Diffusion et mise en valeur

Les métadonnées et la découvrabilité des contenus culturels

Par Jonathan David

En début de mois, l’Institut de la statistique du Québec publiait son État des lieux sur les métadonnées relatives aux contenus culturels. Il s’agissait de la première étape de la mesure 80 du Plan culturel numérique du Québec (PCNQ), dont l’objectif est d’« aider les milieux culturels à investir le monde du numérique pour permettre au Québec de profiter des nombreux avantages économiques que recèle cet univers et de demeurer concurrentiel sur les marchés mondiaux ».

Le document, d’une centaine de pages, est disponible gratuitement ici. Nous vous présentons ici un petit résumé des principaux constats de ce rapport.

Les métadonnées, par qui et pour qui?

La structure du rapport est scindée en cinq parties, chacune couvrant un grand domaine de la culture: livre et bibliothèque, audiovisuel, enregistrement sonore, arts de la scène, et finalement patrimoine, archives et muséologie. À la fin de chacune des parties, on retrouve un magnifique graphique détaillant les circuits de circulation des contenus (flux) ainsi que leurs acteurs majeurs au Québec, soit les différents créateurs, diffuseurs ou agrégateurs de contenus et utilisateurs / consommateurs.

Les métadonnées, c’est quoi?

Les métadonnées sont des données à propos des données. «Les contenus culturels doivent, aux différentes étapes du processus qui va de leur création à leur conservation, être décrits à l’aide de renseignements précis et de données normées, qu’on appelle métadonnées (p.9)». Ici, on retient 7 grandes catégories: les identifiants uniques, les métadonnées descriptives, administratives, juridiques, d’enrichissement, techniques et d’usage.

Dans l’optique du passage du web 2.0 au web sémantique, « l’information n’est plus simplement stockée, mais comprise par les ordinateurs (p.24) ». En utilisant des métadonnées structurées et standardisées, on permet et facilite cette lisibilité par la machine.

Les métadonnées, pourquoi?

Vis-à-vis du développement des technologies numériques et des nouveaux modes de consommation de la culture, notamment via les services en ligne majeurs que sont Netflix, Spotify et Deezer, Amazon Audible, Kobo, etc., les modalités de diffusion, de commercialisation, de recherche et d’analyse des contenus doivent s’adapter. Ces grandes plateformes de diffusion en ligne imposent une nouvelle dynamique qui transcende les frontières et exerce une pression sur l’ensemble des marchés locaux au niveau mondial. Elles bouleversent les différents maillons traditionnels de la chaîne de valeur (commercialisation, rémunération, etc.). Dans ce contexte, pourquoi est-il si important de soigner ses métadonnées? On dénote trois principales raisons:

1: faciliter la découvrabilité des contenus culturels: améliorer la capacité pour un contenu d’émerger dans un moteur de recherche à partir d’une recherche connexe. Si on a accès plus rapidement à toujours plus de contenus, la mise en marché est de plus en plus complexe, et la découvrabilité de plus en plus aléatoire. Ce point est d’autant plus important au niveau du contenu francophone, dans un monde où l’anglais prend toujours davantage d’espace.

2: faciliter la mesure de la consommation des produits culturels: Pour pouvoir élaborer des statistiques fiables et documenter une circulation de l’information qui dépasse dorénavant les frontières, tant physique qu’identitaire. Rappelons que les statistiques de consommation, ce ne sont plus que quelques colonnes de chiffres servant à amuser les statisticiens:

« Dans le monde numérique, les données que détiennent les diffuseurs de contenu concernant les usages des consommateurs ont une grande valeur. En fait, la valeur économique générée par la diffusion de contenus en ligne reposerait autant sur ces données de consommation et de profilage que sur les contenus vendus ou offerts. Dans cette optique, un contenu comme la musique en continu offerte gratuitement sert avant tout de produit d’appel, la véritable marchandise qu’exploite le diffuseur étant les données sur les titres écoutés et les données de profilage sur les gens qui écoutent de la musique. (p.26) ».

3: S’assurer d’une rémunération subséquente des ayants droit. Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’expliciter ici pourquoi il est important d’assurer une rémunération décente à nos artisans « locaux » pour améliorer la qualité et la diversité des contenus produits. Il est certain que le modèle des services de musique en « streaming », par exemple, pose un défi énorme à nos artisans québécois. Pour s’en convaincre, on peut se référer au cas de Jean Leloup, décrit par Le Devoir dans « Un buffet qui laisse des miettes pour les artistes « .

État de la situation

1: Le manque de vision globale: Le degré de sensibilisation face aux métadonnées varie d’un milieu à l’autre. «Plusieurs producteurs et créateurs (…) considèrent, pour leur part, que l’investissement requis pour améliorer la découvrabilité de leurs produits dépasse les bénéfices potentiels, alors que les distributeurs et firmes de télédistribution sont plus sensibles à cette question. (p.10) ». Exception faite des organisations de grande envergure, la majorité des intervenants du domaine n’ont pas de budget à consacrer à la standardisation.

2: Le défi de la standardisation: Une métadonnée de qualité est interopérable; elle a la capacité d’être comprise par différents systèmes, avec le minimum de perte d’information (p.28). Or actuellement, la création des métadonnées est très inégale, même entre des organisations de même nature. Celles-ci déterminent individuellement, et selon leurs propres besoins, le type de métadonnées qui seront privilégiées. Et au niveau global, «la panoplie de standards existants nuit à la capacité des systèmes à dialoguer entre eux (p.28) ». Une forme de gouvernance est requise, et des guides de bonnes pratiques, par champs d’expertise, seraient les bienvenus.

Conclusion

L’État des lieux sur les métadonnées relatives aux contenus culturels réussit son pari: il brosse un portrait fort structuré et documenté sur l’utilisation des métadonnées au Québec. En plus de son analyse, il offre une bibliographie de plus d’une dizaine de pages pour quiconque souhaite approfondir ses connaissances dans ce domaine spécifique. De plus, un généreux glossaire permet de spécifier des termes ou domaines qui sont parfois peu familiers, à l’archiviste dans notre cas, tel que Blockchain, économie numérique, granularité, moissonnage, etc. Finalement, on offre également en annexe une liste exhaustive des standards entourant les métadonnées, pour un peu s’y retrouver entre les DOI (Digital Object Identifier), ISSN (International Standard Serial Number), ISBN (International Standard Book Number) et compagnie. Un outil indispensable qui met la table pour une discussion québécoise sur des enjeux qui sont globaux, et désormais inévitables.

Binocular Boy
Crédit: Andrew Seaman
Licence Creative Commons.

2 réflexions sur “Les métadonnées et la découvrabilité des contenus culturels

  1. Pingback: Convergence:site des archivistes du Québec-varia – sourceserlande

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