Congrès

L’archiviste, la juriste et la bibliothécaire: résultats préliminaires d’un projet de recherche interdisciplinaire visant à enrichir la recherche des décisions de justice contemporaines

Par Janie Benoit

Janie Benoit, finissante en Techniques de la documentation au Collège Lionel Groulx et reporter étudiante au congrès 2022, nous présente un compte rendu de la conférence « L’archiviste, la juriste et la bibliothécaire : résultats préliminaires d’un projet de recherche interdisciplinaire visant à enrichir la recherche des décisions de justice contemporaines », présentée par Sabine Mas, Michelle Cumyn et Michèle Hudon le 26 mai 2022 lors du congrès.

Le droit contemporain est un domaine complexe. La quantité toujours grandissante de lois, de jugements et de toute la documentation qui en découle contribue à alimenter une masse documentaire qui, inévitablement, se retrouve également en ligne.

Il existe déjà des plateformes donnant accès aux décisions de justice, mais les conférencières se sont questionnées quant à leur efficacité. Elles ont donc reçu, en 2015, une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada afin de réaliser une étude sur le rendement des instruments de recherche des décisions de justice contemporaines.

Il faut savoir que la tendance actuelle privilégie la recherche par mot-clé représentant un facteur factuel. Par exemple, pour un dossier traitant d’une chute sur la glace, les mots-clés seraient probablement « chute » et « glace ».

Cependant, on déplore une certaine « pensée en silo » véhiculée par les moteurs de recherche actuels. En effet, ces derniers ne permettent qu’un nombre limité de critères de recherche, ceux-ci ne représentant que des termes juridiques, des noms de tribunaux, de juges ou de parties. Il n’est également pas possible de combiner plusieurs types de mots-clés. Par exemple, on ne peut pas chercher « glace » et « Gendron » (nom des parties), ce qui réduit d’autant plus l’efficacité des recherches.

Les conférencières établirent donc comme objectif de proposer un nouveau modèle d’index qui permet le repérage des décisions grâce à plusieurs dimensions, tout en permettant la découverte d’analogies et le dégagement des vues transversales.

51e Congrès de l’AAQ 2022

Elles se basèrent donc sur la formule de Ranganathan, libraire et mathématicien du XXe siècle. Ce code de classification s’appuie sur cinq aspects principaux : la personnalité (personne, sujet ou objet), la matière (propriété, qualité, substance du sujet), l’énergie (opération principale, processus, action), l’espace (lieu) et le temps (date, durée, période). Collectivement, ces cinq aspects permettent de fidèlement représenter le contenu d’un document.

De plus, cette formule s’adapte parfaitement au numérique. Elle permet d’accélérer la recherche et d’augmenter la pertinence des résultats en réduisant le bruit (nombre de résultats qui ne correspondent pas à notre recherche), mais également le silence (trop de résultats lorsque les critères ne sont pas assez précis). Ces aspects peuvent également représenter des métadonnées au sein même des documents, à l’opposé des facettes qui n’en représentent que le contenu.

Cette formule peut également se rapprocher de celle de Gaïus, juriste romain ayant vécu au IIe siècle, qui affirme qu’en droit, tout se rapporte soit aux personnes, soit aux biens, soit aux actions.

C’est donc à partir de ces principes que les conférencières créèrent le prototype de base de données Gaïus permettant la recherche par facettes.

Le résultat : 2500 décisions de justice indexées en vocabulaire contrôlé.

Elles durent d’abord créer la banque de termes, puis une politique d’indexation afin d’assurer l’uniformité de leurs opérations. Elles permirent à leur équipe de faire des suggestions de termes à ajouter à l’index, puis mirent sur pied des patrons, des modèles de termes à associer à différents cas de figure récurrents ou atypiques. Le tout en s’assurant d’une vérification soignée de la qualité des indexations réalisées.

73 participants de scolarité et de niveaux d’expérience différents se sont prêtés au jeu afin de réaliser des tâches de recherche qui leur permettraient de travailler avec différents types de moteurs de recherche afin d’en déceler l’efficacité.

Les résultats préliminaires de leur recherche démontrent ceci :

  • Il n’y eut pas de différence entre les différents groupes au niveau du succès des recherches;
  • Leur interface permettait globalement l’obtention de résultats plus rapidement;
  • Les participants plus expérimentés prenaient plus de temps à réussir une tâche avec leur interface;
  • Leur interface semble associée à une précision supérieure.

Cependant, le point le plus frappant constitue le succès significativement plus rapide pour les novices utilisant l’interface des conférencières, ce qui démontre un effet d’apprentissage qui en dit long sur les bénéfices qu’aurait une telle interface auprès d’utilisateurs moins expérimentés.

Les conférencières, de par leur étude, posèrent le premier pas sur le chemin de l’automatisation de l’indexation. Les communautés archivistique et juridique se tiendront sans aucun doute sur le bout de leur chaise en l’attente des résultats officiels, et qui sait, peut-être d’un nouvel outil révolutionnaire.

51e Congrès de l’AAQ 2022

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