Types : photographie

Compte-rendu d’une expérience archivistique au Musée du Fort St-Jean

Par Jessica Lecours, Technicienne en documentation à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

En ce jour du Souvenir, j’aimerais vous partager ma première expérience en archivistique dans le contexte d’archives militaire. C’est en 2015 que j’ai fait mes débuts dans le domaine. Les premières archives que j’ai eu à traiter étaient des archives militaires au Musée du Fort Saint-Jean. La tâche principale que j’avais était le traitement à la pièce de fonds d’archives historiques datant de la Deuxième Guerre mondiale, jusqu’au conflit de l’île de Chypre. Il s’agissait d’un beau défi à relever que d’accomplir un travail de description comme celui-ci, surtout lorsqu’on débute ce métier. Il était important d’utiliser le plus de ressources possible mises à ma disposition : livres, Internet, ex-militaire et musée militaire. Au cours de mon mandat, j’ai appris que certains éléments peuvent être révélés sur les uniformes des militaires ainsi que sur les véhicules blindés. Le présent texte veut être un résumé des éléments appris lors de mon expérience avec des archives militaires.

Le don privé en contexte militaire

Chaque lieu de travail comporte des défis, et le milieu militaire ne fait pas exception. L’une de mes tâches au Musée fut de faire le suivi avec un donateur. Jean (*nom fictif pour assurer la confidentialité) voulait donner les archives d’un ancien membre de sa famille. Bien que l’intention soit des plus sincères, cette personne voulait offrir seulement une part du fonds d’archives au Musée. En discutant avec Jean, il nous a mentionné que d’autres documents du même fonds se trouvaient aussi dans un autre organisme. Non seulement le fonds était maintenant divisé en deux, mais avant mon départ, j’ai appris que ce même fonds était menacé d’être divisé en trois puisque Jean avait conservé des lettres qu’il souhaitait offrir à une autre institution. Or, mon cœur d’archiviste ne souhaitait pas voir un fonds ainsi divisé. Jean ne voulait pas donner ses dernières pièces au Musée parce qu’il tenait plutôt à les offrir à la municipalité où le créateur du fonds avait grandi. Alors que faire pour minimiser le plus possible les problèmes engendrés par la fragmentation d’un fonds ?

L’une des premières actions posées a été de prendre contact avec l’autre institution qui possédait les archives du membre de la famille de Jean. Il était important de l’informer que des documents et objets se retrouveraient dans une autre institution afin de conserver une traçabilité. La deuxième action posée a été de convaincre le donateur de nous offrir ses dernières archives. Non seulement ses archives étaient intéressantes pour le Musée, mais nous voulions ainsi éviter une autre fragmentation du fonds. Finalement, puisque Jean tenait à conserver et offrir ses dernières archives, la seule chose que je pouvais lui proposer était de numériser les originaux afin d’en conserver un exemplaire. J’ai cru bon offrir cette alternative à Jean. Par la suite, je crois qu’il était important que le Musée conserve un intérêt face au donateur et à son fonds, afin de convaincre ce dernier d’offrir ses dernières pièces au Musée.

J’ai également dû faire face à un second cas où la complexité du don représentait un défi de taille. Un des fonds que j’ai eu à traiter était une donation d’un ancien militaire qui n’en était pas le créateur. Je n’avais donc aucune idée de son identité au départ. Par chance, le créateur du fonds avait pour habitude d’écrire des notes au verso de ses documents. Tout d’abord, je n’avais qu’un surnom et j’ai réussi à trouver son nom au complet grâce à ses notes : le major Victor Jewkes. Avec les informations que j’avais obtenues dans les photographies, j’ai pu obtenir sa biographie grâce à un Musée militaire en Ontario (le musée du First Hussars). Mais le plus étonnant a été lorsque j’ai fait des recherches plus approfondies sur la vie de cet homme via l’Internet. J’ai retrouvé un journal militaire archivé. Dans ce journal il y avait un article d’une dame qui demandait des renseignements sur cet homme. Il s’agissait de la fille du créateur du fonds. Cette dame vivait dans l’Ouest canadien. Malheureusement, je n’ai eu droit qu’à un seul échange de courriel. Bien que j’aurais aimé en savoir davantage sur l’histoire du major, je n’ai pas insisté.  Cependant, j’ai été agréablement surprise de voir où le passé de ce militaire m’a conduit. Je trouve que cette histoire nous démontre bien jusqu’où nous pouvons aller avec un peu de chance, de connaissance et de détermination.

Les photos dans les archives militaires : une mine de renseignements

Sans expérience, une photographie militaire semble ne pas dire grand-chose. Mais avec un peu d’attention, ces documents peuvent être révélateurs. Les fonds traités lors de mon mandat au Musée du Fort Saint-Jean se situaient entre 1935 et 1980. Les documents étaient en majorité en noir et blanc et les formats pouvaient varier.

En examinant attentivement une photographie, certains éléments retrouvés sur les militaires peuvent nous en apprendre sur son histoire. Dépendamment si le militaire est décoré ou non, on peut déterminer le temps qu’un militaire a passé dans les forces armées ainsi que son expérience. Les badges sur un uniforme militaire peuvent nous indiquer le rang ainsi que le régiment auquel le militaire appartient. Finalement, les photographies des voitures blindées peuvent elles aussi donner quelques informations.

Que nous révèlent les médailles militaires?

Si vous vous trouvez en présence d’une photo d’un militaire décoré ou même de ses décorations, vous pouvez reconstituer les missions qu’il a accomplies au cours de sa carrière. Vous pouvez même estimer le temps pendant lequel le militaire a fait partie des forces armées. Autrement dit, les médailles équivalent au curriculum vitae d’un militaire.

