Formation continue/Profession

Archiviste d’Aujourd’hui: quel-est notre rôle dans la société en 2018?

Par Ornella Doumba, collaboratrice pour Convergence

Ce texte est un Résumé critique du livrel Archiviste d’Aujourd’hui, Vo.1. Vous le retrouverez gratuitement en version numérique   ici

L’union fait la force, et ensemble, on va beaucoup plus loin. C’est le sentiment qui m’est venu quand j’ai découvert l’ouvrage Archiviste d’Aujourd’hui, publié par l’AAQ en 2014. Après 4 ans (seulement) dans le milieu, je m’étonne encore aujourd’hui de l’amour que chacun des contributeurs porte à cette discipline qui nous est chère, l’archivistique. Et c’est cette synergie d’intelligences et d’expériences partagées si généreusement qui continue de grandir notre profession et de donner aux novices comme moi-même une direction plus ferme, et certainement plus d’assurance dans l’exercice de mes fonctions.

Le guide Archiviste d’Aujourd’hui est un ouvrage qui emmène le professionnel à se découvrir lui-même : qui est-il, dans quel environnement évolue-t-il, quels sont ses atouts ? Quelles sont ses lacunes ? Quelle est la perception des autres et sa propre perception au sein d’une équipe ? Autant de pistes de réflexion et d’éléments de réponse qui aident à se présenter et à définir clairement sa position sur le marché du travail ; que ce soit pour les professionnels en poste ou les étudiants à qui il est souvent demandé « en quoi consiste ta job au juste »?

Facile à lire grâce à un vocabulaire à la portée de tous, le guide comporte 14 chapitres ou thèmes traitant de la gouvernance de l’information, la gestion de projet, nos habiletés politiques, la collaboration autour de dossiers divers, le Marketing ; et termine par des réflexions sur des sujets tels que la gestion du changement et l’engagement associatif, entre autres.

Autant de sujets qui, au fil des pages, nous aident en quelque sorte à nous bâtir. En effet, on pourrait dire que ce livrel sert au moins deux initiatives :

–         La construction du corps archivistique

–         Une introspection de son soi professionnel

Le livrel comme une construction du corps archivistique

La beauté de cet ouvrage est que, pour la plupart, toutes les expériences qu’ont partagées les auteurs, sont tirées de leur vécu. Plusieurs d’entre eux ont appris sur le tas et ont découvert d’eux-mêmes des trucs et astuces qu’on trouve difficilement dans les textes théoriques enseignés. Jeanne Darche, par exemple, a bien voulu partager « son expérience et son vécu du projet de l’Agence des Laurentides avec [nous, et] souhaite aider les archivistes qui sont  au début de leur projet de GID à bien le démarrer » (Réussir un projet GID, p. 25).

 J’aime beaucoup comment elle dit ensuite qu’elle a « l’impression d’inventer sa profession au fur et à mesure » (p. 25) car c’est un peu le sentiment qu’inspire ce livrel : le sentiment de se construire en tant que discipline, en tant que corps archivistique, par le rassemblement de plusieurs contributions, où, comme pour les membres du corps, aucun apport n’est négligeable. Ainsi, la théorie fournit les membres, mais les expériences sur le terrain l’articulent et la rendent plus vivante, plus palpable, surtout dans un contexte où nous en sommes encore à définir notre titre d’emploi et notre rôle réel.

C’est justement ce que je retiens aussi du texte de Chantal Ménard : Archiviste en grandes entreprises, où elle parle beaucoup de transformation de ce corps de métier. D’archiviste, nos titres de poste deviennent : « gestionnaire de l’information », « conseiller en gestion de l’information ». D’un rôle de simple conservation, on est passé à de la gestion; et avec l’avènement des nouvelles technologies, nous sommes maintenant appelés à les maîtriser afin d’ « accroître notre rôle stratégique au sein de l’entreprise » (p.98).

