Vie d'archiviste

Vie d’archiviste : Rolman-James Gobeille-Valenzuela

Vie d’archiviste est une série de billets où des collègues archivistes sont invités à nous raconter leur parcours académique et professionnel tout en discutant des implications de la pratique de leur profession au quotidien. Cette semaine, nous allons à la rencontre de Rolman-James Gobeille-Valenzuelaarchiviste chez CEP forensique.

Quel est votre parcours professionnel?

Parcours académique

Au sortir du cégep en 2016, j’ai tout de suite eu l’intention de m’inscrire en archivistique pour le simple objectif d’éventuellement faire carrière dans le domaine de la gestion des documents. Je désirais auparavant devenir comptable ou psychologue, donc j’avais déjà une affinité pour les choses généralement considérées comme ennuyeuses (c’est une blague).

À l’Université de Montréal, j’ai accompli un baccalauréat par cumul comportant le certificat en archivistique, le certificat en gestion de l’information numérique et une série de cours orientés davantage sur les sociétés asiatiques, les religions orientales et quelques compétences informatiques.

En parallèle, j’ai consacré près de deux ans en implication bénévole au sein de l’AEEEBSI, un an en tant que président de l’association étudiante d’études religieuses et presque un an en tant que responsable à la coordination d’un syndicat étudiant représentant plus de 2400 membres annuellement.

Cheminement professionnel

Ma première exposition au milieu professionnel fut dans le cadre de mon stage à la direction de la finance et de la comptabilité d’Hydro-Québec durant l’automne 2017. C’était une expérience enrichissante dans laquelle j’ai rapidement été exposé au dynamisme souvent insoupçonné de la profession et la nature méta-professionnelle de ce champ de travail; notre travail, en effet, découle du travail des autres, des activités d’exploitation s’accroissant de telle sorte que notre rôle de gestionnaire en documentation s’impose tout naturellement.

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Par la suite, j’ai pu travailler au sein du service des archives de l’Université McGill pendant deux contrats, s’étendant sur une durée de huit mois. Si je n’avais pas la piqûre pour les archives historiques auparavant, cette opportunité à définitivement changé la donne. Je parlais de dynamisme dans un milieu au sein duquel véhiculent surtout des documents actifs ou semi-actifs, mais la quotidienneté des archives définitives est aussi composée de peu de repos! J’ai pu traiter deux fonds privés et établir quelques documents permettant de mieux recueillir des données métriques concernant le traitement d’archives privées.

J’ai ensuite enfilé quelques contrats brefs, mais me permettant de toujours viser un peu plus haut dans mes accomplissements professionnels. J’ai éventuellement abouti chez mon employeur actuel, CEP forensique, une entreprise pancanadienne d’investigation après-sinistre qui emploie mes services d’archiviste depuis novembre 2020. Encore, ici, le travail conserve sa nature méta-professionnelle. Le mot d’ordre: améliorer l’accessibilité des actifs informationnels et proposer des solutions basées sur le contexte légal d’exercice et le gros bon sens commun.

Avez-vous exercé d’autres métiers avant de devenir archiviste?

Pas de métier professionnel en tant que tel, mais surtout des emplois me permettant d’accommoder mes études à temps plein depuis le secondaire. Le métier d’archiviste est mon premier vrai métier, même si je travaillais ici et là dans des emplois divers depuis que j’ai quinze ou seize ans.

Pourquoi avoir choisi cette profession? Quelle était votre motivation, qu’est-ce qui vous attirait dans le métier?

Mon intérêt était simplement de gérer des documents, sans plus. Maintenant, suite à toutes ces expériences passées, mon intérêt se précise davantage et s’oriente vers la gestion des actifs informationnels d’un organisme ou vers la diffusion du patrimoine conservé. Ce qui m’attirait également dans ce métier, c’était de se rendre utile au travail des autres, d’être un facilitateur; c’est le cas.

Quelle est votre routine habituelle?

Je collabore avec plusieurs intervenants sur de nombreux dossiers diversifiés, mais mes mandats principaux sont la gestion des actifs informationnels et la gestion des pièces liées à des dossiers de sinistres. Une autre tâche que j’occupe est de cataloguer certaines données clés me permettant de produire des analyses chiffrées sur la gestion de nos entrepôts; dans cet objectif, j’apporte des correctifs à certains objets numériques dans l’intérêt de cataloguer des données les plus exactes possible.

Je dois aussi offrir de l’appui aux démarches des bureaux régionaux dans leur gestion d’actifs informationnels ou de pièces. Mes journées sont plutôt tranquilles, je n’ai pas de difficulté à prioriser mes tâches et à gérer le stress potentiellement occasionné et nous sommes dotés d’une équipe très performante.

