Numérique

L’avènement du numérique et le cas des archives géographiques

Par Guyllaume Soucy-Jalbert, étudiant à l’EBSI

Depuis 1950, la révolution numérique qui a été engendrée par l’apparition du système dans lequel les inventions comme l’informatique, le transistor et Internet sont nées a considérablement transformé notre relation avec le monde (Beckouche, 2017). En effet, l’explosion des performances techniques, la disparition des frontières et la démocratisation de l’information, ont tous été des facteurs qui ont provoqué de grandes transformations dans tous nos secteurs d’activité (économie, culture, communications, etc.) et tous les aspects de la condition humaine (psychologique, cognitive, sociale, anthropologique, etc.) (Ibid, 2017). Ainsi, force est d’admettre la puissance de l’effet transformateur du numérique, l’article de Ducharme et Bouchard (2000) nous rappelle que ces bouleversements ont donné lieu à notre entrée dans un nouvel ordre social et postindustriel que nous pouvons nommer la « société de l’information ».

Cela dit, l’archivistique n’est pas exempte de tous ces changements que comporte l’avènement du numérique. Effectivement, de la fonction de création à celle de la préservation des archives, les archivistes ont dû réinventer leur façon de travailler (Caron, 2012). Sur ce point, non seulement le passage d’un environnement principalement analogique (papier, bande sonore, bande vidéo, etc.) vers le numérique questionne la discipline sur l’obsolescence rapide des formats et des supports et les normes à établir pour rendre pérenne le processus de conservation, mais ce passage interroge plus particulièrement son savoir-faire, savoir-dire et savoir-penser (Ibid, 2012).

Ainsi, ce court texte a pour ambition de réfléchir sur le rôle des archivistes dans la sphère géographique à l’ère du numérique. Car les archives géographiques ont grandement évolué dans le temps, il est intéressant de visualiser l’effet transformateur du numérique dans ses tenants et aboutissants. Pour ce faire, ce texte va alors présenter une typologie des archives géographiques afin de mieux cerner la seconde partie du texte qui explicite les enjeux qui en découlent en matière de conservation et diffusion.

Typologies des archives géographiques

Comme la géographie est une science qui repose l’étude des rapports Homme/Nature, Espace/Société et Territoire/Culture, elle base sa réflexion sur l’utilisation d’archives et l’observation terrain (Bédard, 2017). Dès lors, elle consulte plusieurs documents — historiques, iconographiques et scientifiques, afin de saisir l’essence de ces rapports. Cartes, archives iconographiques, relevés, statistiques et autres études de terrain composent son éventail qui constitue la base de sa réflexion (Le Clech, 2017).

Crédit: Erik Daugaard – Le Québec en Septembre 1939. British Encyclopedia Atlas, 1945.   CC BY-NC-ND 2.0

D’une part, selon Klein et Laurin (2005), la carte est définie comme une « représentation géométrique conventionnelle, généralement plane […] de phénomène concret ou abstrait localisable dans l’espace […] c’est aussi un document portant sur une représentation ou une partie de cette représentation sous forme d’une figure manuscrite, imprimée ou réalisée par tout autre moyen ». On comprend alors que ces représentations du monde sont alors des objets essentiels pour les géographes. Traditionnellement, les documents cartographiques se retrouvent principalement sur des supports papier. Toutefois, avec l’apparition des données géospatiales et du développement de ressources en ligne qui sont maintenant accessibles par tout le monde, cela oblige de repenser tout le processus qui entoure la conservation et la diffusion de ce type document (Le Clech, 2017).

En ce qui a trait aux archives iconographiques, ces dernières sont utilisées pour décrire un territoire qui est toujours à connaitre et à comprendre. Dès lors, il importe aux géographes d’appréhender les différents supports et les différents formats qui sont reliés à ce type de documents. Attendu que les photographies aériennes et satellitaires sont essentielles à la création de cartes que vont pouvoir représenter les ordinateurs grâce aux systèmes d’information géographique (SIG) (Ibid, 2017).

D’autre part, comme la géographie est une science de l’observation, cette dernière rassemble des relevés, des statistiques et des documents produits par les études de terrain afin d’avoir une vue d’ensemble de l’objet d’étude (Ibid, 2017). Implicitement, le géographe va analyser des textes résultant d’entrevues, d’observations, de correspondances, de récit de voyage, et même d’anciens textes afin de proposer une compréhension plus ouverte de la complexité des rapports mentionnée précédemment qui façonne un lieu.

L’avènement du numérique dans les archives géographiques

Au même titre que le travail de l’archiviste, la cartographie s’est vue complètement métamorphosée par la dématérialisation. À cet effet, on peut observer au travers la littérature scientifique que ces bouleversements ont eue des incidences sur ceux qui produisent et utilise les cartes et ceux qui doivent rassembler, conserver et diffuser l’information auprès des utilisateurs (Palomino, 2001).

D’une part, ces transformations ont augmenté l’accessibilité des données géographiques en les rendant plus ouvertes. En fait, l’informatisation de la production cartographique a donné lieu à l’avènement d’une nouvelle technologie « la géomatique » (Denègre et Salgé, 2004). Cette sous-discipline de la géographie qui traite des données géographiques en combinant sa capacité de gérer et de traiter les relations spatiales entre objets et celle de la représentation visuelle a fait en sorte d’imposer aux organismes qui sont diffuseurs d’information géographique, comme les cartothèques, de devenir elle aussi des spécialistes de systèmes d’information géographique (SIG) (Palomino, 2001). À ce propos, notons que plusieurs outils ont été développés au Québec par des organismes gouvernementaux et universitaires afin de permettre une plus grande accessibilité de ce type de données. La plateforme Géoindex qui a été développée par la collaboration des institutions universitaires québécoises est un très bon exemple (Polytechnique Montréal, 2019).

