Sur la route des archives QC

Sur la route des archives: la Société historique de Drummond

Sur la route des archives QC est une série de billets à saveur estivale, une sorte de «road trip» d’archiviste. Tout au long de cette série, nous parcourons le Québec à la recherche de ses archives locales. Ces petits centres et sociétés historiques sont souvent des perles rares et on peut y trouver de nombreux documents sur l’histoire de leurs quartier, village, ville, région, entreprises locales ou familles influentes. Chose certaine, de belles découvertes vous attendent à chaque arrêt! Faites bonne route!

Nous nous arrêtons cette semaine à Drummondville pour découvrir la Société historique de Drummond, qui a pour mandat de mettre en valeur le patrimoine de la région.

Nos remerciements vont à M. Martin Bergevin, archiviste à la Société d’histoire de Drummond, pour avoir généreusement répondu à nos questions.

***

J.D. – Pouvez-vous nous en dire davantage sur l’historique et la mission de votre organisme?

M.B. – La Société d’histoire de Drummond (SHD) est un organisme relativement jeune. Très jeune même, si on la compare aux institutions plus que centenaires qui œuvrent depuis des lustres sur l’île de Montréal ou dans la basse- ville de Québec. Néanmoins, son histoire est riche, intéressante et intrinsèquement liée à celle de ses fondateurs, des gens pleins de sagesse qui ont cru aux avantages pour les générations futures de sauvegarder notre patrimoine documentaire et du même coup notre mémoire collective. Grâce aux efforts de ces pionniers, la SHD évolue et contribue à la connaissance de nos ancêtres et de notre passé commun depuis bientôt soixante ans.

Cette idée d’une organisation entièrement dédiée à la sauvegarde et à la diffusion de notre histoire régionale a germé lentement dans les esprits durant les années 1950 et s’est imposée finalement comme une nécessité au début des années 1960. C’est donc dans ce contexte d’urgence que se sont rassemblés historiens et amateurs d’histoire dans le but de faire naître la Société historique de Drummondville, en 1961, sous la présidence du notaire Paul-Harold Moisan.

L’organisme a œuvré par la suite sous plusieurs appellations : Comité touristique et historique de la Chambre de commerce (1966-1977), Société historique du Centre-du-Québec (1978-1989), Société d’histoire de Drummondville (1990-2006) et Société d’histoire de Drummond (2007), son vocable actuel, lequel reflète davantage son mandat d’acquisition et de conservation élargi depuis à l’ensemble des municipalités de la MRC de Drummond.

En 1983, la Société historique a obtenu l’usage d’un premier local permanent à la bibliothèque municipale, rue des Écoles, qui a dès lors servi de centre d’archives, de lieu de rencontre et d’échange, mais également d’espace de travail où traiter, répertorier et indexer les documents anciens pour en faciliter la consultation. En 2008, sous la présidence de l’homme d’affaires Fernand Roger et la direction de la muséologue Hélène Vallières, la SHD a obtenu son agrément de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), un statut qui souligne depuis la qualité et le professionnalisme de l’organisme. En 2017, la SHD a relocalisé son dépôt d’archives sur la rue des Forges, dans un bâtiment tout neuf, qu’elle partage depuis avec la Bibliothèque publique, la Société de généalogie et le Service des Arts et de la Culture de la Ville de Drummondville.

L’équipe actuelle, composée de la directrice Geneviève Béliveau, de l’archiviste Martin Bergevin (moi-même) et de l’agent de projets culturels Gabriel Cormier, poursuit toujours le même objectif, c’est-à-dire la préservation et la mise en valeur du patrimoine documentaire de la MRC de Drummond. Grâce au soutien financier de ses partenaires, dont la Ville de Drummondville, la MRC de Drummond et BAnQ, la SHD est aujourd’hui une actrice de premier ordre dans le milieu culturel de la région.

Martin Bergevin, archiviste, Société d’histoire de Drummond, 2019. Source : Crédit photo Véronique St-Amand

J.D. – Que trouve-t-on dans vos fonds ?

M.B. – La SHD conserve dans son dépôt d’archives plus de 300 fonds et collections totalisant 291,65 mètres linéaires de documents textuels, 379 735 photographies et autres documents iconographiques, 19 022 cartes et plans, 547 heures d’enregistrements sonores, 1 284 heures d’enregistrements vidéo et plus de 1000 artéfacts. Tous les types de fonds y sont représentés, que ce soit des corpus d’individu, comme celui de Pierre Dozois, de famille, d’organisme à

caractère social, artistique ou culturel, d’association sportive ou d’entreprise privée, pour la plupart d’anciennes usines qui ont pris part à l’industrialisation de la ville de Drummondville à compter des années 1920, comme la Canadian Celanese. On y retrouve également à peu près tous les types de support, des plus communs, comme les documents papier et les épreuves photographiques, aux plus rares et anciens, comme les ambrotypes, les ferrotypes et les négatifs sur plaque de verre. Les plus vieux documents que l’on conserve datent des débuts de la colonie, fondée en 1815, et concernent les familles pionnières de la région, dont les Trent et les Millar.

