Innovations

Compte rendu de l’activité d’appel à la participation du public à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Par François Dansereau, Archiviste, Centre universitaire de santé McGill

*Note : Ce billet se veut être un retour d’expérience directement relié à un précédent billet publié sur ce blogue le 19 novembre dernier.

Le 19 décembre 2019, au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), avait lieu le rassemblement des fêtes de l’Hôpital de Montréal pour enfants. L’événement regroupait les travailleuses et travailleurs de la santé, le personnel administratif et le personnel de soutien. Le Centre d’archives du CUSM a profité de l’occasion pour concevoir un projet d’appel à la participation du public afin de faire des progrès dans la description de photographies provenant du Fonds du Département audiovisuel de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

L’implication du public dans la conception et le contenu des archives fait maintenant partie intégrante des centres d’archives et elle est encouragé de plusieurs façons. La littérature en archivistique concernant le crowdsourcing met l’emphase sur son lien organique avec les archives numériques. Édouard Bouyé, Thierry Burger-Helmchen et Julien Pénin font état de l’aspect d’externalisation du crowdsourcing et de la participation de multiples acteurs et actrices dans le processus d’indexation des archives sur le web.[1] De plus, l’apparition du concept de folksonomie associe également la participation de l’usager dans l’indexation des documents numériques.[2] L’aspect collaboratif entre archivistes et usagers et participant.e.s est donc bien au cœur de ces processus archivistiques. Les usagers et les contributrices et contributeurs sont directement impliqué.e.s dans ce mouvement et sont invité.e.s à contribuer selon une indexation participative.

En prenant compte de ces éléments, l’activité d’appel à la participation du public à été toutefois conçue non pas à travers un projet numérique, mais avec une présence physique sur les lieux. Les raisons précises ont été dévoilées dans le premier billet. Burger-Helmchen et Pénin soulignent les deux conditions qui définissent le crowdsourcing : « un appel ouvert et une foule, les deux étant intrinsèquement liés. »[3] En ces termes, une activité d’appel à la participation du public ayant une présence directe (non numérique) remplit les critères de cet énoncé.

Le billet précédent faisait état du caractère élargi de l’activité, qui donnait l’occasion à l’archiviste d’établir un contact avec les communautés évoluant à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Les hôpitaux sont des entités complexes comprenant des milliers de travailleuses et travailleurs. Le Centre d’archives fait partie de ces communautés. Il est responsable des aspects touchant à l’accès à l’information, à la conservation de documents historiques et à la réalisation de projets de mises en valeur des archives. L’évaluation et la description de documents font donc parti de sa mission et touche à différents aspects de la gestion de l’information.

Cette initiative de crowdsourcing évoque l’importance de la présence des archives dans la communauté afin de favoriser l’établissement de relations entre les différents départements qui produisent de l’information, dont des documents voués à la conservation permanente. De plus, les archives doivent faire leur place dans la communauté afin de sensibiliser les différentes instances de l’importance de conserver et rendre accessible les documents historiques rattachés aux institutions médicales. L’activité de crowdsourcing permettait d’établir un contact direct avec les acteurs et actrices directement impliqués dans la conception identitaire des soins de santé. D’autre part, elle donnait donc l’occasion aux travailleuses et travailleurs de s’impliquer d’une manière participative dans cette mission de conservation de documents historiques et ainsi favoriser leur accès. L’archiviste sert ainsi de médiateur entre la gestion des documents historiques et ses liens directs avec les communautés qui les produisent.

À ce titre, la valeur communautaire des archives est bien évidente. Le contact des gens avec les documents pendant l’événement était particulièrement intéressant à observer. Pour les personnes évoluant à l’hôpital depuis plusieurs années, voire des décennies, l’observation de photographies représentant d’anciens et anciennes collègues ou des événements auxquels ils ou elles ont eux-mêmes participé a provoqué des émotions vives. Un médecin est d’ailleurs parti avec une affiche qui avait été produite pour l’événement pour la montrer à son collègue qui se trouvait dans l’image, alors que celui-ci était un tout jeune résident en médecine.

Plusieurs recherches en archivistique font état de l’association des archives avec des émotions véhiculées et vécues.[4] Comme Yvon Lemay et Anne Klein l’indiquent, « les archives n’ont pas uniquement la capacité de prouver, de témoigner ou d’informer, elles ont aussi le pouvoir de nous émouvoir, de susciter des émotions les plus variées. »[5] Certes, l’observation de photographies sur les écrans et le contact des gens avec les archives démontrent la nature personnelle et communautaire des archives et suscitent des émotions particulières.

Pendant environ deux heures, des dizaines, même des centaines, de gens se sont présentés à la table des archives et ont ainsi pu observer et analyser environ 150 photographies. L’information recueillie a été surprenante : les gens ont contribué à l’identification et la description de plus d’une vingtaine de photographies et ont offert des pistes de recherches pour des dizaines d’autres. Pour la plupart, l’information a été corroborée par plus d’une personne, maximisant ainsi la véracité des renseignements recueillis.

L’activité a été très bien accueillie par les différentes communautés de l’Hôpital de Montréal pour enfants. Le caractère unique et spécial de l’événement apportait une dimension particulière à la fête. L’événement sera analysé, décortiqué et éventuellement reproduit lors d’autres événements similaires afin que les archives continuent à faire leur place dans la communauté du CUSM. Cette activité d’appel à la participation du public fait partie intégrante de l’objectif du centre d’archives de servir de plateforme d’information accessible. De plus, elle représente une initiative archivistique où les gens sont directement impliqués dans l’élaboration et le maintien de la mémoire collective du CUSM.

[1] Édouard Bouyé, « Le web collaboratif dans les services d’archives publics : un pari sur l’intelligence et la motivation des publics, » Gazette des archives 227 (2012) : 125–136; Thierry Burger-Helmchen et Julien Pénin, « Crowdsourcing : définition, enjeux, typologie, » Management & Avenir 1, no. 41 (2011) : 254–269.

[2] Voir Oliver Le Deuff, « Folksonomies : les usagers indexent le web, » BBF 51, no. 4 (2006) : 66–70.

[3] Burger-Helmchen et Pénin, « Crowdsourcing, » 255.

[4] Sabine Mas et Louise Gagnon-Arguin en collaboration avec Aïda Chebbi et Anne Klein,  « Considérations sur la dimension émotive des documents d’archives dans la pratique archivistique : la perception des archivistes, » Archives 42, no. 2 (2010-2011) : 53–64; Yvon Lemay et Anne Klein,  « Archives et émotions, » Documentation et bibliothèques 58, no 1 (2012) : 5–16.

[5] Yvon Lemay, Anne Klein et collaborateurs, « Les archives et l’émotion : un atelier d’exploration et d’échanges, » Archives 44, no. 2 (2012-2013) : 91.

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