D’ailleurs, bien que de vastes programmes gouvernementaux conjugués à l’aide des bibliothèques ont été mis sur pieds pour numériser les documents cartographiques et diffuser leur contenu sur Internet, l’apparition des bases de données géographiques par les SIG et la démocratisation de l’utilisation des cartes a été grandement accentuée par le développement d’application comme Google Maps (Le Clech, 2017).

D’autre part, on remarque que cette situation d’accessibilité pose problème en matière de conservation. Effectivement, comment devons-nous procéder pour archiver toutes ces données géographiques sur l’Internet ? La brève histoire de l’informatique nous dévoile que les formats numériques ne sont pas garants de longévité (Ibid, 2017). Ainsi, il devient urgent d’encadrer les processus d’archivage des documents cartographiques. Car ce sont des fichiers aux contenus très lourds, on ne peut procéder de la même manière qu’un archiviste ferait avec un document textuel. Il importe alors de considérer une manière de faire qui prend en charge le document dès sa création et d’établir des normes pour que le contenu demeure intelligible et que son archivage reste pérenne (Ibid, 2017),

Cela posé, on comprend alors que l’archiviste est interpellé par la mutation du savoir-faire, savoir-dire et savoir-penser de la discipline archiviste.

Si l’avènement des technologies permet une plus grande accessibilité des archives géographiques, il ne doit pas oublier à qui profite vraiment cette accessibilité. À l’aube du XXIe, nous pouvons observer une croissance des inégalités entre les collectivités connectées aux technologies de l’information et des communications et celles qui ne le sont pas (Klein et Hunag, 2013). Dès lors, l’archiviste se doit de travailler sur la démocratisation de l’utilisation des cartes pour tous les citoyens et citoyennes.

Sur le plan de la conservation et préservation des archives géographiques, non seulement le travail de l’archiviste est demandé pour régler les problèmes d’obsolescence des supports et des normes de conservation, mais son travail est requis au niveau de la sensibilisation des producteurs de ce type d’archives. Comme la technologie ne cesse d’évoluer, il importe de conserver les données de façon pérenne, tout en changeant les supports (De Boisdreffe, 2010).

Conclusion

En guise de conclusion, et compte tenu de la brièveté du texte, nous avons pu explorer une certaine partie des catégories et des types de documents qui sont utilisés par la géographie dans le nouveau contexte qu’est le numérique. Sur ce point, on y a observé un plus grand accès aux documents et une plus grande facilité d’exploitation, notamment avec l’émergence de l’application de Google Map de plusieurs autres outils qui sont développés à une plus petite échelle, comme Géoindex. Attendu que plusieurs enjeux entourent les questions de diffusion et de conservation. À cet effet, l’archiviste se voit maintenant adopter un certain recul concernant ces pratiques traditionnelles afin de mieux s’adapter aux nouvelles conditions que propose l’avènement du numérique.

***

* Ce texte est une version révisée et augmentée d’un travail pratique réalisé dans le cadre du cours ARV1050 – Introduction à l’archivistique – donné au trimestre d’automne 2019 par Isabelle Dion à l’EBSI, Université de Montréal.

Bibliographie

Beckouche, P. (2017). La révolution numérique est-elle un tournant anthropologique ? Le Débat, Vol.1, N° 193, p, 153 à 166.

Bédard, M et Gilbert, A. (2017). La géographie québécoise : un regard particulier ? Vol.61, N° 173, p, 187 à 202.

Bouchard, L et Ducharme M-N. (2000). Les défis posés au travail social à l’ère des technologies de l’information. Le « nouveau » travail social. Vol.13. N° 1. p.119 à 136.

Caron, D-J. (2012). Discours prononcé par Daniel J. Caron dans le cadre du colloque sur les cultures numériques de l’Université Laval. [En ligne]. (https://www.bac-lac.gc.ca/fra/nouvelles/allocutions/Pages/Discours-prononce-par-Daniel-J-Caron-dans-le-cadre-du-colloque-sur-les-cultures-numeriques-de-universite-laval-quebec.aspx). Page consultée le 6 décembre 2019.

De Boisdreffre, M. (2010). Les archives à l’ère numérique. Le débat. Vol.1, N° 158, p, 61 à 69.

Klein, J-L et Huang, P. (2013). La lutte contre l’exclusion numérique et la revitalisation des collectivités locales, une étude de cas à Pointe-Saint-Charles, à Montréal, Les enjeux de l’intervention sociale territoriale, Vol.26, N° 1, p, 84 à 101.

Klein, J-L et Laurin, S. (2005). L’éducation géographique, formation du citoyen et conscience territoriale. Québec : Presse de l’université du Québec.

Le Clech, L. (2017). Archives et géographie : typologie, caractéristiques et perspectives. Archives. Vol.47, N° 1, p, 59 à 83.

Palomino, J.F. (2001). Cartographie et révolution numérique : la bibliothèque à l’ère électronique. Documentation et bibliothèques, Vol.47, N° 3, p, 119 à 122.

Polytechnique Montréal. (2019). Géoindex, nouvelle plateforme pour les données géospatiales. [En ligne]. (https://www.polymtl.ca/biblio/fr/actualites/g%C3%A9oindex-nouvelle-plateforme-pour-les-donn%C3%A9es-g%C3%A9ospatiales). Page consultée le 6 décembre 2019.

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