Actualités/Fonction : Diffusion

Les archiveilleurs célèbrent ses 10 ans. Entretien avec Alexandre Garcia

Par Jonathan David, responsable du blogue Convergence

Ce 26 avril, le groupe Les archiveilleurs célébrait ses 10 ans d’existence. Une décennie de présence sur le web, avec une relative constance, c’est en soi un exploit. Si comme moi vous collectionnez avec soin une liste de ressources en ligne que vous suivez fréquemment pour vous tenir à jour sur votre profession, vous remarquez probablement qu’un bon nombre d’entre-elles cessent de publier du jour au lendemain… Et les ressources francophones que vous affectionnez tant, elles se font de plus en plus rares. Néanmoins, celles qui survivent sont toujours aussi précieuses et il est important de se le rappeler fréquemment.

C’est le cas des archiveilleurs, un groupe de superhéros – ou comme je préfère les nommer super-hérauts – dont la fonction est la transmission de la sagesse archivistique sur le web francophone. Véritable passeur de savoir, ce collectif d’archivistes est une véritable barrière contre la dispersion du savoir, une menace bien contemporaine qui, à terme, pourrait nous mener tout droit vers le chemin d’un désert intellectuel.

10 ans sur le web, c’est une présence qui mérite d’être soulignée ! L’occasion était donc parfaite pour m’entretenir avec Alexandre Garcia, chef de projet au sein de la division Archives et gestion de l’information du Comité international de la Croix-Rouge et membre fondateur des Archiveilleurs, pour lequel il administre également le site web. Voici donc le résumé de nos propos.

J.D. – Pour nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous brièvement nous rappeler ce que sont les Archiveilleurs ?

A.G. – Les Archiveilleurs sont un service animé par un collectif d’archivistes francophones qui partagent avec notre communauté professionnelle des ressources susceptibles de l’intéresser, qu’ils repèrent au gré de leur propre veille. Ce partage se fait sous la forme simple de diffusion de liens sur différents canaux numériques, notre site web, par courriel, par flux RSS, sur Facebook et sur Twitter.
Ce collectif s’est constitué de manière tout à fait informelle, sans affiliation ni support d’une association professionnelle ou d’un service d’archives.

Q – Votre veille collective doit nécessiter de nombreux efforts de collaboration et de concertation au quotidien. Quel est votre fonctionnement? Avez-vous des sujets précis, distribués parmi les participants? Comment fait-on pour devenir archiveilleur?

A.G. – En vérité, c’est un fonctionnement très léger. Le service a été conçu dès le départ pour ne pas représenter une charge supplémentaire pour les contributeurs, et pour s’imbriquer dans leur pratique de veille professionnelle. Cela se passe ainsi: un contributeur repère une ressource en ligne dont il juge qu’elle peut intéresser les abonnés des Archiveilleurs: il enregistre le lien vers cette ressource avec un hashtag spécifique dans une application de partage de signets en ligne, comme Diigo (voir par exemple ici) la seule contrainte étant que cette plate-forme doit publier un flux RSS propre à l’utilisateur et au hashtag choisi. Notre système moissonne automatiquement ces flux RSS, compile les signets enregistrés et les diffuse sur nos différents canaux. Et c’est tout! Il n’y a pas de commentaire des ressources, pas de classification des liens. Il ne s’agit pas de constituer une base documentaire à laquelle on pourrait se référer pour une recherche précise (une telle base aurait peut-être un intérêt, mais serait trop lourde à gérer); notre démarche s’inscrit plutôt dans la logique d’un flux d’actualités.

Il n’y a pas d’objectif à atteindre pour les contributeurs, qui sont tous bénévoles: chacun participe selon son envie et sa disponibilité. Nous pratiquons tous une veille de manière individuelle, par exemple dans le cadre des projets que nous menons, avec des centres d’intérêt qui peuvent varier selon notre contexte professionnel. Le contenu du flux dépend donc des intérêts de chacun, et ne couvre pas forcément l’ensemble des fonctions archivistiques. Les contributeurs étant tous impliqués dans des initiatives numériques, cela se reflète dans les thèmes de la majorité des liens partagés. Une charte élaborée lors de notre lancement donne un cadre à ce que nous partageons : nous évitons notamment de signaler des actualités trop locales, des publications commerciales, ou  des ressources dans des langues inaccessibles à la majorité de nos abonnés (comme le flamand et l’allemand, même si de telles ressources pourraient intéresser les abonnés belges ou suisses).

Pour devenir archiveilleur, seules deux qualités sont nécessaires: la bonne volonté et la curiosité! Nous serions d’ailleurs ravis de compter parmi nous de nouveaux contributeurs; j’invite toute personne intéressée à me contacter directement pour plus d’information.

J.D. – 10 ans de longévité sur internet, c’est une éternité. Quelle est selon vous la recette de votre succès?

