Profession

L’entrepreneuriat en archivistique, est-ce pour moi?

Par Ornella Doumba

C’est de nouveau la grande rentrée universitaire… pour les uns, mais la grande sortie pour les tout nouveaux diplômés  qui sauront bientôt s’ils ont choisi la bonne filière académique ou s’il vaut mieux pour eux prévoir un plan B.

Pour les nouveaux archivistes, gestionnaires de l’information / des documents, le taux de placement est généralement de 76%  en moyenne[1]. Ce qui est encourageant. Par contre, de ces 76%, seule la moitié a droit à des postes permanents. Cela signifie que pour 50% de nos nouveaux méritants qui ont travaillé dur pendant 2, 3 voire 4 ans, il va falloir considérer le plan B, ou le plan « Bon, bah, qu’est-ce que je fais maintenant ? »

Pour certains, il s’agira d’accepter un poste qui n’a rien à voir ou presque avec son domaine d’études, ou encore butiner de contrat en contrat. Le stress…

Il existe pourtant une autre voie pour les plus téméraires : pourquoi ne pas prendre ce manque d’opportunités comme l’opportunité  de créer sa propre opportunité !

Personnellement, je me suis toujours dit : si la gestion documentaire n’est que moyennement appréciée en entreprise, c’est que cette expertise n’est que très peu recherchée sur le marché. Eh bien, ce n’est pas tout à fait vrai. Irosoft, Constellio, Gestar, inLibro, Docu-dépôt ne sont que quelques exemples d’entreprises québécoises qui excellent dans ce domaine.

Pour cause, la gestion (efficace) de l’information est une préoccupation grandissante pour les entreprises. Elles ont donc le choix entre recruter des équipes pour restructurer leur(s) programme(s) de gouvernance de l’information ou s’attacher les services de prestataires externes, et vous pouvez en devenir un.

Quiconque souhaite se lancer dans une telle aventure entrepreneuriale peut se lancer et réussir, à condition de remplir certaines conditions :

  1. Déterminer avec précision son expertise dans le domaine vaste qu’est la gestion de l’information. Se poser la question « en quoi suis-je réellement bon » ?

Peu importe son champ de spécialisation, on est tous « bon dans quelque chose » : élaborer un plan de classification, faire le tri de documents en un temps record, reclasser des dossiers les yeux fermés, bref, quelque chose. Il faut déterminer ce que c’est et perfectionner cette compétence.

  1. Trouver preneur

Qui pourrait avoir besoin de cette compétence ? Ou mieux, comment faire réaliser au marché qu’il a besoin de mon expertise ?

  1. Identifier ses compétiteurs

 Qui fait déjà ce que je fais et comment me différencier ? Si votre champ d’expertise est le tri de documents (pourquoi pas), il n’existe peut-être pas de compagnie qui n’offre que ce service, donc aucun compétiteur direct. Par contre, tout prestataire en gestion documentaire propose le tri parmi les nombreux services qu’ils offrent. Que cela ne vous décourage pas, certains clients préféreront souvent faire affaire avec un spécialiste qu’un généraliste surtout si vous offrez des tarifs plus intéressants.

  1. Combien je vaux ?

En parlant de tarifs, ne sous-estimez pas ce que vous valez, conseille Charles Cormier ancien directeur de l’AAQ et lui-même patron d’une entreprise spécialisée en gestion de l’information[2].  Evaluez de façon réaliste ce que vous coûterait chaque geste que vous poserez dans le cadre de vos prestations, en termes de ressources (les fournitures impliquées, taux horaire par personne additionnelle, le transport, les technologies nécessaires, etc.). Il existe suffisamment de références sur Internet pour établir une estimation réaliste.

  1. Changer de territoire ?

Des fois, il suffit d’aller de Montréal à Yellowknife pour faire prospérer son affaire. En effet, si les grandes villes sont souvent plus compétitives, vous pourriez avoir de meilleures chances en région où les besoins sont grandissants, mais où la main-d’œuvre manque. Garder à l’esprit que le coût de la vie est généralement plus faible que dans les grandes villes, vous feriez donc un peu plus d’économies !

  1. Maîtriser et/ou intégrer des outils technologiques

Même si vous commencez petit (il FAUT commencer petit), il serait avantageux de prévoir comment l’utilisation des nouvelles technologies vous aiderait à offrir un service plus optimal à votre client. En effet, il est presque impossible de nos jours de conserver un avantage compétitif ou même de survivre sans les intégrer à son offre de services. Cela peut prendre plusieurs formes : prise de rendez-vous par voie électronique, calculatrice d’estimation de coûts basée sur un formulaire rempli par le client, jusqu’à l’introduction d’un module d’intelligence artificielle. Peu importe, à condition que la technologie complimente votre expertise et simplifie les démarches du client.

  1. S’associer à un partenaire technique

Constellio, entreprise de gestion de l’information très en vue et performante sur le marché, est née de la collaboration entre un diplômé en sciences de l’information et un ingénieur logiciel. On ne porte pas en nous la science infuse alors une des actions les plus stratégiques que l’on puisse faire pour solidifier son offre de service dans ce domaine, c’est de s’associer à un partenaire technique.

  1. Monter un bon dossier d’affaires

Il est essentiel pour aller chercher du financement auprès de banques ou autre partenaire financier (un proche convaincu par votre projet ?). Si vous ne savez pas où commencer, la BDC propose un modèle de plan d’affaires pour entrepreneurs[3]. Ça peut être long à monter, mais ça en vaut la peine.

  1. « Réseauter » ! 

Évidemment, ne jamais négliger l’importance d’un bon réseau, ou d’un réseau tout court. La bonne personne dans votre réseau peut vous donner le topo qui n’existe dans aucun livre de business, mais que seule l’expérience peut fournir. La bonne personne dans votre réseau peut avoir accès à l’autre bonne personne qui se trouve avoir besoin de votre expertise. Bref, on ne sait jamais !

Beaucoup se découragent en pensant que l’esprit d’entrepreneuriat est inné. Faux. Certains ont plus d’aptitudes que d’autres, certes, mais si vous avez un esprit courageux, vous n’avez pas peur de cogner aux portes, vous travaillez fort, vous maîtrisez votre sujet et vous restez à l’affût de l’actualité, ce rêve peut devenir votre réalité.

***

[1] (source : Résultats du sondage de l’EBSI)

[2] Chuck&Co. https://chucketco.com/

[3] Modèle de plan d’affaires de la BDC : https://www.bdc.ca/fr/articles-outils/boite-outils-entrepreneur/gabarits-documents-guides-affaires/pages/modele-plan-affaires.aspx

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