Recherche scientifique et théorie

La valeur des informations: entretien avec Bertrand Labasse

Par Jonathan David, analyste en gestion de l’information au CSSMB et responsable du blogue Convergence.

Ceci a été affirmé et réaffirmé à de nombreuses reprises, nous vivons dans une société de l’information dans laquelle nous sommes bombardés de flux informationnels en tous lieux et en tout temps 24/7. C’est dans ce contexte qu’on a déclaré que l’attention était le nouvel or noir du siècle à venir. Les conséquences sont perceptibles pour toute personne qui manipule de l’information :

  • Pour l’émetteur: pour être certain de rejoindre les destinataires ciblés selon les besoins spécifiques qui seront identifiés, une stratégie de communication adaptée est indispensable.
  • Pour le destinataire: pour gérer tout ce bruit sans perdre la tête, il lui est offert de toute part et à toutes fins des outils et techniques pour évaluer et filtrer les contenus pertinents.

Pourtant, comme nous le rappelle avec justesse Bertrand Labasse dans son récent ouvrage La valeur des informations: Ressorts et contraintes du marché des idées, cette problématique est loin d’être nouvelle :

« Bien avant d’être un problème scientifique, la valeur discursive était la pierre philosophale de tous ceux qui, depuis l’Antiquité, se sont efforcés de trouver le secret de l’efficacité argumentative ou de la réussite littéraire. Beaucoup d’entre eux n’ont pas manqué d’identifier la captation de l’attention comme la condition première de ce succès (…) On voit que l’appétit pour la concision (moins d’effort) et le sensationnel (plus d’effet) que l’on attribue souvent à la communication moderne n’est pas si récent. (…) la valeur des discours ne réside pas dans leur style, mais dans leur adéquation à leurs destinataires, donc dans leur réception »

L’archiviste et sa relation à la valeur de l’information

La valeur de l’information concerne l’archiviste, car elle est au cœur de plusieurs des grandes fonctions archivistiques. Selon moi, l’archiviste s’y confronte dans l’exercice de son travail dans au moins trois contextes:

  • Pour l’archiviste qui travaille dans une organisation avec des documents administratifs à l’actif, celui-ci aura pour mandat de conseiller en amont, dès la création des documents, afin de s’assurer que ceux-ci contiennent les éléments essentiels pour garantir le maximum de valeur (en termes d’utilité, de clarté, de validité et de conformité légale). Comment? En utilisant, par exemple, la structure et la présence d’indicateurs visuels pratiques (titre, logo) afin d’orienter la lecture rapide (clarté) ou encore en assurant la présence de métadonnées à forte valeur ajoutée (authenticité  et découvrabilité).
  • Pour l’archiviste qui conçoit un calendrier, ou tout simplement dans l’application des délais de conservation, l’évaluation de la valeur d’un document (en terme historique, financier et juridique) est le point de départ de toute décision.
  • Pour l’archiviste qui travaille avec des collections historiques, le développement d’une stratégie de mise en valeur est essentiel pour trouver un public. On se doit de «faire parler les archives», notamment en contextualisant les informations, mais aussi en faisant appel à l’émotion qu’elle suscite. Finalement, n’oublions pas l’évaluation de la valeur monétaire d’une collection, valeur qui est directement en lien avec la capacité qu’à la collection de «témoigner» et de «raconter».

L’archiviste a donc tout à gagner à savoir repérer la valeur et connaitre quels sont les facteurs déterminants qui favorisent son augmentation, ou au contraire la réduit. C’est ici que l’ouvrage de Bertrand Labasse est d’une aide inestimable.

Comment se définit la valeur d’une information?

En ce qui concerne les facteurs internes reliés à la valeur d’une information, sa première est d’être compréhensible. Dans tout échange d’information, et selon les observations de Bertrand Labasse, les gens recherchent la même chose: l’effet cognitif maximal moyennant l’effort de traitement le plus faible. C’est pourquoi une information facile à comprendre aura plus de succès qu’une autre qui nécessite plus d’effort. Sur ce point, Bertrand Labasse dégage quatre niveaux d’effort de traitement: la légibilité  perceptive, la lisibilité lexico-syntaxique, la cohérence (locale ou générale) et la figurabilité.

