Congrès

Penser les archives éditoriales et la complémentarité de deux outils de gestion de données

Dans le cadre du projet Reporteurs étudiants 2019, nos reporteurs ont eu, entre autres, à rédiger des comptes rendus de conférences. Ce compte rendu a été rédigé par Simon-Olivier Gagnon.

Conférence : Session étudiante

Conférenciers : Stéphanie Jacques, École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB); Justine Brishoual (Université Rennes 2) et Mathieu Simard (Université d’Ottawa), Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa

« Créer, préserver, communiquer : une étude comparative des plans de gestion de données et du records management » par Stéphanie Jacques.

« Qu’est-ce qui arrive quand on réalise des entretiens en vue de préparer des expositions dans un musée ? Et qu’est-ce qui est conservé de ces entretiens ? » Telles sont les questions auxquelles Stéphanie Jacques voulait répondre lors de son master à l’ENSSIB, Lyon. La conservation des données de la recherche suscite beaucoup de questions provenant de divers acteurs. Ce sont des matériaux intéressants, comme elle l’a souligné, à étudier d’un point de vue anthropologique et ethnographique.

Issue d’une formation en muséologie et patrimoine, elle a voulu aborder les outils du records management et des plans de gestion de données dans un mémoire en science de l’information, parcours archives numérique. Permettant d’identifier et de gérer les informations à caractères probants, ces deux outils ont des points communs, des points de divergence et peuvent devenir complémentaires dans une certaine mesure. Tel qu’elle l’a présenté, le plan de gestion des données sert à décrire le cycle de vie des données de la recherche afin de rendre compte de « la manière dont seront obtenues, documentées, analysées, disséminées et utilisées les données produites au cours et à l’issue d’un processus ou d’un projet de recherche ».

Dans le cadre de son mémoire de recherche, Stéphanie Jacques a fait des entretiens avec des professionnels qui ont rédigé des plans de gestion de données. Ceci l’a amenée à mieux définir ce que sont les termes comme donnée de la recherche, actif informationnel et information probante. Pour toutes informations ou données faisant partie d’un processus, elle a rappelé les quatre caractéristiques fondamentales (authenticité, fiabilité, intégrité, exploitabilité) qui permettent d’avoir une confiance envers un document et l’importance d’attacher les bonnes métadonnées (auteur, date de création, lieu, etc.) qui vont permettre d’assurer leur fiabilité.

À plus d’une reprise, elle a insisté sur la nécessité que l’archiviste se positionne en amont de la chaîne documentaire pour capturer le contexte de création. Ainsi répondre à la question « comment les données sont-elles créées ? » permet de mieux savoir quels documents, quelles données seront à conserver et la manière adéquate de les structurer.

Si certaines données ne peuvent pas être amenées à leur sort final, dans un dépôt donné, c’est entre autres parce qu’il y a des enjeux réglementaires liés aux données de la recherche. Et c’est là la tension qu’elle a soulignée dans sa recherche entre « diffuser le plus largement possible les données » et « protéger les éléments probants ». Sa communication nous a donné des pistes de réflexion, un guide, pour penser l’articulation entre la démarche du record managements et la rédaction d’un plan de gestion de données.

***

« La mise en place d’une exposition d’archives éditoriales en contexte francophone minoritaire » par Justine Brishoual et Mathieu Simard.

Dans leur communication, Justine Brishoual et Mathieu Simard ont présenté l’actualité au Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF). Leur constat de départ est le suivant : il y a à peine quelques décennies, publier en français en Ontario s’avérait être une tâche très difficile; et encore aujourd’hui, le droit pour un enfant à une éducation dans sa langue maternelle est toujours un enjeu de luttes de reconnaissance.

Leur propos était centré sur le thème des archives éditoriales et de l’exposition « Au cœur du marché du livre : les archives d’éditeurs au Canada » qui est présentée du 28 mai au 20 septembre 2019 à l’Université d’Ottawa. Pour les chercheurs de ce centre de recherche, les maisons d’édition sont d’une grande richesse culturelle, car elles participent à la mémoire collective d’une communauté et font partie intégrante du patrimoine identitaire franco-canadien. Ce sont, après tout, ces institutions culturelles qui permettent une autonomisation de la littérature francophone à l’extérieur du Québec. Ils en sont venus à la conclusion qu’il doit y avoir un lieu d’archivage particulier pour les archives éditoriales.

Cette communication, ainsi que l’exposition, s’inscrivent toutes deux dans le projet Archives Éditoriales qui « vise à encourager dans la Francophonie du Nord l’acquisition, la conservation (physique et numérique) et la valorisation des archives éditoriales, ainsi que l’analyse des documents d’archives des éditeurs ». Ce projet de recherche n’est pas seulement celui du CRCCF, il est entrepris par un partenariat d’universités du Québec (Sherbrooke) et de l’Ontario (Ottawa), de la Suisse (Lausanne), de Belgique (Liège) qui prend un large corpus d’éditeurs de la francophonie canadienne et européenne de 1945 à 2015.

Brishoual et Simard ont décrit quelques fonds d’archives d’éditeurs franco-canadiens hors Québec détenus par le CRCCF, dont le Fonds des Éditions L’Interligne, le Fonds des Éditions du Vermillon, le Fonds des Éditions du Nordir et enfin le Fonds du Regroupement des éditeurs canadien-français.

Simard, M. Brishoual, J. (2019) « La mise en place d’une exposition d’archives éditoriales en contexte francophone minoritaire ». Images des diaporamas présentées au congrès de l’AAQ 2019.

Simard, M. Brishoual, J. (2019) « La mise en place d’une exposition d’archives éditoriales en contexte francophone minoritaire ». Images des diaporamas présentées au congrès de l’AAQ 2019.

Brishoual a dit quelques mots sur des documents qui se trouvent dans l’exposition et dans le fonds des Éditions L’Interligne. Elle a présenté, entre autres, la revue franco-ontarienne Liaison qui a fait office, à une certaine époque, de revue de l’ensemble de la francophonie minoritaire canadienne. Simard a scruté en notre compagnie quelques documents d’archives (catalogues de livres, publicités d’éditeurs de l’Ouest canadien) qui se trouvent également dans les fonds d’éditeurs qui sont conservés au CRCCF. Il a souligné au passage un document de la campagne publicitaire de 1996 du regroupement des éditeurs canadien-français où on peut y lire « Un pays s’écrie » / « Un pays s’écrit ». Le double titre de la campagne tire avantage de l’homophonie (écrie/écrit) pour témoigner que les écrivains prennent la parole en écrivant. Ceci est, pour Simard, un document important pour écrire l’histoire de la littérature et de l’édition dans un contexte où les francophones ont de la difficulté à se faire entendre au Québec et en Amérique du Nord.

Sans en faire mention, les auteurs de cette communication sur les archives d’éditeurs s’inscrivent en continuité du propos de Jacques Michon et Frédéric Brisson, « Les archives de l’édition : un état des lieux », qui a été présenté au 32e congrès de l’AAQ en 2003 et publié dans le volume 35 de la revue Archives.


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