Pierre Dozois, Drummondville, 1958. Autoportrait.
Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Pierre Dozois ; P184, S1, D1, P1

Vignette : Le fonds d’archives Pierre Dozois (1949-1989) contient environ 100 000 photographies. Pierre Dozois (1930- 2001) fut à la fois propriétaire de la boutique spécialisée Photographie Pierre Dozois (1953-1989) et photographe de presse pour divers journaux régionaux, dont La Parole (1956-1988), La Tribune (1960-1967) et Le Voltigeur (1974). Chroniqueur visuel de l’actualité drummondvilloise, il couvrit tous les aspects de la vie sociale, culturelle, sportive, industrielle, politique et religieuse de la ville et en fut un témoin privilégié durant plus de trois décennies. L’équipe de la SHD s’active, depuis cinq ans, à la numérisation et l’indexation de ce corpus photographique d’exception. Plus de 50 000 images tirées de ce fonds sont maintenant accessibles à la consultation.

Canadian Celanese Limited Company, Drummondville, 1950.
Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Canadian Celanese ; P90-2.4A59

Vignette : Le fonds d’archives Canadian Celanese (1926-1999) contient 15,63 mètres linéaires de documents textuels, 1 507 photographies, 2 plans, 28 dessins techniques et plus de 5 000 échantillons de tissus. La Canadian Celanese (1927-2000) fut au centre du développement économique de Drummondville. À une époque, elle employa jusqu’à 5000 ouvriers et fit vivre à elle seule une bonne partie des familles de la ville. À sa pleine expansion, le complexe industriel regroupa une quarantaine de bâtiments, pour la plupart affectés à la production des tissus. Le site comprit aussi une centrale thermique, une infirmerie, des ateliers, des entrepôts, une station de pompage, une usine de filtration de l’eau, des laboratoires, une cafétéria, un magasin de tissus et des infrastructures sportives. La Canadian Celanese ferma son usine de Drummondville le 31 mars 2000. Les documents du fonds abordent l’administration générale de la manufacture, la gestion des ressources humaines et les conditions de travail, la syndicalisation des travailleurs et les grèves, la production, la maintenance des bâtiments et de la machinerie, les loisirs en milieu ouvrier, les clubs sociaux et les équipes sportives. Le contenu de l’ensemble documentaire est essentiel à la compréhension de quiconque s’intéresse à l’évolution des industries du textile à Drummondville, au Québec ou au Canada, de même qu’au développement industriel, économique et social de la région.

Maria Dorothy Trent (1824-1910), épouse de William Skeine Robins (1825-1863), 1852. Source : Société d’histoire de Drummond, Fonds Famille Trent ; P4

Le vaste dépôt d’archives, en plus d’abriter le patrimoine documentaire de la région, aligne 733 volumes reliés de divers journaux d’époque, dont Le Défricheur (1862-1867), La Justice (1901-1906), Le Présent (1912-1914), La Parole (1926-2006), L’Homme libre (1940-1954), L’Express (1973-) et plusieurs autres hebdos éphémères, comme la Voix de Drummond publié en 1931 le temps d’une seule campagne électorale. Bien qu’il ne s’agisse pas ici de documents originaux, qui se caractérisent par leur unicité, les journaux sont l’une des sources les plus consultées par les chercheurs d’ici et méritent donc une place de choix dans la réserve de la SHD.

Une bibliothèque de référence bien garnie trône aussi dans la salle des chercheurs et propose aux férus d’histoire des ouvrages généraux sur Drummondville et les municipalités environnantes, ainsi que des registres de baptêmes, de mariages et de sépultures pour les amateurs de généalogie. Des postes informatiques, un guide de dépôt et une multitude d’autres instruments de recherche numériques sont mis à la disposition des usagers pour faciliter le repérage de l’ensemble de ces documents et leur consultation.

J.D. – Quels services sont offerts par votre organisme ?

M.B. – La SHD est ouverte au grand public, comme la plupart des centres d’archives régionaux, et se fait un devoir d’offrir à ses usagers un service à la clientèle de qualité qui se traduit le plus souvent par de l’aide à la recherche dans les journaux et les fonds d’archives. Sinon, afin de mener à bien sa mission, la SHD finance ses opérations et ses activités grâce à des mandats de recherche, de traitement d’archives, de gestion documentaire, de numérisation, de rédaction, d’édition ; elle offre aussi des conférences, des ateliers pédagogiques dans les écoles, des visites guidées du centre-ville ; et présente des expositions thématiques pour le compte d’organismes publics et d’entreprises privées qui souhaitent commémorer leur histoire. De plus, formée par les spécialistes du Centre de conservation du Québec (CCQ) en 2016 en vue du traitement des archives textuelles et textiles contaminées du fonds de la Canadian Celanese (P90), l’équipe de la SHD offre aussi son expertise en matière de restauration et de décontamination.

Décontamination des archives de la Fabrique Saint-Louis de Lotbinière (1697-1975), Drummondville, 2018. Source : Société d’histoire de Drummond.

Pour en savoir plus :

Adresse postale : 425, rue des Forges, Drummondville (Québec), C.P. 398, J2B 6W3

Téléphone : 819 474-2318

Courriel : info@histoiredrummond.com

Site Web : http://www.histoiredrummond.com

Médias sociaux : Retrouvez-nous sur Facebook 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s