En ce qui concerne les facteurs externes reliés à la valeur d’une information,  il  y a notamment les normes et valeurs sociales qui encadrent la réception de tout discours (le bien et le mal), le niveau de crédibilité porté à l’intention de l’émetteur, le niveau de bruit ambiant, etc. La liste est très longue, et l’ouvrage de Labasse permet de juger de la complexité du processus.

La communication d’une information, la clé de l’énigme?

Le contexte de réception d’une information, surtout en situation de concurrence attentionnelle élevée (où le nombre de discours disponibles par kilomètre carré est de loin supérieur au temps d’attention disponible, ce qui est le cas dans de nombreux milieux de travail), est une étape clé pour comprendre la valeur d’une information.

 « un discours ne pourra recueillir de l’attention qu’en l’arrachant à tous les concurrents qui se proposeront au même moment. »

L’archiviste a souvent le nez collé aux documents avec lesquels il travaille. C’est normal, dira-t-on, c’est son métier. Néanmoins, il ne doit jamais négliger de porter une attention particulière à l’environnement dans lequel les informations sont créées, diffusées et consommées.

La valeur et les différentes luttes pour la constituer

Remarquons que nous sommes devant une valeur qui est toujours socialement construite, négociées dans le cadre de plusieurs processus par plusieurs acteurs et visant plusieurs résultats. De là cette mise en garde de Labasse:

 « Lorsque l’on commence à envisager la valeur des discours comme le fruit des forces structurées et structurantes de la pertinence cognitive et de la convenance sociale, on en vient rapidement à reconnaître partout ces forces à l’oeuvre. »

***

Pour creuser davantage cette question fort complexe de la valeur de l’information, j’ai été à la rencontre de l’auteur, Bertrand Labasse, qui est également professeur agrégé au département de français et de communication de l’Université d’Ottawa.

J.D. – Votre livre traite de la valeur de l’information, une notion qui semble très relié à ses contextes (de création, de transaction et de réception) et qui donc se laisse difficilement encadrer avec des causalités fixes. Quels types d’outils conceptuels pouvons-nous nous attendre de trouver dans votre ouvrage?

B.L. – On peut en trouver un bon nombre, peut-être même trop, puisqu’il constitue aussi une sorte de panorama, pour ne pas dire un bilan, des travaux hétérogènes qui se sont amoncelés sur ce thème au fil du temps. De la rhétorique à la psychologie expérimentale, de la sociologie des pratiques culturelles aux recherches sur les médias, sans oublier, entre autres, les hypothèses sur la réception des œuvres littéraires, ce ne sont pas les pièces qui manquaient à ce vaste puzzle.

J.D. – Votre livre débute en posant une question très simple: « Pourquoi les contenus qui nous plaisent nous plaisent-ils? » J’imagine qu’il y a comme point de départ plusieurs types d’intérêt; passions personnelles, curiosité devant l’inexploré, obligation en contexte de travail ou d’étude, etc.?

B.L. – Comme point de départ, il y avait d’abord un contexte bien connu : la surabondance accablante des contenus de toute sorte, en ligne ou non, et la fragmentation  de l’attention qui en résulte. Il y avait aussi un problème scientifique moins reconnu : l’échec lancinant des théories scientifiques, malgré – ou à cause de – leur diversité face à ce que Daniel Dayan appelait judicieusement « les mystères de la réception ». Quant au point de départ de l’analyse proprement dite, il se trouvait dans l’une des explications les plus classiques de nos choix, l’hypothèse hédonique soutenue notamment par David Hume et redécouverte par bien d’autres depuis cette époque. Mais le point de départ n’est pas le point d’arrivée et la route entre les deux est parfois pittoresque.

J.D. – Chacun d’entre nous, en tant que consommateur d’information au quotidien, procède à un exercice d’évaluation spontané qui, je vous cite, consiste « à économiser son effort cognitif en se fondant sur des indices de valeur qui facilitent ou épargnent un examen cognitivement coûteux et possiblement inutile des énoncés ». Quels sont ces indices?