Chaque médaille ainsi que les rubans qui les soutiennent sont uniques. Les motifs et couleurs varient d’une médaille à une autre et peuvent être identifiables malgré le fait que la photographie soit en noir et blanc. Prenons par exemple la photographie officielle de l’adjudant-chef Jean Couture plus bas, vous pourrez déterminer le parcours militaire que ce dernier a accompli. La ressource la plus fiable afin de permettre l’identification des médailles est le site officiel des anciens combattants : http://www.veterans.gc.ca/fra

Musée du Fort Saint-Jean P04/D01/p165 : Adjudant-chef Couture lors d’une photographie officielle. Les médailles dans l’ordre de gauche à droite : La médaille de l’ordre du mérite militaire (OMM), la médaille canadienne du volontaire, la médaille de guerre de 1939 – 1945, la médaille de Corée, la médaille du service des Nations Unies (Corée), la médaille du couronnement de la reine Élisabeth, la médaille du centenaire du Canada et la décoration des forces canadiennes. Deux barrettes sont présentes sur la médaille des forces canadiennes qui indique le nombre d’années de service de monsieur Couture.

Les insignes et les grades ont tous un sens.

Les insignes sur les uniformes peuvent nous renseigner sur le grade d’un militaire. Par ailleurs, il est possible de suivre la carrière d’un militaire par ses insignes. Si la photographie vous le permet, vous pouvez identifier le rang d’un officier grâce aux badges qu’il porte sur les épaules. Si un militaire porte des badges sur le bras, c’est qu’il s’agit d’un sous-officier. Selon le site des forces armées, il existe plusieurs classes d’officier : officier général, officier supérieur, officier subalterne, officier subordonné, les adjudants et les sous-officiers. Les badges des adjudants et des sous-officiers se trouvent sur les bras des militaires, tandis que les badges des officiers de rang supérieur se trouvent sur les épaules. Chaque grade possède son badge qui lui est propre. La position où se situe le badge est aussi un indice du rang du militaire. Dans la photographie suivante, vous pouvez observer deux officiers de rang différent. Deux officiers se trouvent côte à côte. L’un des hommes est major et le deuxième est au rang de capitaine.

Musée du Fort Saint-Jean P06/D03/p068 : Photographie du major Jewkes accompagné d’un capitaine. Le major porte une couronne située à son épaule. Son frère d’armes, porte trois petits insignes en forme de losange.

Musée du Fort Saint-Jean P06/D03/p079 : Photographie d’un Mess de sous-officier. Les badges situés sur le bras indiquent que ce sont des sous-officiers au rang de sergent.

Les militaires, comme dans toute autre carrière, peuvent obtenir des promotions. Il se peut alors qu’un militaire ne conserve pas le même grade dans un fonds d’archives. Au cours de mon travail au Musée, j’ai traité un fonds d’archives qui représentait bien cette situation. Dans le premier dossier du fonds du major Victor Jewkes, il avait le rang de capitaine. Cependant, dans un autre dossier, il était devenu major.

Donc, les insignes sur les uniformes militaires n’indiquent pas seulement le rang d’un militaire. Ils témoignent aussi de son avancement dans la hiérarchie.

http://www.forces.gc.ca/fr/honneurs-histoire-insignes/grade-armee.page

Les véhicules blindés contiennent aussi des informations précieuses

Il n’y a pas que les uniformes militaires dont nous pouvons tirer de l’information. Les photographies de véhicules blindés peuvent aussi donner de l’information. Par exemple, certains modèles de char d’assaut sont utilisés pour l’entrainement des troupes et certains autres seront utilisés en situation de guerre. De plus, chaque véhicule portera un nom ainsi qu’un marquage qui permet d’identifier de quel escadron le véhicule fait partie.

Musée du Fort Saint-Jean P06/D01/p007 : Photographie d’un char d’assaut de type Ram. Il s’agit d’un modèle utilisé pour l’entrainement des troupes au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le véhicule porte un losange au niveau de la tourelle (diamond shape) et indique que ce véhicule fait partie de l’escadron du quartier général.

 

Musée du Fort Saint-Jean P06/D03/p285 : Char d’assaut de modèle Sherman lors de la guerre de Corée en plein tir. Le cercle situé sur la tourelle nous indique que le véhicule appartient à l’escadron C du régiment.

La conclusion d’une expérience enrichissante

J’ai quitté le musée en avril 2017 avec un pincement au cœur, mais avec la satisfaction du travail accompli. Les photographies de ce passé pas si lointain me manquent, et bien que mon chemin a pris un autre tournant, je me suis fait convaincre par plusieurs personnes qu’il me restait encore une chose à faire. Il s’agissait de partager mon expérience avec vous.

Bien peu de gens connaissent tous ces détails (médailles, badges, marques sur les voitures blindées). Si cette brève expérience peut ainsi aider des collègues dans leur travail de description alors, elle se devait d’être partagée. Finalement, s’il y a une chose que j’ai retenue à travers cette expérience, c’est de ne pas hésiter de prendre contact avec ses ressources (Musées militaires, anciens combattants, livres et sites Internet). Bien que l’histoire militaire semble appartenir à un monde à part, les gens qui travaillent dans ces endroits sont des passionnés qui n’hésiteront pas une seule seconde à partager leur savoir.

Une réflexion sur “Compte-rendu d’une expérience archivistique au Musée du Fort St-Jean

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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