Profession

25 ans d’histoire pour l’AAO (Archives Association of Ontario)

Par Jonathan David, Analyste – Secteur de la gestion de l’information, Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

Pour célébrer ses 25 ans en 2018, l’Archives Association of Ontario (AAO) s’est offerte rien de moins qu’un magnifique livre qui relate les moments forts de son existence. In Pursuit of the Archival Endeavour: The story of the Archives Association of Ontario propose, en 264 pages, un résumé fort détaillé des différents enjeux et péripéties vécus à l’interne durant ses 25 années au service de la communauté des archivistes canadiens. Le projet part d’un constat initial; la constatation d’une absence de valorisation de ses propres archives. Cet état des lieux n’est pas sans évoquer la fameuse maxime du cordonnier mal chaussé :

« The archival profession is often so busy collecting, preserving, and making available the stories of others that we forget to document our own journey (4e de couverture) ».

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, même en archivistique

La diversité des points de vue offerts dans cet ouvrage reflète adéquatement les nombreuses tensions internes et/ou débats d’idées qui, on le voit bien  ici,  ont toujours préservé un esprit de consolidation et/ou innovation constante au sein de l’AAO.

« The key to permanence for a professional association like the AAO rests with its ability to respond to the needs of those it represents, and to do so with both agility and grace. Yet as the association’s story reveals, this is much easier said than done (p.218) ».

Il faut dire que l’histoire de cette association couvre des années charnières en matière de gestion de l’information en Ontario: création d’un programme de maîtrise en Information Studies à l’Université de Toronto en 1995, changements technologiques importants, avènement d’internet, etc. Graduellement, on a pu voir apparaitre dans les organisations, et plus généralement dans la société, une :

« (…) Growing recognition that information is an asset in establishing a culture of accountability, reliability, transparency, and informed decision-making (p. 216)».

Il faut comprendre que les méthodes de production, de circulation et de conservation de l’information ne sont plus ce qu’elles étaient il y a de cela 25 ans. Ces pressions externes ne sont pas sans influencer le fonctionnement interne de l’association, bien entendu. Et ce livre permet d’en mesurer les impacts du point de vue associatif : changement au niveau du type de public cible, ainsi que de son envergure, changement de cadre financier, changement dans les offres de services, etc.

« The AAO was born into the Information Age, wherein society’s expectations of information management specialists continually change from one year to the next (p. 216) ».

« The internet was an exciting new vehicle for publicizing the holdings and services of archives, and the Archives of Ontario was one of the first in Ontario to have a presence on the virtual stage (p. 114) ».

L’enjeu de la concertation en milieu diversifié : un leitmotiv dans l’histoire de l’AAO

L’ouvrage lui-même est rédigé sous la plume de plusieurs auteurs – chacun d’entre eux étant, à une certaine époque, une personne influente au sein de l’association. De plus, la structure des chapitres, plutôt que de reposer sur un sujet précis (aspect économique, services offerts, etc.), couvre plutôt une période distincte de l’histoire de l’AAO.

Cette méthode peut sembler un pari risqué dans la mesure où l’écriture par des personnes de différentes provenances (trésorier, bénévole, archiviste, par exemple), travaillant toutes à rédiger une partie de l’histoire globale et linéaire de l’association, aurait pu à première vue causer un problème de fluidité entre chaque chapitre. Or, cette problématique a bien été maitrisée par l’équipe, et au contraire cette diversité permet de ne pas parler des mêmes enjeux à chacune des périodes couvertes dans l’ouvrage.

Il faut dire que l’AAO est habitué à agréger ensemble ce qui, a priori, semblait irréconciliable! C’est aussi ce qui explique que même pour un non-initié, la lecture de cet ouvrage reste captivante; l’histoire de l’AAO est loin d’être un long fleuve tranquille.

En effet, dès sa naissance (et même avant), l’AAO est le fruit de longues négociations entre différents acteurs déjà bien établis dans le paysage associatif.  Au départ, si chacun de ceux-ci représentait un bon nombre de membres, la problématique était surtout de nature financière; l’instabilité économique était une menace constante face à leur possibilité de développement. Parmi ses acteurs, on retrouve notamment  la TAAG (Toronto Area Archivists’ Group) et la EOAA (Eastern Ontario Archivists Association). On peut déjà anticiper ici une querelle d’influence entre Toronto et Ottawa!

Concernant le partage des droits d’inscription des membres entre les différents chapitres, concernant l’égalité de représentation pour chacune des régions de la province, concernant le statut juridique de la nouvelle entité, concernant le choix d’un pied à terre en plein Toronto, là où les loyers sont exorbitants. On le voit, les raisons de se chicaner sont nombreuses.