B.L. – Il ne s’agit pas forcément d’une évaluation volontaire et rationnelle, comme certains le pensaient à une époque, mais plutôt d’une perception d’adéquation, plus ou moins floue et plus ou moins consciente selon les cas, à partir de signaux extrêmement variés. L’effort cognitif escompté fait en effet partie des composantes majeures de cette perception – et nous cherchons tous à l’économiser, moi le premier –, mais son poids varie selon le contexte, y compris le même jour pour une même personne : un étudiant, par exemple, y sera moins sensible avant un examen que le soir devant Netflix. En tout cas, on l’espère pour lui.

J.D. – Chaque discours est reçu à travers de nombreux filtres. Du prestige du présentateur à la pression normative des valeurs sociales locales, du niveau d’aisance face au sujet discuté à son humeur du moment (le discours est-il reçu avant ou après sa tasse de café matinale?)… On le voit, il existe une grande diversité de facteurs internes et externes qui encadrent la réception d’un discours. Est-il envisageable d’évaluer le taux d’influence de chaque variable?

B.L. – Certaines de ces variables peuvent être mesurées isolément, et celles-ci l’ont été à de nombreuses reprises, voire surmesurées dans certains cas. Mais bien d’autres échappent par nature à la quantification, ce qui n’est pas bien gênant : l’important est surtout d’arriver à regrouper et hiérarchiser les grandes familles de facteurs cognitifs et sociaux en jeu au sein d’un modèle global qui soit raisonnablement simple, mais qui permette de mieux comprendre comment elles s’articulent et comment leur influence combinée explique les logiques des choix médiatiques et culturels. Il clarifie donc nettement l’interaction de ces facteurs, mais aussi la façon selon laquelle leur poids varie avec le contexte, comme on l’a vu dans l’exemple plus haut. En revanche, si l’on voulait être vraiment très précis, on rencontrerait le gros problème de la recherche quantitative, qui est justement le contrôle des variables, c’est-à-dire la neutralisation de l’effet parasite de toutes celles que l’on ne cherche pas à mesurer. Et ici, ainsi que vous le remarquiez, elles sont multiples, hétérogènes et très sensibles au contexte. Bref, ce serait théoriquement possible, quoique probablement assez réducteur, mais ça supposerait le genre de budget de recherche qui est hélas plus courant en physique des particules ou à la Nasa qu’en sciences humaines et sociales.

J.D. – Un moment clé semble se dessiner : le temps premier de la réception, c’est-à-dire le moment où les premiers réflexes s’activent à évaluer la valeur d’une information. Ce moment semble avoir un impact majeur sur la suite du processus d’échange (le niveau d’attention reçu, l’adhésion, la négociation du coût d’obtention en termes monétaires ou en temps et niveau d’effort cognitif nécessaire, etc.). J’imagine que c’est là où interviennent les différentes techniques de type marketing et autres productions d’effets tel le sensationnalisme?

B.L. – En matière de biens symboliques, les techniques de marketing marchent assez mal, ce dont j’ai un peu de mal à me désoler. Elles marchent mal parce que, justement, les motivations des choix culturels sont plus complexes et multifactorielles qu’on ne le pense souvent (sans quoi je ne leur aurais pas consacré autant de temps), mais aussi parce que la fiabilité de ce que recueillent les focus groups quand il s’agit de ce genre de préférences est assez douteuse. Ceci dit, les a priori de la réception, ce qui précède la sélection d’un contenu plutôt qu’un autre – même si, généralement, ce choix reste révocable – sont en effet déterminants. Ils le sont non seulement pour le choix lui-même, mais aussi pour l’appréciation et même la compréhension de ce qui le suit. D’où l’attention que lui ont portée les différentes traditions scientifiques qui se sont penchées sur ce que l’on appelle, entre autres désignations, le contrat ou le pacte de lecture. Mais même si ce moment est crucial, la double pression de la pertinence cognitive et de la convenance sociale ne disparaît à aucun moment.

