Diffusion et mise en valeur/Exposition/Histoire/Photographie

Tranches de vies

On constate à nouveau à quel point la question de l’archive est au cœur de l’art contemporain avec cette nouvelle exposition proposée par la Galerie DHC/Art.

Dans la première salle, on peut voir deux moulages en cire de chevaux disposés sur des tréteaux. Cette œuvre intitulée Les Deux est née suite à la consultation d’images d’archives de la Première Guerre mondiale, et ces chevaux morts symbolisent l’idée même de la Mort présente dans ces documents. En même temps, la fermeture des yeux et de la bouche donnent un côté ritualisé à cette mort, en rappelant les traditions funéraires égyptiennes.

Passé le choc de la confrontation avec ces volumes massifs, une certaine douceur se dégage même de ce couple aux peaux lustrées, évoquant presque les corps luisants de deux amants. L’artiste explique en effet que ces chevaux évoquent l’antagonisme entre la pulsion de vie (Eros), et la pulsion de mort (Thanatos).

Berlinde De Bruyckere, Les Deux
avec l’autorisation de Galleria Continua, San Gimignano / Beijing / Le Moulin

Dans l’autre pièce, on peut voir dans deux vitrines les œuvres intitulées 20 et 0.28. Exposé dans un meuble vitré à la façon d’un cabinet de curiosités médicales, 20 est formé de l’union improbable d’un cheval et d’un humain. Comme pour Les Deux, on trouve ici la recherche d’un équilibre entre des pôles opposés, voire la recherche de leur point de rencontre. De cette fusion humain/animal (avec 20) et humain/végétal (avec 0.28), on peut penser à une vision quantique de l’univers, où tout arrangement atomique serait possible et pourrait résoudre les contradictions apparentes : amour/souffrance, danger/protection, intérieur/extérieur, vie/mort.

En effet, dans 0.28, une grande vitrine de musée abrite des morceaux d’arbres aux formes torturées. Au-dessous des branches, des couvertures méticuleusement pliées achèvent d’humaniser ces troncs. Évoquant ici la vision de Beuys de l’artiste comme chaman, ces couvertures symbolisent la sécurité. Mais dans ces couvertures, on peut aussi voir la trace des Pârques, qui tissent inlassablement les fils de la destinée humaine. Cette accumulation de couvertures pliées avec soin nous invite à imaginer une infinité de destinées possibles.

Berlinde De Bruyckere, 0.28
avec l’autorisation de Galleria Continua, San Gimignano / Beijing / Le Moulin
Photo : Ela Bialkowska

Mais si les couvertures protègent, elles peuvent aussi étouffer. Là encore, un mouvement entre deux forces contraires s’opère. De même, les portes des vitrines protectrices sont laissées ouvertes, rendant possible un échange entre l’univers des archives et le monde extérieur.

L’oeuvre de  Berlinde De Bruyckere est chargée d’émotion, elle parle de la souffrance et de la mort, mais aussi de la métamorphose. L’artiste a été élevée dans une institution catholique et l’iconographie  chrétienne est très présente dans son œuvre. On ne peut s’empêcher de penser, avec ces branches pétrifiées à Palmsonntag d’Anselm Kiefer.

Dernier élément marquant de cette exposition, – qu’il s’agisse de Les Deux où les chevaux sont sur des tréteaux, des œuvres Sans Titre où des corps sont suspendus sur des crochets, ou encore de 20 et 0.28 – toutes les sculptures sont en apesanteur, comme dans un élan, une tentative pour s’arracher à la contingence, se déraciner de notre univers.

D’une manière très concrète, Berlinde De Bruyckere propose un monde onirique où les contraires sont possibles.

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