Ce que nous apprend aussi cet ouvrage, c’est qu’il n’est pas simple de définir clairement les limites de son mandat lors de la naissance d’une association telle que l’AAO. C’est que la discipline de la gestion de l’information au sens large, en plein bouillonnement dans les années 80 et 90, englobe beaucoup de gens! Et il n’existait pas alors une certification professionnelle comme il peut en exister dans d’autres ordres tels que les psychologues.

« The landscape of archives and archivists in Ontario ranged from those professionnaly trained at the graduate level to technicians with college diplomas to self-taught volunteers who had cared for and preserved their local history. All claimed the title « archivist ». This disparity in professional standards was one of the challenges facing the organization. (…) Differing opinions regarding the role of the AAO in providing a set of common professional standards created frustration and some discord among the membership (p.115) ».

Au niveau des services offerts aux membres, les opinions divergent également. Par exemple, l’idée d’offrir une certification de l’AAO divise les membres. « There were members who felt stongly that the association should not be in the business of archival education (p.124) ».

De plus, le niveau d’implication des membres ou bénévoles n’est pas nécessairement le même. Aussi on peut retrouver certains dont, disons la « ferveur archivistique », était plus développé que d’autres :

Montage photo: Jonathan David

Comme toute entité naissante, l’AAO cherche son identité, et la définition des frontières de son jardin est un enjeu constitutif.

« No one else understand » is a common theme among archivists. (…) They were « outside professionals »; they had come from outside the field and were regarded with suspicion by some (p.130) ».

Conclusion 1 : L’importance des compromis

Ce n’est pas une simple tâche que d’assembler, de mobiliser, d’écouter, de collaborer et de soutenir un groupe professionnel sur l’ensemble d’un territoire. L’histoire de l’AAO témoigne plus largement de l’ensemble des enjeux connu dans le milieu associatif. D’ailleurs, l’AAO ne regrette pas son passé tumultueux; elle en est plutôt fière, même.

« From the marriage of the OAA and the OCA in 1993 emerged the AAO as an occasionnaly dysfunctional blended family (…) They chose to come together and forge ahead with a shared sense of purpose. No familial unit – blended or otherwise – can reasonably expect to remain bound by choice without compromise (p.209)».

En effet, il y a tout à parier que cet exercice d’introspection permettra aux membres actuels et futurs membres de mieux affronter les enjeux à venir. En privilégiant une analyse organisationnelle de type SWOT : (Strengths, Weaknesses, Opportunities (externes), Threats (p.209), ce retour sur le travail accompli permet d’en connaitre davantage sur les forces et faiblesses de l’association.

Conclusion 2 : Ce livre est un succès

Au final, si ce livre semble partir à première vue d’un désir interne de nostalgie, un livre uniquement de/et pour ceux qui ont vécu ces évènements, et bien il n’en est rien! D’abord il est à parier qu’il restera un outil précieux pour la relève qui souhaite prendre connaissance, et surtout s’inspirer, de l’histoire de ceux qui les ont précédés. Ensuite il est clair que l’histoire racontée dans ce livre déborde amplement des enjeux locaux, et qu’il n’est pas qu’un simple objet promotionnel. Ses réflexions, notamment au niveau du fonctionnement associatif au pays, mais aussi sur l’émergence  de la société de l’information, sont de précieux témoignages, ancrés dans du concret.

Une chose est sûre, cet ouvrage sait également rendre hommage aux nombreux acteurs, bénévoles ou non, qui ont dédié une grande partie de leur vie à la promotion de notre profession. Le travail de tous ces passionnés mérite, une fois de plus, d’être souligné. En y allant dans le détail, en nommant les noms des personnes, cet ouvrage permet de suivre chacun des gestes qui ont fait une différence dans l’archivistique de l’Ontario, mais aussi du Canada.

On peut franchement affirmer que l’ouvrage est complet. En offrant en annexe différentes listes (des prix décernés, des membres du CA par année, des conférences). Je crois qu’il s’agit d’un outil indispensable pour quiconque qui s’intéresse à l’histoire de l’archivistique au pays.

Pour en savoir plus:

Ce livre est disponible directement sur le site de l’AAO : https://aao-archivists.ca/

Pour suivre l’AAO, la publication Off the Records est la source officielle d’information sur l’AAO et ses membres. Les anciens numéros sont accessibles ici.

Photo: Jonathan David

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