J.D. – Vous travaillez beaucoup avec la notion de marché discursif afin de désigner au niveau macro la circulation des discours de tous types. Qu’est-ce que cette notion englobe et pourquoi l’utiliser?

B.L. – C’est un hyperonyme pratique, aussi large et souple que possible, pour désigner globalement la masse de tous les messages, quels qu’ils soient, qui se concurrencent pour obtenir une petite part d’attention à l’échelle collective et individuelle. Donc le marché bourdonnant sur lequel nous choisissons ce que nous prélevons à un moment précis : le roman sur ma table, le traité scientifique juste dessous, les lettres non ouvertes à côté, le message sur mon téléphone, le journal télévisé, la personne qui me parle en même temps, mais aussi le tableau au mur derrière elle… Évidemment, tout n’a pas la même importance civique ou culturelle, mais tout n’a pas non plus la même séduction, c’est bien le problème…

J.D. – On entend régulièrement qu’on vit une « crise de l’information » : surabondance informationnelle, relativisme, fausses nouvelles, crise de l’attention… Les médias sociaux, entre autres, ont favorisé l’éclatement des grandes catégories de public en microcommunautés discursives. Les gens discutent de plus en plus en cercle fermé et l’époque où tout le monde écoutait le même discours au même poste à l’heure fixe me semble révolue… Comment se porte le marché discursif en ce moment?

B.L. – Ce marché est un objet de désolation générationnelle depuis 24 siècles. À commencer par l’essor de l’écrit par rapport à la parole dans la Grèce antique, chaque évolution des procédés de communication s’est accompagnée de protestations contre de nouveaux contenus jugés triviaux et pernicieux. Avant la radio et le jazz, bien avant la télévision, les intellectuels du XIXe siècle s’alarmaient de la littérature populaire et de la presse de masse que dévoraient les publics plébéiens du monde industriel : la foule nouvellement alphabétisée et présumée encline à l’agitation faisait peur.

B.L. – J’hésiterais donc avant d’affirmer que la démocratisation supplémentaire de l’accès à la parole publique instituée de gré ou de force par les réseaux numériques est une calamité en soi, malgré le peu d’estime que j’éprouve à titre personnel pour leurs contenus, leurs opérateurs et leurs contributeurs les plus péremptoires. Malgré, aussi, les craintes légitimes que l’on doit ressentir devant le morcellement affinitaire de l’attention. Mais le point le plus grave est sans doute l’asphyxie du corps intermédiaire des professionnels de l’information par la captation sans vergogne de leurs ressources publicitaires : je ne sais pas à quoi ressemblerait une société sans le travail des journalistes contre l’opacité des institutions et les excès des réseaux, mais je sais que je n’aimerais pas y vivre. Ceci étant, la résistance et l’adaptation dont font preuve ceux qui le peuvent encore pourraient à nouveau défier les prophéties : annoncer la fin imminente des journaux est une autre prédiction traditionnelle, depuis les années 1960 au moins. Malheureusement, comme dans le cas de la cohésion sociale et de la culture, remarquer que les alertes actuelles ne sont pas sans précédent ne garantit pas qu’elles ne puissent s’avérer cette fois-ci, les circonstances n’étant jamais identiques.

J.D. – Votre livre parle également du rôle politique dans la génération ou l’interprétation de la valeur de l’information. Que ce soit dans les discours commerciaux, politiques, culturels ou médiatiques, il y a forcément partout une part de calcul pour produire des effets en fonction de l’anticipation que l’on se fait de la réception d’une information?  

B.L. – Sans aucun doute : pour rendre à César ce qui est à César, Bourdieu l’avait souligné bien avant moi. À moins d’être un soliloque pathologique ou un journal intime, toute production discursive, y compris littéraire et a fortiori politique, est communicationnelle, c’est-à-dire destinée à être reçue par d’autres, et donc déterminée en bonne partie par l’anticipation de sa réception. Ca ne veut pas dire qu’elle n’est pas sincère de ce seul fait : elle peut ne pas l’être, bien sûr, mais le simple choix d’employer une langue supposée comprise des tiers (contrainte cognitive) et formellement acceptable par eux (contrainte sociale en contexte) relève de cette logique. Encore faut-il que le contenu produise assez d’effet pour justifier que l’on y prête attention. C’est en ceci que mieux comprendre les différents facteurs de la réception des informations permet à rebours de mieux comprendre leur production.