Aussi, la structure de notre expertise fait en sorte que l’on se retrouve dans une dynamique où notre champ de compétences est divisible/bipartite, tributaire, dit Mme Ménard (p.99), du cycle de vie que l’on a à gérer; un peu comme si on ne pouvait pas être entièrement nous-mêmes ou que l’on devait choisir la face du chapeau à porter : Vous travaillez avec les archives définitives ? Alors vous devez porter la face d’archiviste (avec petit a). Vous travaillez plutôt dans le traitement de l’actif et du semi–actif ?, vous devez donc porter la face du gestionnaire de l’information. Très rarement, pouvons-nous faire valoir ce chapeau d’Archiviste (avec grand a) que constituent pourtant  ces deux facettes.

La construction du champ de compétences d’un Archiviste est donc multiforme, et d’un professionnel à un autre, les réalités de terrain sont différentes. D’où la nécessité, comme cela s’est fait à travers ce livrel, de partager ses expériences. Ce sujet a d’ailleurs été débattu récemment lors du Congrès 2017, dans le cadre du projet Reporteurs étudiants 2017. Le constat de cette dichotomie entre gestion documentaire et archives historiques a été tellement troublant qu’un séminaire a été proposé à ce sujet[1]. D’ici là les contributions sur la question sont les bienvenues !

Une introspection de son soi professionnel

D’un point de vue plus philosophique, ce livrel s’est voulu, au-delà d’un simple guide, une espèce de cheminement à la recherche du « soi » de l’archiviste et de son apport réel à la société. La réflexion sur l’engagement de C. Dugas et S. Roy en fait la démonstration. En effet, les auteures y questionnent l’implication des « novices et des vétérans » à la vie associative ; un engagement qu’elles considèrent essentiel au rayonnement de la profession dont le but serait d’ « influencer la société », à l’instar, par exemple des bibliothécaires.

En effet, elles postulent que la bibliothéconomie, cette science sœur* [2] serait porteuse d’une vision plus transcendante que la nôtre,  constituant pour eux « un puissant vecteur de changement social les incitant à s’impliquer dans leur communauté. » (p. 104). Elles posent ensuite la question de savoir « pourquoi ne sentons-nous pas cette fébrilité de notre côté » ? Question existentielle qui mérite d’être creusée davantage du côté académique. Il serait intéressant, par exemple, d’obtenir le point de vue des étudiants en bibliothéconomie et sciences de l’information. Pour ma part, je dois reconnaître que tout au long du programme, le travail d’un bibliothécaire paraissait plus pragmatique et plus contextualisé que celui d’un archiviste. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Tout comme Dugas et Roy, Juliette Delrieu, dans le chapitre Archiviste et médiation, dresse elle aussi une comparaison avec les bibliothécaires, reprochant quelque peu à l’archiviste de ne pas prendre toute sa place dans « la démocratisation de la culture » (p.72). Encore une fois, on retrouve dans ce plaidoyer un désir pour l’archiviste d’agir plus, d’offrir des « activités plus vivantes » (p.73), de sortir du traditionnel pour s’adapter davantage à son environnement : « il est indispensable que l’archiviste propose des produits culturels […] » plutôt que de « laisser les chercheurs valoriser nos archives », qui plus est, « [en les publiant] dans des médias peu accessibles au public » (p.72).

La lecture de tous ces chapitres est donc à la fois un outil de construction de nos compétences, mais aussi un moyen de nous revisiter, une espèce de processus « ésotérique » (Dugas et Roy, p. 103) de remise en question de notre mission. Et ce, pour notre propre bénéfice, mais aussi et surtout pour le développement et la survie de la discipline qu’est l’Archivistique.

Alors voilà, le ton est donné et les enjeux plantés. À mon avis, ce livrel, qui en est justement à sa deuxième édition, a réussi son pari : interpeller les membres afin de continuer à bâtir un corps solide, vivant, compétent, et en évolution constante grâce à la créativité de chacun ; alors n’hésitez pas à vous en inspirer et vous aussi à apporter vos pensées, témoignages et expériences pour les prochaines éditions!

***

[1] Site Web de l’AAQ: https://archivistesqc.wordpress.com/2017/06/07/congres_2017_01/

[2] Etudiée conjointement dans le cadre de la maitrise en Science de l’information

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