Congrès

Au-delà de l’investissement. Le point de vue d’un archiviste religieux

Dans le cadre du projet Reporteurs étudiants 2018, nos reporteurs ont eu, entre autres, à rédiger des comptes rendus de conférences. Ce compte rendu a été rédigé par Émeline Levasseur.

Conférence : Au-delà de l’investissement. Le point de vue d’un archiviste religieux

Conférencier : David Bureau, Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

Les archivistes religieux se trouvent aujourd’hui dans une situation particulière, devant traiter des archives dans une logique de gestion de fin de vie des communautés religieuses. Pourtant les archives de cette communauté détiennent une certaine valeur, reflétant le lien entre l’Église et la société québécoise. Ce rôle si particulier de l’Église au Québec justifierait un fond à investir dans les archives religieuses.

David Bureau, archiviste à l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, rapporte que les communautés religieuses ne se sont pas réellement interrogées sur cet investissement ou plutôt sur les retours possibles de cet investissement : elles ont simplement investi. Dès 1967, deux religieuses se présentent au premier congrès de l’Association des Archivistes du Québec, qui reconnaît alors une lacune dans la gestion des archives des communautés. En 1971, un comité des archives religieuses se forme et tente de sensibiliser les autorités ecclésiales tout en élaborant des outils archivistiques (plan de classification, guide de consultation). Si ce comité se dissout en 1976, les membres se regroupent deux ans plus tard dans le Regroupement des archivistes religieux (RAR) qui devient alors la figure principale d’intervention dans les problématiques touchant aux archives religieuses.

Ces archives sont reconnues « trésor à exploiter » au début des années 1980, mais à la fin des années 1990, l’avenir de celles-ci est remis en question avec les fermetures prochaines de communautés religieuses. Néanmoins, la publication de mémoires et d’articles scientifiques montrent une certaine reconnaissance du travail réalisé par ces archivistes et les communautés continuent d’investir dans leurs documents.

Cet investissement, selon David Bureau, passe par les bâtiments et par la fibre optique. Celui-ci prend l’exemple de l’inauguration du centre Mgr-Antoine-Racine de Sherbrooke en 2016 dont les coûts se sont élevés à six cent mille dollars et dont les voûtes accueillent les archives de trois congrégations en plus de celles de l’archidiocèse. L’investissement par la fibre optique passe par plusieurs moyens : politiques de numérisation, expositions virtuelles (à l’image de l’exposition de la Congrégation de Notre-Dame), blogues (comme celui de l’Oratoire Saint-Joseph), etc. À titre d’exemple, la politique de numérisation des Missionnaires de l’Immaculée Conception s’est accompagnée de la publication des archives numérisées sur le portail du centre virtuel de la mémoire historique des missionnaires. Cependant, peut-on mesurer les bénéfices de ces actions ? Doit-on compter le nombre de clics, le nombre de visites, le temps passé sur le site ? Pour David Bureau, ces initiatives sur Internet sont un moyen de communication, et pas une fin à atteindre en soi, même s’il est certain qu’il faut rendre les archives religieuses plus attrayantes.

Malgré les circonstances dans lesquelles sont traitées les archives religieuses, il y a de nouvelles pistes à explorer pour favoriser un regain d’intérêt de ces documents. Selon David Bureau, il faut explorer la dimension spirituelle et la dimension émotive des archives.

D’une part, elles ont leur place dans la « nouvelle évangélisation » portée par l’Église. En effet, au-delà de leur dimension historique, il faut reconnaître la dimension spirituelle des archives religieuses selon notre conférencier. En ces termes, elles sont détentrices du message d’évangélisation de l’Église. Même si le rôle de l’archiviste n’est pas de prêcher ce message, il doit faire connaître ces documents. Ainsi, il est important de veiller à la conservation de la dimension spirituelle des archives, notamment par la description.

Pour les plus petites congrégations, la reconnaissance des archives religieuses doit passer dans leur aspect émotif, voire quotidien. Il ne faut pas miser sur des archives spectaculaires (lettres patentes, annales, etc.), même pour les congrégations fondatrices dans l’histoire du Québec. En citant les travaux de Sabine Mas et d’Anne Klein, David Bureau pense que la dimension quotidienne des archives est intéressante quand on se l’approprie et qu’on la met en scène. Ce dernier prend l’exemple des correspondances, qui sont les archives les plus à mêmes à émouvoir. Il lit ainsi une lettre conservée par le centre d’archives Mgr-Antoine-Racine de Sherbrooke. Cette lettre est écrite par la mère de Paul Larocque, missionnaire parti en Floride en 1869, et s’adresse à son fils avant qu’elle ne meure. Elle y relate le manque qu’elle ressent, cette absence difficile à vivre pour une mère, mais aussi la fierté que lui inspire son fils. Ce document est un beau témoignage de la vie des missionnaires. On peut aussi penser à d’autres documents, notamment les photographies qui racontent des tranches de vie des hommes et des femmes de l’Église. De plus, ces archives dites ordinaires, en proposant une lecture différente des archives de grands personnages, sont plus à même de témoigner du lien entre l’Église et la société québécoise. Néanmoins, David Bureau rappelle qu’il ne faut pas tomber dans le sentimentalisme. Il y a un certain équilibre à travailler. Ce regain pour ce qui relève du quotidien n’est pas non plus l’apanage des archives religieuses et répond à un intérêt de plus en plus généralisé.

Malgré l’avenir incertain des communautés, le patrimoine religieux du Québec mérite une meilleure appréciation. Les archives témoignent de façon indéniable du passé de la société québécoise. De plus, par leur dimension spirituelle, les autorités ecclésiales ont elles aussi tout intérêt à investir dans leurs archives, de les préserver et de les valoriser.

Pour en savoir plus :

Centre virtuel de la mémoire historique missionnaire des Missionnaires de l’Immaculée-Conception : http://www.soeurs-mic.qc.ca/portailfr.php

Blog de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal : https://www.saint-joseph.org/fr/auteur/david-bureau/

Mas, Sabine et Klein, Anne. (2011). L’émotion : une nouvelle dimension des archives. Archives, 42(2), p.5-8.

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