A.G. – Il est ardu pour nous de mesurer ce succès. Le seul indicateur dont nous disposons est le nombre d’abonnés sur les différents canaux et les réactions qu’ils peuvent exprimer sur les réseaux sociaux (RTs et likes). Nous n’avons à vrai dire pas cherché à en savoir plus, nous n’avons jamais mené une enquête auprès des abonnés. Nous ignorons donc quel est l’usage réel de la plate-forme, et quel bénéfice notre communauté en retire. Mais nous aimons à croire que nous sommes utiles, étant donné que le nombre d’abonnés croît régulièrement. Tout commentaire ou message des utilisateurs est bienvenu, sur les réseaux sociaux ou à notre adresse de contact (souslapoussiere@gmail.com)

Si succès il y a, quelle est sa recette? Difficile à dire. Peut-être la simplicité de la démarche de partage, et la diffusion multi-canaux: chacun peut rapidement survoler les compilations de liens, et ce sur l’interface qui lui convient le plus. C’est bien moins chronophage que de parcourir les revues professionnelles, c’est donc une manière aisée, même si incomplète, de se tenir au courant de l’actualité de notre métier.

J.D. – Que retenez-vous de ces 10 ans d’histoire? J’imagine que vous avez vécu des moments clés, des revirements, et même des échecs?

A.G. – Comme vous le dites, dix ans, c’est une éternité. Cela se ressent sur la disponibilité des contributeurs: si nous avons compté jusqu’à seize archivistes dans l’équipe, aujourd’hui nous ne sommes plus que deux à partager régulièrement des liens sur le flux. Les évolutions de carrière, la vie de famille, parfois des contraintes techniques ou simplement l’envie de passer à autre chose ont poussé la plupart d’entre nous à renoncer à cette tâche de partage. C’est ainsi que des services similaires, le Bouillon des bibliobsédés pour les bibliothécaires ou le Généafil pour les généalogistes ont cessé leur activité. Si j’ai un seul regret, c’est que nos différentes tentatives de recruter de nouveaux partenaires n’ont pas été couronnées de succès: je réitère donc mon appel aux bonnes volontés!

Dix ans, c’est aussi une éternité à l’échelle du web. Sur le plan technique, notre solution repose sur plusieurs services cloud gratuits, dont la pérennité n’est pas du tout assurée. La première version du système était par exemple construite sur Yahoo Pipes, qui a disparu. La location d’un hébergement dédié et d’un nom de domaine ont été entrepris par la suite pour apporter plus de stabilité. Mais nous ne sommes pas à l’abri que du jour au lendemain, plus rien ne fonctionne. Des voix prédisent depuis longtemps la mort des fils RSS: je croise les doigts pour que cette technologie ouverte subsiste encore longtemps.

J.D. – La veille et la formation continue sont, plus particulièrement dans notre profession, deux éléments incontournables afin de suivre l’évolution des environnements réglementaires et technologiques. Considérez-vous que les archivistes ont su développer des réflexes pour bien s’informer sur le web? En 10 ans, avez-vous senti une évolution de la présence de la communauté des archivistes en ligne?

A.G. – La présence en ligne des archivistes s’est clairement renforcée depuis 2010. S’il y a dix ans on pouvait tenter de suivre tous les archivistes francophones présents sur Twitter, c’est aujourd’hui impossible. Un signe de cette présence est l’activité qui se déploie sur ce réseau lors des événements professionnels, congrès ou autres journées d’étude: les discussions virtuelles sont aussi animées que celles qui se tiennent sur les podiums.

Les associations professionnelles et les services d’archives, absents à l’époque des réseaux sociaux, ont aussi adopté peu à peu ces plates-formes pour leur communication et les échanges avec leurs membres ou leurs usagers. En témoigne le succès de l’initiative #Archive30 lancée depuis trois ans par la branche écossaise de l’ARA.

En revanche, l’information s’est morcelée durant ces années. Auparavant, plusieurs archivistes tenaient des blogues où ils diffusaient leurs réflexions ou des retours d’expérience. Il me semble que de tels contenus sont aujourd’hui publiés plus souvent sous forme de fils sur Twitter ou sur des profils Linkedin. Les informations sont toujours en ligne, mais il est devenu plus difficile de les repérer.

A.G. – Le développement des compétences des archivistes s’est aussi complexifié en raison de la diversification des problématiques auxquelles nous faisons face. Avant 2010, il était courant d’avoir au sein d’un service d’archives une personne responsable de l’ensemble des questions numériques. Aujourd’hui, les profils se sont spécialisés, certains traitent de gestion intégrée des documents, d’autres de conservation numérique, d’autres encore de médiation numérique ou de portails patrimoniaux: ce sont différents enjeux, qui demandent différentes compétences dont l’acquisition est complexe; connaître les ressources à disposition est plus que jamais nécessaire.

J.D. – On ne pourrait conclure cet entretien sans un petit mot sur la situation actuelle. Le confinement, la distanciation sociale et le télétravail rendent d’autant plus vos activités essentielles pour la communauté de pair. Comment envisagez-vous l’avenir pour les archiveilleurs?

A.G. – Tant que nous en aurons l’énergie et l’envie, et tant que nous aurons le sentiment d’apporter quelque chose à notre communauté professionnelle, nous continuerons. Avec de nouvelles forces vives, je l’espère. 

***

Pour suivre les archiveilleurs : http://archiveilleurs.org/


À propos d’Alexandre Garcia :
Alexandre Garcia est membre fondateur des Archiveilleurs et administrateur du site http://archiveilleurs.org/. Il est chef de projet au sein de la division Archives et gestion de l’information du Comité international de la Croix-Rouge, basé à Genève (Suisse), où il est responsable de la mise en œuvre de solutions de records management et de gestion d’archives numériques. Il est membre du groupe de travail Records management et archivage électronique de l’Association des archivistes suisses.

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