Fonction : Diffusion/Innovations

Une nouvelle plateforme sur les Archives éditoriales. Entretien avec Anthony Glinoer

Par Jonathan David

En mai dernier, nous apprenions la création de la plateforme Archiveseditoriales.net. Pour en savoir davantage à propos de cette initiative, et d’abord pour mieux connaitre ce qu’est une archive éditoriale, nous nous sommes entretenus avec Anthony Glinoer, chercheur principal dans ce grand projet d’envergure international.

J.D. – Pour le bénéfice de nos lecteurs, pouvez-vous nous expliquer le projet derrière la plateforme Archives éditoriales? Quelle est sa principale mission?

A.G. – Il s’agit d’un projet de partenariat destiné à rassembler à la fois des spécialistes des archives d’éditeurs et des institutions qui les conservent. Il y avait, à l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine en France, mais aussi en Suisse, en Belgique et au Canada, des initiatives isolées pour étudier et pour valoriser les archives éditoriales. Notre partenariat vise à réunir ces initiatives, à offrir des outils (bases de données), et à organiser des événements où puissent se retrouver chercheur.e.s, archivistes et bibliothécaires autour de ce corpus particulier. La plateforme Archives éditoriales est à la fois la vitrine de cette entreprise collective (on y trouve des présentations de fonds d’archives, un blogue, la liste de nos activités) et un lieu de consultation de bases de données.

J.D. – D’où est venue l’idée d’une telle plateforme? À quels besoins répond-elle? À qui s’adresse-t-elle?

A.G. – L’intérêt pour les archives d’éditeurs est une affaire ancienne à l’Université de Sherbrooke. Dès 2003, Frédéric Brisson, alors étudiant sous la direction du professeur Jacques Michon, avait réalisé un rapport destiné à « dresser un état de la situation des archives éditoriales au Québec et au Canada français. » Un protocole archivistique avait également été adopté par BAnQ mais ensuite le projet a été abandonné et le protocole est resté peu utilisé. Le GRÉLQ (Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec, devenu Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec), dont Jacques Michon a été le directeur jusqu’à sa retraite, s’est plutôt consacré à L’histoire de l’édition littéraire au Québec, puis au Dictionnaire des gens du livre (qui reste à paraître). Ces grands chantiers terminés, nous avons relancé l’idée parce que le besoin d’une valorisation des archives éditoriales et d’une recherche collective sur ces archives, pas seulement comme documents servant à soutenir un propos historique mais aussi pour elles-mêmes, se faisait sentir.

La principale décision a été de ne pas limiter notre intérêt au Québec, mais au contraire de l’ouvrir à toute la francophonie, plus précisément au Canada français, à la France, à la Belgique et à la Suisse romande. C’est en ce sens que nous avons préparé une demande de subvention auprès du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, subvention que nous avons obtenue en 2017 et qui nous a permis d’élaborer la plateforme archiveseditoriales.net. Celle-ci, dont le contenu est entièrement accessible en ligne, vise à réunir les initiatives locales en matière de valorisation des archives éditoriales, à en promouvoir l’étude et à repérer les fonds d’archives existants.

J.D. – Quels sont les types de documents qui sont généralement catégorisés comme faisant partie de la famille des archives de l’édition?

A.G. – Les archives éditoriales contiennent toutes sortes de documents : des correspondances, des textes promotionnels, des documents administratifs, des dossiers de presse, des rapports et des mémoires, bref, toute une « littérature grise » qui n’intéresse pas souvent les historiens et les littéraires.

Les archives d’éditeurs témoignent de ce qui a été mais montrent aussi ce qui aurait pu être, en conservant les traces des manuscrits refusés, des projets avortés et des livres invendus.

On y trouve enfin des maquettes, des photos, des livres et des objets promotionnels, bref une quantité d’éléments non-textuels spécifiques à l’édition et qui n’ont de valeur que lorsqu’ils sont réunis.

J.D. – Un des objectifs de la plateforme numérique est de mettre en commun, à l’échelle internationale (francophone), l’ensemble des actifs documentaires, des travaux, colloques et réflexions communes à propos des archives éditoriales. Considérez-vous que ce but est atteint, ou il reste encore des organismes ou zones géographiques qui ne sont pas représentés?

A.G. – C’est en effet l’une des grandes difficultés auxquelles nous sommes confrontés depuis le début de ce programme de recherche en partenariat. Comment faire collaborer des partenaires de nature différente (des bibliothèques universitaires, des institutions de conservation, des associations d’éditeurs, des groupes de recherche), qui ont des capacités de conservation différente, dans plusieurs pays aux traditions de conservation d’archives et aux exigences institutionnelles variées ? C’est un défi constant, comme l’est la collaboration non seulement au niveau des individus (le projet est mené par six chercheur.e.s et neuf collaboratrices et collaborateurs venus de quatre pays) mais aussi au niveau des organismes. À l’heure actuelle, nous avons une liste relativement restreinte de partenaires, ce qui a l’avantage du dynamisme. Rien ne dit qu’à l’avenir, d’autres organismes ne nous rejoindront pas. Il serait particulièrement intéressant que les pays ou les régions francophones du Sud soient représentés mais cela pose le problème du développement des institutions de conservations d’archives dans ces parties du monde.

J.D. – Un tel projet suppose un grand esprit de collaboration. Vous avez d’ailleurs sur le projet un bon nombre de partenaires provenant de différents organismes à travers la francophonie. C’est donc dire que le projet a été accueilli de façon positive un peu partout. Avez-vous rencontré des réticences ou de la concurrence venant d’autres initiatives?

A.G. – Le projet a en effet reçu un accueil favorable partout où nous l’avons présenté. Je crois que l’heure est plutôt à se réjouir que de telles initiatives voient le jour alors que les institutions de conservations ont un budget toujours menacé, qu’à craindre les concurrences. Au contraire, nous souhaitons multiplier les collaborations, notamment du côté des projets de recherche menés en anglais et en allemand sur les mêmes questions.

J.D. – Est-ce que la plateforme est couramment bonifiée? Est-ce qu’il y a des nouveautés à venir? À quoi doit-on s’attendre pour la suite?

A.G. – Au cours de la dernière année, nous avons surtout travaillé, d’une part, à la conception d’une exposition sur le rôle de la publicité et de la réclame dans le monde du livre au Canada (exposition qui sera ouverte à Ottawa jusqu’en septembre 2019 et qui deviendra ensuite une exposition virtuelle) et, d’autre part, à une base de données d’entretiens accordés par des éditeurs francophones, tant sur internet qu’à la radio, à la télévision et dans la presse. Nous en sommes à plus d’un millier d’entrevues recensées, auxquelles nous ajoutons des entrevues réalisées spécialement dans le cadre du projet. En plus de présenter les archives éditoriales existantes, la plateforme Archives éditoriales vise donc à créer de l’archive. Nous poursuivrons en ce sens dans les prochaines années.

***

À propos d’Anthony Glinoer : Anthony Glinoer est professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, responsable du volet recherche du cheminement en études littéraires et culturelles de la maîtrise et du doctorat en études françaises et responsable du certificat en histoire du livre et de l’édition. Il est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie du littéraire. Il a publié plusieurs livres, dont La bohème. Une figure de l’imaginaire social (2018), Presses de l’Université de Montréal, La littérature frénétique (2009), Paris, Presses universitaires de France, ainsi que Naissance de l’Éditeur. L’édition à l’âge romantique (2005), Les Impressions nouvelles.

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