J.D. – Être sensibilisé aux différents facteurs qui sont en jeu dans le processus d’évaluation de l’information semble être une bonne protection; contre la désinformation de toute sorte, les informations vides (peu utile) et gourmandes en temps, ou encore les manipulations politiques ou commerciales. L’apprentissage de ce réflexe est quelque chose de très précieux, tant pour mieux connaitre et comprendre ses goûts que pour mieux juger les informations que nous recevons de toute part en flux 24/7. Trouvera-t-on dans votre livre ce qu’il nous faut en ce sens? 

B.L. – Je le crois tout à fait ! Évidemment, ce n’est pas un livre de recettes, plutôt un ouvrage scientifique qui demande donc un tout petit peu d’effort cognitif, même si j’ai fait tout mon possible pour le réduire au minimum (à mon avis, bien sûr) et pour le rendre aussi stimulant, voire un peu plus, que ne l’autorisent les normes sociales du discours universitaire légitime. Comprendre ce qui détermine nos choix culturels, ceux dont nous nous flattons comme ceux dont nous sommes un peu moins fiers (une sensation que je connais bien…) nous rend nettement plus libres face à ces choix, ce qui ne nous condamne en rien à une austère et constante élévation d’esprit et peut même nous aider à assumer certaines « fautes de goût », leurs motifs n’étant pas illégitimes en tant que tels. D’autre part, savoir quels ressorts, les plus frustes d’ailleurs, favorisent tant les manipulations politiques et commerciales aide à s’en prémunir et à en prémunir les autres. La triche est moins facile quand on sait ce qui lui permet de fonctionner…

J.D. – Comment percevez-vous le rôle des archives dans votre travail ?

B.L. – Il est capital :  ce livre n’existerait tout simplement pas sans les instances de préservation des textes, qu’il s’agisse d’archives ou de bibliothèques de conservation. Ce qui permet de ne pas tomber dans l’ostentation de la nouveauté et de comprendre les phénomènes dans leur perspective historique c’est bien la conservation des documents. Mais, c’est tout autant la facilitation croissante du repérage et de l’accès aux textes originaux, laquelle est l’un des meilleurs côtés d’Internet. Les archives et les bibliothèques sont des instruments de recherche aussi importants que les télescopes : quand les fonds et les abonnements de celle de mon université se racornissent, mon horizon de recherche se rétrécit et, concrètement, certaines questions que je prévoyais de creuser doivent être abandonnées. J’ai aussi dû décourager des projets de thèse qui auraient été trop longs, ou lacunaires, sans les ressources documentaires pour les appuyer. Et, en tant que directeur d’une revue scientifique, j’ai le sentiment que la qualité des références scientifiques et la consultation des textes originaux se dégradent au profit des liens vers des sources secondaires. La prolifération des citations décontextualisées ou apocryphes sur Internet en est un autre signe.

Par ailleurs, les instances de conservation ont aussi un rôle sociétal plus profond, mais non moins crucial : on a constaté dans de nombreux domaines, scientifiques ou populaires, que l’accélération et la profusion des informations s’accompagnent d’un raccourcissement continu de leur durée de pertinence et de visibilité dans la sphère publique. Comme le résumait joliment Eirick Prairat, « lorsque le présent et ce qui l’accompagne […] s’imposent aussi fortement, la culture des pères cède le pas devant le culte des pairs »[1]. Le patient travail de conservation et de mise en ligne du passé est une précieuse assurance collective, à la fois symbolique et concrète, contre cette amnésie.

[1] Prairat, E. (2012). « L’autorité malmenée », Enfances & Psy, 54, p. 109-117.

Source – CC BY 2.0

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