance de conclure ce triste chapitre de l’histoire du pays. Cela a été réussi grâce à la mise en place de différentes expositions en plein air et à l’intérieur des espaces fermés ainsi que dans des espaces publics des villes les plus importantes. Ces expositions montrent principalement des images liées au conflit, des photographies, des témoignages, des entrevues, entre autres. Elles avaient pour but de montrer aux nouvelles générations et aux gens qui n’avaient pas vécu directement cette guerre interne, les mémoires du conflit et pouvoir ainsi susciter leur empathie et les faire comprendre le besoin d’avoir une issue négociée au conflit.

À présent, l’accord a été signé, malgré les imprévus, et le fait qu’il reste beaucoup à faire pour réparer et dédommager les victimes, mais aussi pour la sensibilisation de toute la population colombienne. On pourrait dire pourtant que les archives et les expositions ont accompli leur rôle dans le processus de restauration de la mémoire. Ils ont servi également aux victimes pour qu’elles puissent raconter leurs histoires, se faire visibiliser et se faire reconnaître dans la société. Finalement, les archives et les expositions ont encouragé la construction d’un bon nombre de centres de mémoire partout dans le pays dans le but d’aider les citoyens à rester en contact avec le passé et éviter que cette affreuse histoire ne se répète jamais.

***

*Ce texte est une version révisée et augmentée d’un travail pratique réalisé dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation – donné au trimestre d’hiver 2017 par Yvon Lemay à l’EBSI, Université de Montréal.

Pour en savoir plus: 

Gaborit Pascaline, « Mémoire, oubli et réconciliation dans les sociétés post-conflictuelles : l’exemple du Cambodge », dans revue ¿ Interrogations ?, N°3. L’oubli, décembre 2006 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Memoire-oubli-et-reconciliation (Consulté le 29 août 2017).

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