Racontez-nous une journée atypique

Au retour des fêtes en 2020, je suis passé au bureau pour travailler un peu et déplacer mes biens d’un bureau à un autre. Sur mon bureau, il y avait une boîte à mon intention contenant: un stylo avec mon nom gravé, un sac à dos, des bas, etc. En somme, une boîte pour célébrer le temps des fêtes auprès des employés, un cadeau de Noël. C’était une journée exceptionnellement bonne.

Avez-vous des anecdotes ou des situations cocasses qui vous sont arrivées au travail?

À l’Université McGill, il arrivait parfois qu’on me confonde avec les bibliothécaires et qu’on me demandait à savoir où était tel ou tel livre. Une fois, un étudiant était si peu convaincu de ma réponse négative qu’il m’a dit: well, why do you have a key for the doors here then if you’re not a librarian? You work here, no? Why can’t you help me? Je lui ai poliment réitéré mon refus, n’étant malheureusement pas un bibliothécaire de McGill.

Avez-vous connu des changements marquants au sein de votre profession au cours des dernières années? Lesquels?

De nouvelles questions se dessinent dans le domaine de la recherche: comment décrire sensiblement un fonds d’archives ayant appartenu à une personne trans ou une personne en situation de handicap? Comment décoloniser la pratique archivistique au Québec? Quels sont les meilleurs moyens de favoriser la diversité culturelle au sein de la pratique actuelle? Comment mettre en évidence le rôle souvent caché des minorités visibles au sein de nos institutions? Ces questions (et plusieurs autres dans le carquois du progressisme de gauche), il est important de les poser tous ensemble le plus tôt possible et ainsi emboîter le pas sur le reste de l’Amérique.

Ces dernières années, certains chercheurs osent proposer ces questions au Québec. Souvent, on entend dire: oui, mais les archivistes ne doivent pas imposer de jugements moraux; je réponds, on est humain, on fait un travail humain, il ne faut pas prétendre le contraire et ainsi s’abstenir d’avancer (même à petits pas prudents) avec le reste du monde. La science sert à avancer, pas à reculer.

Que faites-vous pour maintenir à jour vos connaissances et votre expertise?

Je lis Convergence bien sûr! La revue Archives, quelques blogues canadiens et américains, des ressources scientifiques sur JSTOR par exemple… Je participe aussi à des conversations techniques sur certains médias sociaux. La formation continue n’a pas vraiment de limites!

Qu’est-ce que vous voudriez partager avec quelqu’un qui désirerait entreprendre des études en archivistique?

Ne pensez pas que vous investirez immédiatement le milieu des archives historiques. Les cours universitaires de premier cycle s’orientent en général, justement, dans l’archivistique en milieu corporatif, dans des entreprises ayant des activités d’exploitation n’impliquant pas nécessairement un service d’archives ou de gestion documentaire. Élargissez vos horizons: cours en gestion, en comptabilité, en bureautique… sont toujours complémentaires à la formation en archivistique.

N’acceptez pas l’abus; votre intégrité vaut plus qu’une offre d’emploi potentiellement dégradante. Ayez du plaisir dans ce que vous faites, soyez très flexible et acceptez que les choses ne soient jamais parfaites.

Comment décrivez-vous votre métier à des non-archivistes ?

Je détruis des documents et prévois détruire d’autres documents plus tard ou je ne sais pas plus que toi, je te reviendrai quand le milieu académique aura tranché la question dans dix ans, peut-être!

Plus sérieusement, je réponds que je gère des actifs informationnels et cherche les meilleures façons de rendre accessible des informations complètes, intègres et pertinentes en fonction de l’infrastructure numérique disponible et des besoins qui me sont signifiés.

Selon vous, quel est l’apport des archivistes à la société ?

Les archivistes permettent d’imposer et de faire respecter les obligations légales entourant la gestion documentaire qui découlent d’un contexte législatif en constante évolution. Les archivistes servent également à faire des ponts entre les communautés par le biais de l’accès aux archives et leur exploitation.

Mais l’archiviste, je l’ai écrit ailleurs auparavant dans un autre billet sur Convergence, n’est rien sans la société elle-même qui lui donne un espace suffisant pour lui permettre d’exercer son apport. L’archiviste doit comprendre qu’il-y-a une différence entre le rôle de gardien de la mémoire collective et celui de gatekeeper, son rôle trouvant plutôt sa pertinence dans l’intervention de divers acteurs dans son travail quotidien.

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